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Sultane Djumɓe Fatima binti Abdurahmane, octobre 1863, dessin d'Alexandre Bida
Sultane Djumɓe Fatima binti Abdurahmane, octobre 1863, dessin d'Alexandre Bida

Patrimoine

Réception et protocole au Djumɓe de Fumɓoni

Le palais de Fumɓoni, bien que modeste en apparence, a été le cœur politique et symbolique de Mwali au XIXe siècle. Bien plus qu’une simple résidence royale, c’est un témoin silencieux des bouleversements politiques et diplomatiques de l’époque.

Lorsque l’on évoque l’histoire des Comores, les îles de Ngazidja, Ndzuani et Maore dominent souvent les récits historiques, leurs dynasties influentes et leur système de pouvoir étant bien documentés. Mwali, l’île la plus petite et souvent perçue comme la moins influente, a pourtant suivi un chemin distinct et tout aussi fascinant. Tandis que ses îles sœurs évoluaient sous l’autorité des sultans1, Mwali a navigué entre indépendance et vassalité, sous l’influence intermittente de Ndzuani.

Contexte historique : l’avènement du sultanat à Mwali

Pendant plusieurs siècles, Mwali fut une île mouvante, tiraillée entre des tentatives de domination et des velléités d’indépendance. Les expéditions militaires lancées par les sultans de Ndzuani entre les XVIIe et XIXe siècles illustrent cette volonté constante de réintégrer l’île dans la sphère anjouanaise2. Toutefois, à mesure que Mwali repoussait ces assauts, elle développait un modèle de gouvernance distinct.

Certains visiteurs européens évoquèrent l’existence de « sultans » sur l’île3, bien que ces figures restent absentes des traditions locales. Le pouvoir véritable semble plutôt avoir reposé dans un système coutumier, le Mfaume Mtsambu, ou « Roi Sagoutier », où les chefs traditionnels exerçaient une autorité diffuse mais bien enracinée. L’autorité était moins centralisée, et l’île fonctionnait par une gouvernance coutumière.

Il était une fois un djumɓe à Fumɓoni

L’arrivée au XIXe siècle de la dynastie Ramanetaka4 marque un tournant dans l’histoire de Mwali. Converti à l’islam et intégrant les us et coutumes locales, le nouveau maître de l’île entreprit de transformer le visage de Fumɓoni. La ville, autrefois un modeste bourg, devint le siège du pouvoir avec l’agrandissement du pangahari5, la construction d’un palais royal, d’une mosquée et d’un cimetière dignes des médinas comoriennes de l’époque. Fumɓoni devenait ainsi le cœur symbolique et politique d’une île en quête de reconnaissance.

Hélas, peu de choses subsistent de cette période faste. L’histoire mouvementée des XIXe et XXe siècles a presque effacé les traces matérielles de cette époque. Aujourd’hui, il ne reste presque rien de ce palais qui, pendant un demi-siècle, vit passer cinq souverains. Le Djumɓe de Fumɓoni n’a pas survécu aux tumultes du temps. Sous le règne de Djumɓe Fatima, Fumɓoni subit de plein fouet les attaques répétées de la marine française. Les bombardements eurent raison du palais royal et des édifices qui entouraient la place centrale. Plus tard, la guerre civile qui éclata après l’assassinat de son fils, Sultan Abdurahmane bin Saïd Hamadi6, finit de ruiner ce qui restait de ce bref âge d’or. Les quelques traces restantes furent rasées au début du XXIe siècle pour faire place à une nouvelle mosquée du vendredi.

Il nous paraît aujourd’hui essentiel de redonner vie à ce passé, non pas en érigeant de nouveaux monuments, mais en redécouvrant les traditions et les coutumes qui ont marqué cette époque. La redécouverte du djumɓe de Fumɓoni, à travers des bribes de récits anciens, constitue un devoir de mémoire. Il nous permet de réhabiliter une époque qui, bien que sombrement marquée par la violence, fut aussi le témoin d’un éclat éphémère.

La décennie 1860 marqua une période charnière dans l’histoire de Mwali et de son centre de pouvoir, Fumɓoni, à la fois complexe et fragile. Une époque d’intense activité diplomatique et militaire, où l’île tenta de maintenir son indépendance et sa prospérité face aux pressions extérieures, françaises et zanzibarites en l’occurrence. Dans ce contexte, le djumɓe, devient un lieu de grande importance symbolique. À travers les récits des voyageurs européens, tels que le missionnaire français Finos Finaz, l’explorateur Désiré Charnay ou encore le procureur impérial Alfred Gervey, on peut avoir un précieux aperçu de la vie à la cour royale durant cette période. Des témoignages imprégnés de détails sur l’architecture, l’armement et les rites d’accueil.

Le palais avant les évènements post-novembre 1867

Les descriptions du palais royal, bien que diverses, s’accordent sur un point : il ne s’agissait pas d’un bâtiment d’une grande magnificence, mais plutôt d’un lieu presque ordinaire, régi par un protocole complexe et abritant un pouvoir de plus en plus contesté. Finos Finaz, missionnaire français, débarqua à Fumɓoni le 30 janvier 1860, à bord du « La Bourdonnais ». Son récit nous dévoile une cour royale, bien organisée mais modeste, où l’on sent déjà le poids du protocole et de la symbolique : « Lorsque je quittai l’embarcation, je fus reçu au bord de la mer par des soldats hovas en casaques rouges […] Ils me conduisirent jusqu’au palais de la reine ».

La description qu’il fait de l’architecture du palais révèle l’atmosphère qui régnait en ces lieux. Une cour d’honneur longue et étroite, bordée de murs, menait à une salle d’armes, où étaient entreposées des dizaines de fusils et sagaies, soigneusement rangées sous les plafonds. Ce qui frappe, c’est le contraste entre l’imposante garde et l’humilité des installations, notamment « l’échelle de meunier » qui mène aux appartements royaux. Cette rudimentarité contrastait avec l’élégance de la décoration intérieure : tapis arabes, glaces, et meubles qui étaient visibles à l’étage.

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Une cour longue et étroite, salle d’armement, échelle de meunier

« Lorsque je quittai l’embarcation, je fus reçu au bord de la mer par des soldats hovas7 en casaques rouges, portant sur la tête des mitres rouges ornées de mille brimborions. Ils me conduisirent jusqu’au palais de la reine. À la porte même du palais se trouve un porche où se tient habituellement la garde. Il donne sur une cour longue et étroite, mais assez propre, à l’extrémité de laquelle se trouve la porte d’une sorte de vestibule servant en même temps de salle d’armes. Environ quatre-vingts fusils et une multitude de sagaies y sont symétriquement rangés au plafond.

Je gravis alors une échelle de meunier, véritable casse-cou, qui dépare le reste du palais, généralement convenable, bien qu’il ne soit ni vaste ni splendide. Je parvins ainsi au premier étage, au-dessus du vestibule, dans un appartement long et étroit, avec des croisées cintrées, orné de trois grandes glaces et recouvert de jolis tapis arabes. La reine était assise dans un fauteuil, vêtue à l’arabe, le visage couvert d’un demi-masque8 ; derrière elle, ses femmes étaient accroupies sur des nattes.»

Sultane Djumɓe Fatima binti Abduramane, une photographie de Désiré Charnay en octobre 1863
Sultane Djumɓe Fatima binti Abdurahmane, assise portant un barakoa sur le visage. Une photographie de Désiré Charnay en octobre 1863

Un peu plus d’un an plus tard, en avril 1861, le missionnaire anglais Henry Rowley est à son tour reçu au Djumɓe. L’accueil qu’il décrit est similaire à celui de Finaz : une garde armée de lances dans la cour, des soldats portant des mousquets, et une salle de conseil austère, blanchie à la chaux et décorée d’armes anciennes. La rencontre sa délégation avec la reine est empreinte de solennité et de raffinement. Les Anglais observent un protocole rigide et solennel et raconte comment, après avoir été introduits dans la salle d’audience, ils attendirent d’être reçu par la reine : « un homme peu vêtu nous annonça que la reine était prête à nous recevoir ».

Rowley dépeint une figure royale gracieuse et jeune, accompagnée de son fils, vêtue d’une robe rouge et or, et portant un masque scintillant qui cache partiellement son visage. « Au fond de la pièce, la reine était assise sur un beau tapis de Turquie. Elle était vêtue d’une robe fluide rouge et or, et portait un masque scintillant de paillettes. […] À ses côtés, son fils, un joli enfant d’environ trois ans, vêtu d’un costume arabe ». Ce fils n’est autre que Muhammad bin Saïd Hamadi9, son héritier, dont la présence à toutes les audiences est là pour incarner l’espoir de continuité dynastique dans un contexte où la stabilité n’est jamais assurée.

Salle du conseil, tapis de Turquie, présence royale

« Nous dépassâmes le fort et aperçûmes un certain nombre d’hommes armés de mousquets. En entrant dans la cour du palais, nous trouvâmes un garde rangé, armé seulement de lances. On nous conduisit à la salle du conseil de cet État. C’était une pièce longue et étroite, blanchie à la chaux, avec des bancs de chaque côté. Les murs étaient ornés d’armes à feu, de pistolets et de lances d’apparence ancienne. Alors le personnage principal prit la parole gravement : « Comment allez-vous ? Quelles sont les nouvelles ? » Le Dr Livingstone exprima nos désirs et nos intentions, lui dit qui nous étions, où nous étions et où nous allions […] Puis un homme peu vêtu nous annonça que la reine était prête à nous recevoir, et nous montâmes par des marches et par une trappe dans une grande chambre mal meublée, où nous fûmes en présence royale.

Au fond de la pièce, la plus éloignée de l’entrée, la reine était assise sur un beau tapis de Turquie. Elle était vêtue d’une robe fluide rouge et or, et portait un masque scintillant de paillettes, qui cachait une partie de son visage tout en le laissant suffisamment découvert pour montrer qu’elle était jeune et belle. À ses côtés, son fils, un joli enfant d’environ trois ans, vêtu d’un costume arabe, se tenait. Des dames d’honneur, vieilles et pas particulièrement soignées, mâchaient de la noix de bétel et crachaient abondamment par terre autour de leur royale maîtresse. La reine ne mâchait pas, mais elle exécutait ses fonctions royales avec grâce et dignité, nous invitant à nous asseoir avec respect. »

Pour Désiré Charnay, arrivé à Mwali en octobre 1863, la rencontre avec la reine fut tout aussi solennelle. Toutefois, le récit de l’explorateur français plus critique, voir parfois condescendant, pointe les signes d’un pouvoir en déclin. Il est accueilli au djumɓe par Saïd Hamadi Mkadara, prince consort et figure centrale de la cour. Charnay décrit un palais semblable aux récits précédents : une salle étroite servant d’antichambre, où les dignitaires, parfois « affligés de gale ou de lèpre10», attendent les visiteurs. Là encore, la majesté du lieu repose moins sur l’architecture que sur la mise en scène des relations sociales.

Charnay souligne également la simplicité des lieux, évoquant « une échelle de fenil » qui remplace l’escalier royal et conduit à l’appartement de la reine. Sa rencontre avec la sultane révèle une reine affaiblie, entourée de deux jeunes héritiers11 qui, à leurs tours, semblent porteurs d’un destin incertain. La symbolique est forte : l’épuisement d’un pouvoir sous pression, en proie à une succession difficile et à des incertitudes politiques croissantes. « Djumɓe Suɗi paraissait plus âgée qu’elle ne l’était […] Ses yeux, pleins d’un doux éclat mélancolique, nous regardaient de temps à autre, et sa bouche […] trahissait une femme abattue et dont la santé était ruinée par le climat et les exhalaisons morbides du rivage », écrit-il.

Porte sculptée du palais royal de Fumɓoni, photographiée des décennies plus tard par le Français Pierre Drouhin, période 1888-1891. © ANOM
Porte sculptée du palais royal de Fumɓoni, photographiée des décennies plus tard par le Français Pierre Drouhin, période 1888-1891. © ANOM
Les uniformes de la garde

« Ce palais consiste en une petite maison blanchie à la chaux, ne renfermant que deux salles percées d’ouvertures mauresques. La première, celle du rez-de-chaussée, est précédée d’une cour où s’étalent toutes les armes offensives de l’île, deux ou trois petits canons, espèce de fauconneaux, et les fusils de la garnison. La garnison, vêtue de ses plus beaux uniformes, nous attendait l’arme au bras, et nous passâmes en revue dix-huit soldats noirs, pieds nus, munis d’un pantalon blanc, le buste couvert d’une veste rouge à l’anglaise sur laquelle se croisaient deux larges courroies de buffleterie. Ils avaient comme shakos des espèces de mitres d’évêque, également rouges et de l’effet le plus bouffon. »

L’accueil au djumbe par Saïd Hamadi Mkadara

« À notre arrivée, le prince époux, qui nous avait accompagnés, nous précéda dans cette première salle du rez-de-chaussée, étroite et longue : c’est une espèce d’antichambre, de salle des gardes, où la garnison se tint debout pendant que Son Altesse nous présentait aux grands officiers de la couronne. J’éprouvai quelque répugnance à toucher la main de ces grands dignitaires dont quelques-uns me parurent affligés de gale ou de lèpre.

Une fois assis, la conversation languit malgré les soins de l’interprète, bavard juré dont la langue ne chômait cependant guère. Nous attendions l’instant de voir la reine qu’on était allé avertir, et qui, je le supposais, devait faire pour la circonstance un brin de toilette. Le grand chambellan vint enfin nous dire qu’elle nous attendait. L’époux nous précéda, montrant le chemin, et nous suivîmes. Il faut en convenir, l’escalier qui conduisait aux appartements de Sa Majesté n’était point un escalier royal, mais bien une simple échelle de fenil, qu’il nous fallut gravir avec précaution ; elle était courte, heureusement, la salle étant fort basse. »

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L’appartement royal et portrait de la Sultane

« L’appartement de la reine était la répétition de la salle d’attente ; seulement un voile tendu dans le fond séparait la couche de Son Altesse de la partie où nous fûmes reçus, comme dans une salle du trône. Djumɓe Suɗi 12siégeait effectivement sur un fauteuil élevé, ayant un coussin sous les pieds, flanquée à droite de sa vieille nourrice, à gauche, d’une confidente ou d’une esclave. Cette reine d’un petit royaume était drapée dans une étoffe turque tissée soie et or qui l’enveloppait tout entière. Sa main assez fine, était seule visible ; mais malgré le masque en forme de diadème qui recouvrait sa tête, on devinait, grâce aux larges ouvertures, tout l’ensemble de ses traits ; ses yeux, du reste, pleins d’un doux éclat mélancolique, nous regardaient de temps à autre, et sa bouche un peu molle, à la lèvre tombante, accusait une femme abattue et d’une santé ruinée par le climat et les exhalaisons morbides du rivage.

Djumɓe Suɗi paraît plus âgée qu’elle ne l’est13, et, lorsque je la vis au jour pour reproduire ses traits, je lui donnai trente-cinq ans au moins, tandis qu’elle n’en a que vingt-huit. Deux jeunes garçons, tous deux beaux comme le jour, sont les héritiers destinés à régner après elle. La faiblesse maladive de leur mère, me fait présumer qu’ils n’auront point le temps d’atteindre leur majorité. Notre audience dura une demi-heure environ ; on eut la galanterie de nous offrir quelques rafraîchissements à l’eau de rose, que je n’oublierai de ma vie. »

Le palais de Fumɓoni, en dépit de son apparence modeste, joua un rôle clé dans la diplomatie régionale et la résistance contre les influences extérieures. Alfred Gervey, procureur impérial à Pondichéry, qui visita Mwali quelques années plus tard, entre 1866 et 1868, décrit un bâtiment à la fois fortifié et symboliquement chargé. Selon lui, le palais « ressemble à une maison de campagne mal entretenue », mais il est stratégiquement positionné à l’extrémité de la batterie, défendu par un bastion et une esplanade armée de canons. Avant le bombardement de 1867, qui détruisit une partie de cette défense, la batterie comptait des pièces d’artillerie respectables, en bon état, renforçant le rôle du palais en tant que bastion militaire autant que centre politique.

« Ce que l’on appelle le palais de la reine se trouve à l’extrémité de la batterie, à peu près au milieu du front de la ville faisant face à la mer. […] Il est protégé de ce côté par un bastion ». L’intérieur du palais révèle une certaine opulence, avec des tapis de Mascate, des nattes et des miroirs, contrastant avec la rudesse de l’armement extérieur. Gervey met aussi en lumière l’importance de la garde royale, constituée de soldats locaux vêtus de tuniques rouges et coiffés de mitres. Bien que leur équipement soit vétuste et parfois inefficace, ces gardes restent des figures centrales du pouvoir militaire de l’île, un pouvoir à la fois réel et symbolique.

Armement et agencement intérieur

« L’enceinte de la ville est carrée comme celle des anciens camps romains, avec un mur en pierre et en corail, haut de 12 à 15 pieds et bien conservé. Trois ou quatre petites portes carrées donnent accès à des ruelles étroites. Beaucoup de maisons sont bâties en chaux et corail, mais il y a aussi, dans l’enceinte, bon nombre de cases malgaches en bois ou en macoutis; aucune de ces maisons n’a d’étage.

Ce qu’on appelle le palais de la reine se trouve au bout de la batterie, à peu près au milieu du front de la ville qui fait face à la mer. Il est protégé de ce côté par un bastion ne laissant voir que les terrasses. Du côté de la ville, il est entouré de murs et isolé par une place triangulaire où l’on voit un puits et une mosquée. Le palais ressemble à une maison de campagne mal entretenue.

On entre dans la cour d’honneur par une porte cochère grossièrement sculptée. En face de la porte, sous un hangar qui sert de corps de garde, sont rangés, sur des affûts de campagne, 2 obusiers de 8 et 2 pièces de 4 en bronze, bien montées et en fort bon état. Une vingtaine de fusils à pierre avec leurs bayonnettes, et une cinquantaine de sagaies bien aiguisées, sont dressés contre le mur, avec quelques briquets et des gibernes. »

Ruines du palais de Fumɓoni en 1973 ©️ Georges Boulinier & Geneviève Boulinier-Giraud / Musée du Quai Branly
Ruines du palais de Fumɓoni en 1973 © Georges Boulinier & Geneviève Boulinier-Giraud / Musée du Quai Branly
Le palais et le ngome de Fumɓoni

« La maison de la reine a un étage et est surmontée d’une terrasse; elle est éclairée, au rez-de-chaussée, par quelques meurtrières et, au premier, par une dizaine de fenêtres à persiennes vertes, ouvragées. Tout le bas est occupé par une grande salle voûtée, sombre et vide; on monte par des couloirs étroits et obscurs et par un escalier, véritable échelle de moulin, aux appartements de l’étage qui se composent d’une grande salle de réception, ornée de glaces, d’étagères, de tapis de Mascate et de fort belles nattes, et de plusieurs petites pièces garnies de meubles européens; c’est le logement de la reine. Dans une des cours se trouvent plusieurs tombeaux, entre autres celui de Ramanetaka, construits sur le modèle uniforme des tombeaux arabes dans les Comores.

Le palais communique avec la batterie qui est solidement construite; l’esplanade est en terre battue entre quatre murs fort épais, et élevée à 10 pieds au-dessus du sol. À partir de cette hauteur, elle est entourée d’un parapet épaulé, percé d’embrasures pour 21 canons. Avant le bombardement de 1867, elle était armée de 2 caronades de 24, de 7 pièces longues de 18 et de 12, de 9 vieux canons de 6 et de 4, en fonte, et de 3 petites pièces en bronze, du calibre 2. La batterie est fermée à la gorge par un mur sans ouvertures, de 15 pieds de haut, et il serait très difficile de l’emporter de vive force, sans avoir fait brèche. »

La garde du palais

« La garde du palais est confiée à une cinquantaine de Mohéliens vêtus de tuniques de drap rouge et de caleçons blancs, et coiffés de mîtres rouges de même forme que celles des évêques. Chaque soldat porte un fusil à pierre avec sa bayonnette, un briquet, une giberne et deux sagaies qui constituent, certes, la partie la plus dangereuse de son armement. Les fusils sont vieux et les lumières sont tellement élargies qu’au moment de faire feu, les Mohéliens ont grand soin de détourner la tête pour ne pas être aveuglés, ce qui ne contribue pas à la justesse de leur tir; en revanche, ils lancent la sagaie très adroitement. Cette garde a une musique composée d’une grosse caisse, de cymbales, de fifres et de tambours. »

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Références :
  • The Story of the Universities’ Mission to Central Africa, Henry Rowley (1866)
  • Histoire de Madagascar: ses habitants et ses missionnaires, Volume 1, Camille de La Vaissière (1884)
  • Madagascar à vol d’oiseau, Désiré Charnay (1864)
  • Essai sur les Comores, Alfred Gervey (1870)
  • Fomboni : fondement et bombardements, journal Kashkazi n° 62 (2007).
Notes :
  1. Le début du sultanat dans l’archipel est estimé au milieu du XIVe siècle. ↩︎
  2. En juin 1704, un habitant d’Anjouan informe l’Anglais John Pike que l’annexion de Mohéli par Anjouan remonterait à environ 400 ans, soit vers 1300. La séparation entre les deux îles serait survenue entre 1630 et 1660, période durant laquelle apparaissent les premières demandes d’intervention militaire contre Mohéli. ↩︎
  3. Entre 1611 et 1627, des navigateurs anglais tels que Richard Cocks, John Saris, Walter Peyton, Martin Pringle, Patrick Coplan, Thomas Roe, Henry Crosby et Thomas Herbert mentionnent la présence de « sultans » sur l’île. En 1704, les navires de guerre anglais, le Severn et le Scarborough, confirment également cette information. ↩︎
  4. Malgache originaire d’Imerina et cousin de Radama 1er, ancien roi de Madagascar. ↩︎
  5. Place publique ↩︎
  6. Tyran, il est assassiné par la population en 1884. ↩︎
  7. Le terme Hova renvoie au peuple Mernina de Madagascar, une subdivision désignant les gens du commun, différent des Andriana (nobles). ↩︎
  8. Qu’on appelle Barakoa en swahili ↩︎
  9. Il devient Sultan en 1867, âgé à peine de 9 ans, après abdication de sa mère. Il meurt de maladie en 1874. ↩︎
  10. On retrouve une certaine condescendance dans le récit de Charnay, avec une tendance à grossir les traits. Il est peu probable que des lépreux par exemple puissent se mélanger au reste de la population. ↩︎
  11. Muhammad et Abdurahmane bin Saïd Hamadi ↩︎
  12. Suɗi, autre nom de la Sultane. ↩︎
  13. Elle avait 27-28 ans en 1863. ↩︎
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Kori Tari, Rédacteur en chef de Beshelea.com, est un passionné de la culture et de l'histoire des Comores. Amoureux du Shikomori, il a grandi en étant bercé par les contes, les devinettes et les jeux traditionnels de son pays.

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