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Ɓeshelea | Culture et histoire des ComoresƁeshelea | Culture et histoire des Comores
Vue de Dzaudze, prise en août 1845 de la grande rade, en face de l'entrée principale. Dessiné d'après nature par M. Varney.
Vue de Dzaudze, prise en août 1845 de la grande rade, en face de l'entrée principale. Dessiné d'après nature par M. Varney.

Colonisation

Abolitions de l’esclavage aux Comores : Ordonnance du 9 décembre 1846

Cet article s’inscrit dans une série au sein de laquelle Ɓeshelea s’est donné pour objectif de publier l’intégralité des traités relatifs à l’abolition de l’esclavage dans l’archipel des Comores.

Après l’acquisition controversée de l’île de Maore1 en 1841, la France peine à concrétiser ses projets de colonisation agricole, faute de main-d’œuvre. L’île, marquée par une forte émigration au cours des dernières années, ne compte alors qu’environ 3 300 habitants, dont près de 1 500 d’origine servile. Dès 1845, les premiers colons signalent au commandant Passot la quasi-impossibilité de recruter des travailleurs.

C’est dans ce contexte qu’Ange René Armand, baron de Mackau, ministre de la Marine et des Colonies, se saisit de la question. Il plaide auprès du roi Louis-Philippe pour obtenir l’abolition de l’esclavage à Maore, afin d’en faire une « colonie modèle » et un « centre économique florissant » au bénéfice de l’Empire et des planteurs. Ce fut le deuxième acte en faveur d’une abolition dans l’archipel des Comores, après le traité conclu le 8 novembre 1844 entre l’Angleterre et l’île de Ndzuani.

Mais sitôt proclamée, l’abolition se révèle illusoire : la France instaure un système d’engagisme qui n’est, en réalité, qu’une continuité déguisée de la traite.

ORDONNANCE du Roi qui ouvre, sur l’exercice 1847, un Crédit extraordinaire pour la libération des Esclaves appartenant aux habitants indigènes de l’île de Maore.

Saint-Cloud, 9 décembre 18462

LOUIS-PHILIPPE, Roi des Français ;

Considérant qu’à l’époque de la prise de possession de Maore, l’introduction des esclaves y a été interdite, en vertu des lois prohibitives de la traite des noirs, mais qu’il existait dans cette île des noirs esclaves appartenant aux habitants indigènes ;

Attendu que le recensement authentique de février 1846 a fixé le nombre de ces esclaves à deux mille sept cent trente-trois individus des deux sexes et de tout âge ;

Considérant que l’extinction de l’esclavage, à Maore, est une des premières conséquences qui résultent de l’occupation de cette île, et que le régime immédiat du travail libre aura pour effet d’y rendre plus facile l’introduction d’autres travailleurs libres et volontairement engagés3 ;

Vu, 1° la loi du 3 juillet 1846, portant fixation du budget général des dépenses de l’exercice 1847 ;
2° Les articles 4 et 6 de la loi du 24 avril 1833, et l’article 12 de celle du 23 mai 1834 ;
3° Les articles 26, 27 et 28 de noire ordonnance du 31 mai 1838, portant règlement général sur la comptabilité publique;

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Sur le rapport de notre ministre secrétaire d’étal de la marine et des colonies, et de l’avis de notre Conseil des ministres,

Nous avons ordonné et ordonnons ce qui suit :

Art. premier. Il est ouvert à notre ministre secrétaire d’état de la marine et des colonies, sur l’exercice 1847, chapitre xxv (Subvention à divers établissements coloniaux), un crédit extraordinaire de quatre cent soixante et un mille francs. Cette somme sera repartie entre les habitants indigènes de l’île de Maore actuellement possesseurs d’esclaves4, à raison de la libération desdits esclaves, lesquels, à dater de leur affranchissement, resteront soumis envers l’État à un engagement de travail de cinq années5.

Art. 2. La régularisation de ce crédit extraordinaire sera proposée aux Chambres lors de la prochaine session.

Art. 3. Nos ministres secrétaires d’état de la marine et des colonies, et des finances, sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l’exécution de la présente ordonnance, qui sera insérée au Bulletin des lois.

Fait à Saint-Cloud, le 9 Décembre 1846.

Signé LOUIS-PHILIPPE.

Par le Roi : le Vice-Amiral, Pair de France, Ministre Secrétaire d’état de la marine et des colonies.
Signé Baron de Mackau.

Référence :
  • Bulletin des lois du Royaume de France, IXe série, tome 34, Imprimerie royale (juillet 1847)
Notes :
  1. Avec le traité du 21 avril 1841. ↩︎
  2. L’ordonnance est promulguée sur place, à Maore, par le commandant supérieur Pierre Passot le 1er juillet 1847. ↩︎
  3. L’ordonnance ouvre officiellement la voie à la mise en place du système de l’engagisme, qui s’avérera n’être qu’une forme déguisée de traite d’êtres humains et un relais pour le trafic esclavagiste dans l’ensemble de l’archipel des Comores et de la région. Auparavant, une dépêche du ministre Mackau, datée du 22 octobre 1844, avait autorisé le recrutement de travailleurs aux Comores, à condition que les engagés soient libres depuis au moins un an et établis dans l’archipel depuis plus de deux ans. Le texte limitait l’engagement à quatre années. Une seconde dépêche devait préciser la date du début des opérations de recrutement. Deux ans plus tard, le 16 mars 1846, Passot promulgue deux arrêtés réglementant le recrutement et fixant les conditions des contrats d’engagement. Deux jours plus tard, le 18 mars, il signe un arrêté spécial relatif au recrutement à Ngazidja, puis, le 29 octobre, une convention avec le sultan Salim bin Alawi autorisant le recrutement à Ndzuani. ↩︎
  4. Dès 1843, Passot avait estimé la valeur maximale d’un esclave de Maore à 40 piastres, soit environ 200 francs. À l’application de l’ordonnance et au lancement des opérations d’affranchissement, à partir du 19 juillet 1847, un barème est fixé : enfants des deux sexes jusqu’à 15 ans (100 francs) ; hommes valides de 15 à 50 ans (200 francs) ; femmes valides de 15 à 50 ans (150 francs) ; enfin, hommes et femmes de plus de 50 ans, infirmes ou invalides (75 francs). ↩︎
  5. L’ensemble répond à un seul objectif : satisfaire les besoins pressants de main-d’œuvre des planteurs coloniaux dans leurs concessions. ↩︎
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Kori Tari, Rédacteur en chef de Beshelea.com, est un passionné de la culture et de l'histoire des Comores. Amoureux du Shikomori, il a grandi en étant bercé par les contes, les devinettes et les jeux traditionnels de son pays.

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