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Sultane Djumɓe Fatima binti Abduramane, une photographie de Désiré Charnay en octobre 1863
Sultane Djumɓe Fatima binti Abduramane, une photographie de Désiré Charnay en octobre 1863

Esclavage

Abolitions de l’esclavage aux Comores : Traité du 16 septembre 1854

Cet article s’inscrit dans une série au sein de laquelle Ɓeshelea s’est donné pour objectif de publier l’intégralité des traités relatifs à l’abolition de l’esclavage dans l’archipel des Comores.

Devenue très jeune sultane de Mwali en 18491, Djumɓe Fatima binti Abdurahman éprouve des difficultés à exercer pleinement ses fonctions, en raison des puissantes influences politiques qui dominent sa cour. Son mariage, en 1852, avec l’Omanais Saïd Hamadi bin Nasser, ne fut d’ailleurs pas de son propre choix. Elle assure néanmoins son rôle de souveraine et veille à l’économie de l’île, y compris aux revenus liés au trafic d’esclaves.

Toutefois, les Britanniques, qui avaient déjà conclu un traité d’abolition avec Ndzuani en 1844, parviennent, par l’intermédiaire de leur nouveau consul résident William Sunley2, à obtenir un accord similaire à Mwali en septembre 1854. Le même traité sera signé quatre jours plus tard avec le sultan Ɓwana Fumu wa Mɓafumu Kalwauso de Ngazidja.

TRAITÉS entre la Grande-Bretagne et certains chefs de la côte orientale d’Afrique, pour l’abolition, la répression et la prévention de la traite des esclaves.

Traité avec la Reine de Mwali.

Fumɓoni, le 16 septembre 1854.

EXPOSÉ de la réquisition adressée à Sa Majesté la Reine de Mwali, par William Sunley, consul de Sa Majesté Britannique pour les îles Comores, et Henry A. Kerr, écuyer, commandant la goélette de Sa Majesté « Nerbudda », agissant sous les ordres de Henry G. Morris, écuyer, commandant du navire de Sa Majesté « Hydra », et officier supérieur de la côte orientale d’Afrique.

I. La Reine s’engage à abolir à jamais la traite étrangère des esclaves dans ses États.

II. La Reine ordonnera la saisie de tout navire appartenant à ses sujets et trouvé en train de se livrer à la traite étrangère des esclaves, et à faire arrêter et punir le capitaine et l’équipage comme pirates ; tous autres navires introduisant des esclaves dans son île seront traités de la même manière.

III. La Reine punira toutes personnes parmi ses sujets qui auront servi à bord de navires négriers et qui n’auront pas dénoncé au souverain ou à ses gouverneurs qu’elles avaient pris part à la traite des esclaves.

IV. Tout navire trouvé porteur d’instruments servant à la traite — tels que fers, entraves, menottes, chaînes, fouets, fers à marquer — sera considéré comme s’il transportait effectivement des esclaves.

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V. La Reine autorisera les croiseurs britanniques à saisir tout navire appartenant à ses sujets et trouvé, après un délai de quatre mois à compter de ce jour, porteur d’esclaves ou d’instruments servant à la traite.

VI. La Reine ou ses gouverneurs délivreront à tous les navires appartenant à ses sujets des passeports (permissions de port) ; tout navire trouvé sans un tel document pourra être saisi, conformément à la cinquième clause, par tout croiseur britannique rencontré en mer.

VII. Tous les navires saisis par les croiseurs britanniques seront conduits devant le tribunal britannique de la vice-amirauté le plus proche ou le plus convenable, pour y être jugés. En cas de condamnation, les navires et leurs cargaisons seront vendus au profit des deux gouvernements, tandis que les esclaves seront libérés dans une colonie britannique.

VIII. La Reine proclamera immédiatement une loi par laquelle les stipulations du présent engagement seront rendues publiques à tout son peuple.

ACCORD conclu par la Reine de Mwali avec William Sunley, écuyer, consul de Sa Majesté Britannique pour les îles Comores, et Henry A. Kerr, écuyer, commandant la goélette de Sa Majesté « Nerbudda ».

I. Il ne sera plus permis de faire commerce d’esclaves dans mon pays.

II. Tous mes sujets qui feront le commerce des esclaves seront punis comme ceux qui volent des hommes ; tout autre navire amenant des esclaves dans mon pays sera saisi.

III. Tous mes sujets qui travailleront à bord de navires négriers, ainsi que ceux qui aideront à la traite des esclaves, seront punis.

IV. Tout navire trouvé porteur de fers ou d’autres instruments servant à enchaîner des esclaves sera saisi de la même manière que ceux ayant des esclaves à bord.

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V. Les bâtiments de guerre anglais pourront saisir les navires de Mwali qui se livreraient à la traite des esclaves.

VI. Tous les navires de Mwali devront être munis de passeports.

VII. Tout navire saisi sera envoyé dans un port anglais pour y être jugé ; les esclaves seront mis en liberté, et le navire ainsi que la cargaison seront vendus, moitié au profit de la Reine, moitié au profit du gouvernement anglais.

VIII. La Reine a communiqué le présent accord à tous ses sujets.

Fait à Fumɓoni, île de Mwali, en deux exemplaires originaux, le 16 septembre 1854.

(L.S.) Djumɓe Fatima binti Sultan Abdurahman, Reine de Mwali.
William Sunley, Consul de Sa Majesté Britannique pour les îles Comores.
H. A. Kerr, Commandant de la goélette de Sa Majesté « Nerbudda »
.

Référence :
  • A complete collection of the treaties and conventions, and reciprocal regulations, at present subsisting between Great Britain and foreign powers, Vol. X., Lewiw Hertslet (1859)
Notes
  1. Elle n’avait que treize ans lors de son couronnement, précipité par l’intervention de la marine française. ↩︎
  2. Il fut le second et dernier consul résident à Ndzuani. Il succéda à Josiah Napier, en poste de 1848 jusqu’à sa mort le 20 septembre 1850. Sunley occupa cette fonction jusqu’en 1866. ↩︎

Written By

Kori Tari, Rédacteur en chef de Beshelea.com, est un passionné de la culture et de l'histoire des Comores. Amoureux du Shikomori, il a grandi en étant bercé par les contes, les devinettes et les jeux traditionnels de son pays.

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