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	<title>Comores Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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	<title>Comores Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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		<title>Nés libres mais mis en esclavage par Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 04 Aug 2025 14:14:56 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Esclavage]]></category>
		<category><![CDATA[Abdallah bin Salim]]></category>
		<category><![CDATA[Abdallah wa Saïd Hamza]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Les récits d’esclaves comoriens sont rares. Non pas parce que la mémoire aurait fait défaut, mais parce qu’elle fut systématiquement ignorée. À l’époque, ni les chroniqueurs locaux ni les aristocraties n’accordaient de valeur au témoignage des individus issus de la servitude.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Aux Comores, la mémoire de l’esclavage<sup data-fn="e7aae1c7-68cc-45c9-aba0-6951d944c62d" class="fn"><a id="e7aae1c7-68cc-45c9-aba0-6951d944c62d-link" href="#e7aae1c7-68cc-45c9-aba0-6951d944c62d">1</a></sup> est partielle, morcelée, silencieuse. Elle n’a pas été seulement oubliée : elle fut volontairement étouffée. L’histoire orale, les généalogies officielles, les écrits royaux, tous ont soigneusement évité de donner voix aux esclaves et aux captifs. <a href="https://beshelea.com/ideologie-esclavage-comores/">Leur souffrance, leur statut, leur humanité même, furent niés par les classes dirigeantes</a>, dans un effort d’effacement systématique.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une société cloisonnée par naissance</h3>



<p class="wp-block-paragraph">À la fin du XIXᵉ siècle, cependant, cette chape de silence fut partiellement brisée. Entre 1880 et 1883, Frederic Holmwood, consul britannique à Zanzibar, recueillit des témoignages rares et précieux de personnes mises en esclavage. Ces témoignages, livrent un pan méconnu de l’histoire comorienne : celui d’enfants, d’adolescents et de femmes arrachés à leur foyer, et vendus comme esclaves dans le cadre d’accords entre pouvoirs locaux. Ces pages constituent un rare éclairage sur une période d’ombre, où la logique guerrière, les calculs politiques et la cupidité s’unirent pour renverser l’ordre moral de toute une société.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Avant de comprendre l’ampleur du drame, il faut saisir les structures profondes qui modelaient la société comorienne de jadis. Celle-ci se divisait en plusieurs strates dont les limites étaient aussi nettes qu’infranchissables. D’un côté se tenaient les familles dites libres, généralement issues de l’aristocratie et des lignées royales. En face, se trouvait l’ensemble hétérogène des esclaves, au sein duquel plusieurs degrés étaient distingués<sup data-fn="9c6e6893-17c5-433f-9e98-ab164e01fee8" class="fn"><a id="9c6e6893-17c5-433f-9e98-ab164e01fee8-link" href="#9c6e6893-17c5-433f-9e98-ab164e01fee8">2</a></sup>.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La traite et la colonisation : la dynamique du XIXᵉ siècle</h3>



<p class="wp-block-paragraph">On y trouvait tout d’abord les « étrangers »<sup data-fn="724001f1-b309-4f6e-a725-a61676a1093a" class="fn"><a id="724001f1-b309-4f6e-a725-a61676a1093a-link" href="#724001f1-b309-4f6e-a725-a61676a1093a">3</a></sup>, capturés sur le continent africain, principalement Makua, Ajawa ou Makonɗe, puis les esclaves locaux nés dans l’archipel<sup data-fn="debabf4d-a510-4999-b3e5-502fe160cbad" class="fn"><a id="debabf4d-a510-4999-b3e5-502fe160cbad-link" href="#debabf4d-a510-4999-b3e5-502fe160cbad">4</a></sup>, issus de lignées serviles. À cela s’ajoutait une catégorie encore plus ambiguë : celle des affranchis<sup data-fn="bab17cc4-3388-4eae-b74d-e66dc20a6154" class="fn"><a id="bab17cc4-3388-4eae-b74d-e66dc20a6154-link" href="#bab17cc4-3388-4eae-b74d-e66dc20a6154">5</a></sup> ou descendants d’esclaves ayant conquis leur liberté mais demeurant socialement exclus. Bien qu’émancipées par les faits ou par le temps, ces familles ne pouvaient se marier avec les familles nobles ou dites libres<sup data-fn="27f6e324-8b6a-4479-8441-3a55b2211695" class="fn"><a id="27f6e324-8b6a-4479-8441-3a55b2211695-link" href="#27f6e324-8b6a-4479-8441-3a55b2211695">6</a></sup>. Le poids des origines les poursuivait sans relâche, et la frontière sociale les reléguait à une forme de liberté mutilée.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le XIXe siècle fut marqué dans l’archipel par une intensification sans précédent de la traite humaine. Cette dynamique s’accentua en 1841 avec la prise de contrôle de Maore par la France<sup data-fn="8442960b-2c19-4481-8e52-4f59997f7eae" class="fn"><a id="8442960b-2c19-4481-8e52-4f59997f7eae-link" href="#8442960b-2c19-4481-8e52-4f59997f7eae">7</a></sup>. Bien que cette dernière ait officiellement aboli l’esclavage sur l’île en 1846, elle mit rapidement en place un système équivalent, fondé sur le travail forcé sous contrat : <em>l’engagisme</em>. Dès 1847, l’esclave fut rebaptisé « travailleur engagé », mais le principe restait le même. Pour répondre au besoin en main-d&rsquo;œuvre de l’exploitation coloniale, la France acheta ou importa massivement des personnes dans la région, incitant les autres îles de l’archipel à lui vendre leurs « propres travailleurs engagés ». Cette frénésie alimenta le développement des réseaux de traite entre les Comores, la côte est-africaine et les possessions françaises.</p>



<h3 class="wp-block-heading">La Seconde <em>Nkoɗo nkuu</em> et le règne de Sultan Saïd Ali</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce qui nous intéresse ici est une période bien particulière : celle de la deuxième <em>Nkoɗo nkuu<sup data-fn="735a2934-5119-46df-915d-318e7dc777b4" class="fn"><a id="735a2934-5119-46df-915d-318e7dc777b4-link" href="#735a2934-5119-46df-915d-318e7dc777b4">8</a></sup> (grande guerre), qui ravagea Ngazidja au début des années 1880. Elle opposa les sultans Msafumu wa Fefumu<sup data-fn="8baf420c-ce7b-4cfc-aa2b-a316454fc0d0" class="fn"><a id="8baf420c-ce7b-4cfc-aa2b-a316454fc0d0-link" href="#8baf420c-ce7b-4cfc-aa2b-a316454fc0d0">9</a></sup> (Inya Fwamɓaya) et Saïd Ali wa Saïd Omar<sup data-fn="cfddc29d-485a-4a39-87f6-8fb072b6300d" class="fn"><a id="cfddc29d-485a-4a39-87f6-8fb072b6300d-link" href="#cfddc29d-485a-4a39-87f6-8fb072b6300d">10</a></sup> (Inya Matswa Pirusa). </em>L<em>e conflit, d’une rare violence, se conclut le </em>7 février 1883 par l’assassinat<sup data-fn="31288332-c79a-43a4-9ef5-57dc800cb5e4" class="fn"><a id="31288332-c79a-43a4-9ef5-57dc800cb5e4-link" href="#31288332-c79a-43a4-9ef5-57dc800cb5e4">11</a></sup> du sultan Ntiɓe<sup data-fn="6c6d12b8-4fc4-4815-804d-6b4cc2500614" class="fn"><a id="6c6d12b8-4fc4-4815-804d-6b4cc2500614-link" href="#6c6d12b8-4fc4-4815-804d-6b4cc2500614">12</a></sup> Msafumu, capturé et emprisonné à Ɓaiɗi<sup data-fn="bc97eb7c-5770-4e8e-83cb-c4b968a37b16" class="fn"><a id="bc97eb7c-5770-4e8e-83cb-c4b968a37b16-link" href="#bc97eb7c-5770-4e8e-83cb-c4b968a37b16">13</a></sup>. Mais la victoire de Saïd Ali ne mit pas fin au désordre. Au contraire, elle inaugura une ère de chaos, de représailles et de pillages. Le pays tout entier sombra dans la disette et la ruine. On estime à 3 000 voire 4 000 le nombre de morts, dont 1 200 victimes de la faim<sup data-fn="2a756375-811e-4698-8cc0-6712d232d523" class="fn"><a id="2a756375-811e-4698-8cc0-6712d232d523-link" href="#2a756375-811e-4698-8cc0-6712d232d523">14</a></sup>. Les principautés d’Itsandraya et de Ɓamɓao furent presque vidées de leurs habitants. Le tissu social, déjà fracturé par les rivalités politiques, fut entièrement déchiré.</p>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter"><img type="image/webp"  alt="Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar de Ngazidja" class="wp-image-750 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/08/Sultan-Said-Ali-wa-Said-Omar-edited.jpg"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar de Ngazidja</em></figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">Devenu <em>Ntiɓe</em>, Saïd Ali, soutenu militairement et logistiquement par le sultan Abdallah III<sup data-fn="7be4c800-2720-40e5-a20e-f5890b825e41" class="fn"><a id="7be4c800-2720-40e5-a20e-f5890b825e41-link" href="#7be4c800-2720-40e5-a20e-f5890b825e41">15</a></sup> de Ndzuani, dut honorer une lourde dette de guerre envers ce dernier. Pour payer ce <em>nau</em><sup data-fn="7958e020-f056-42fc-b30f-08d5f3940880" class="fn"><a id="7958e020-f056-42fc-b30f-08d5f3940880-link" href="#7958e020-f056-42fc-b30f-08d5f3940880">16</a></sup> (tribut), il s’empara des biens – y compris humains – de ses anciens ennemis, confisquant les richesses de la famille de Msafumu et de son allié exilé Abdallah bin Saïd Hamza<sup data-fn="a5d79898-986f-4c32-9082-4322d6f791cc" class="fn"><a id="a5d79898-986f-4c32-9082-4322d6f791cc-link" href="#a5d79898-986f-4c32-9082-4322d6f791cc">17</a></sup>. En toute violation des coutumes, il mit en esclavage des personnes libres et les expédia à Ndzuani en règlement de sa dette.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une dette de guerre payée en êtres humains</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Son oncle, Hashim wa Mwinyi Mkuu, sultan de Mbadjini, qui l’avait soutenu durant la guerre avant de s’en éloigner, confirma cette pratique dans un entretien avec Frederic Holmwood<sup data-fn="8cb3a7dd-a5a6-4006-8709-b1db5a9cbf3c" class="fn"><a id="8cb3a7dd-a5a6-4006-8709-b1db5a9cbf3c-link" href="#8cb3a7dd-a5a6-4006-8709-b1db5a9cbf3c">18</a></sup> :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Ce n’est pas de notre faute si nous avons commencé à vendre les habitants de Ngazidja. Les navires anglais ont intercepté les boutres venus du Mozambique, qui nous avaient toujours fourni des engagés makua. Nous étions endettés envers les Français et contraints de leur livrer des esclaves. Je regrette aujourd’hui d’avoir exporté des gens de Ngazidja. C’est Saïd Ali qui a commencé, pour payer le sultan de Ndzuani. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Mshangama bin Mwalimu était un ancien officier des troupes de Msafumu avant de déserter et de rejoindre le camp de Saïd Ali. Il était le second de Kari wa Djae, commandant en chef des troupes du Kori<sup data-fn="43fb66db-81dc-42aa-937c-d87623547647" class="fn"><a id="43fb66db-81dc-42aa-937c-d87623547647-link" href="#43fb66db-81dc-42aa-937c-d87623547647">19</a></sup> de Ɓamɓao. Il rapporte ce qui s’est produit tout juste après l’enfermement de Msafumu dans sa prison de Ɓaiɗi :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Je me suis rendu à Ntsudjini<sup data-fn="38273a6d-c590-44fc-a13d-4bb2bb269d51" class="fn"><a id="38273a6d-c590-44fc-a13d-4bb2bb269d51-link" href="#38273a6d-c590-44fc-a13d-4bb2bb269d51">20</a></sup> avec mes hommes et j’ai pris treize jeunes filles proches de Msafumu, conformément à mes ordres. J’ai également emporté 3 000 dollars noirs que Msafumu avait dans son coffre. Je n’ai permis à personne d’être insulté. Elles étaient toutes jeunes, élevées dans le “twaâ”<sup data-fn="6da8ae4f-ca88-4a43-880c-9bf096336dba" class="fn"><a id="6da8ae4f-ca88-4a43-880c-9bf096336dba-link" href="#6da8ae4f-ca88-4a43-880c-9bf096336dba">21</a></sup>. Saïd Ali, cependant, en a donné une à Ntiɓe Mbamba<sup data-fn="b43bf762-e877-4023-98a4-edfdbddb416d" class="fn"><a id="b43bf762-e877-4023-98a4-edfdbddb416d-link" href="#b43bf762-e877-4023-98a4-edfdbddb416d">22</a></sup> pour son harem, en a pris une comme concubine<sup data-fn="45a92195-82a1-4d96-8646-0a8f5508d212" class="fn"><a id="45a92195-82a1-4d96-8646-0a8f5508d212-link" href="#45a92195-82a1-4d96-8646-0a8f5508d212">23</a></sup> et a envoyé le reste au sultan de Ndzuani sur le boutre d’Awathi, car cela faisait partie de leur accord. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Une semaine plus tard, toujours selon Mshangama, le boutre d’Awathi retourna à Mroni et effectua deux autres voyages similaires, emmenant à chaque fois un grand nombre de jeunes filles de Ngazidja pour Ndzuani. D’après Mze bin Mfwahaya, ancien boutrier à Zanzibar revenu à Ntsudjini au début de la guerre, Ɓuku Hamaɗi<sup data-fn="9d7cbe9c-8b1b-414a-a54d-f1b00fee7bec" class="fn"><a id="9d7cbe9c-8b1b-414a-a54d-f1b00fee7bec-link" href="#9d7cbe9c-8b1b-414a-a54d-f1b00fee7bec">24</a></sup>, commis de Saïd Ali, se rendit à Ndzuani à bord du boutre d’Awathi pour régler cette affaire avec le sultan Abdallah III. Il rapporte :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Il [Sultan Abdallah] demande 40 000 dollars à Saïd Ali et compte seulement 40 dollars par esclave ; mais Saïd Ali n’accorde que 25 000 dollars et se crédite de 50 dollars par esclave. Il a également envoyé une somme considérable, prélevée auprès des proches de Msafumu. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Une version corroborée par Mshangama bin Mwalimu :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« La première fois, Ɓuku Hamaɗi a pris plus de 10 000 dollars, et la fois suivante, je crois, 6 000 dollars. Saïd Ali a reconnu sa dette totale envers le roi Abdallah, au titre des soldats, des moyens de transport, des provisions et des munitions, s’élevant à 25 000 dollars, mais le roi a répondu qu’elle s’élevait à 40 000 dollars, car il exigeait son bénéfice. Juste avant mon départ, Ɓuku Hamaɗi a été de nouveau envoyé sur le boutre d’Awathi pour dire que Saïd Ali considérait avoir réglé la totalité de sa dette, car le seul bénéfice qu’il avait accepté de donner était le meilleur des femmes de Ngazidja, et il avait scrupuleusement respecté cette condition. Il lui a envoyé 3 000 dollars prélevés sur Msafumu, 120 esclaves de plantation d’une valeur de 5 000 dollars, et les sommes qu’il avait reçues des Français. On pensait que cette réclamation allait mener à une querelle. »</p>
</blockquote>


<div class="wp-block-image">
<figure class="aligncenter size-full is-resized"><img type="image/webp"  alt="Sultan Abdallah bin Salim (Abdallah III, Mawana) de Ndzuani" class="wp-image-752 lws-optimize-lazyload" style="width:404px;height:auto"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/08/Sultan-Abdallah-bin-Salim-Abdallah-III-Mawana-edited.jpg"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Sultan Abdallah bin Salim (Abdallah III, Mawana) de Ndzuani</em></figcaption></figure>
</div>


<p class="wp-block-paragraph">D’après divers témoignages, on sait que ces rafles se faisaient en grande partie dans les zones Inya Fwamɓaya<sup data-fn="45336222-3002-4408-afe7-82461d9c7bff" class="fn"><a id="45336222-3002-4408-afe7-82461d9c7bff-link" href="#45336222-3002-4408-afe7-82461d9c7bff">25</a></sup>. Elles étaient coordonnées par Mohamed bin Alawi, commandant des troupes anjouanaises au service de Saïd Ali. Deux des trois témoignages principaux du présent article proviennent de filles de cette zone : Wamonɗoha de Ntsudjini et Mariama Hali de Hantsambu. Sur le plan commercial, ce sont les commerçants Abdullah Felahi, l’Indien, et Ali Sham qui s’en chargeaient pour le compte de Saïd Ali.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Mshangama ajoute :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Outre ces expéditions, Saïd Ali envoyait constamment des esclaves en petit nombre à Maore et en Ndzuani, dont il conservait le profit. Nous étions tous, et en particulier les soldats anjouanais, libres de capturer qui que ce soit et de le vendre aux boutres arabes et français, à condition de ne pas interférer avec les décisions de notre chef. »</p>
</blockquote>



<h3 class="wp-block-heading">L’implication de la sultane Haɗidja de Mbadjini</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ces opérations ne furent pas limitées aux territoires d’Inya Fwambaya. Dans le Mbadjini, au sud, des personnes furent aussi enrôlées par la toute nouvelle sultane Haɗidja wa Mwinyi Mkuu, tante et alliée de Saïd Ali. Le témoignage du jeune Mlamali, originaire de cette zone, l’illustre. L’intronisation de Haɗidja, en lieu et place de Hashim, est d’ailleurs l’une des causes de la brouille entre Saïd Ali et son oncle<sup data-fn="72fd8206-a17b-49a5-a6f0-4384eb21d3ef" class="fn"><a id="72fd8206-a17b-49a5-a6f0-4384eb21d3ef-link" href="#72fd8206-a17b-49a5-a6f0-4384eb21d3ef">26</a></sup>. Hashim, tout en reconnaissant avoir agi de même, accusa sa grande sœur :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Haɗidja vend tous ceux qu’elle peut saisir, qu’ils soient esclaves ou libres. Pour ma part, je ne m’en suis pris qu’aux esclaves. Je ne dirai pas que je n’ai pris aucun homme libre, mais si c’était le cas, il s’agissait seulement de gens très pauvres. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ces accusations ne sont pas le fruit d’une vengeance de Hashim. D’autres protagonistes confirment les agissements de la sultane. Mze bin Mfwahaya va dans le même sens :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Depuis que Saïd Hashim est parti, Saïd Ali et Ɓinti Haɗidja vendent tous ceux qu’ils peuvent attraper et qui sont aptes à travailler. Les Français venaient environ tous les mois ou toutes les trois semaines. Auparavant, ils ne venaient qu’à Mbadjini, mais maintenant ils viennent aussi à Mroni. Le boutre d’Awathi fait régulièrement du commerce avec Maore. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Abdallah bin Saïd Hamza, quant à lui, va beaucoup plus loin :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Mon pays est maintenant totalement ruiné, et presque tous, sauf les habitants des collines, ont soit été tués soit exportés par Saïd Ali et cette femme cruelle, Haɗidja. La plupart des personnes qui ont été embarquées sont passées par ici ; mais, en général, je n’ai rien pu faire pour eux. »</p>
</blockquote>



<h3 class="wp-block-heading">Trois témoignages de personnes libres mises en esclavage</h3>



<h5 class="wp-block-heading">Wamonɗoha, native de Ngazidja, 25 ans</h5>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow" style="font-style:italic;font-weight:300">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Je suis une femme libre de Ntsudjini, près d’Itsandraya. Mon oncle, le frère de ma mère, vit à Zanzibar. Il se nomme Aɓuɗu Waɗi Saïd. Mes parents sont morts. Après la mort de Msafumu, tous les esclaves et de nombreuses personnes libres ont été capturés par les soldats anjouanais envoyés par le sultan Saïd Ali. Beaucoup furent emmenés par lui et envoyés au sultan Abdallah III [de Ndzuani], mais moi, j’ai été retenue avec plusieurs compagnes par les soldats, puis envoyée à la vente à Ndzuani.<br>Ɓweni Djumɓe<sup data-fn="11a573a5-7f02-465c-bbe0-ca475f30e969" class="fn"><a id="11a573a5-7f02-465c-bbe0-ca475f30e969-link" href="#11a573a5-7f02-465c-bbe0-ca475f30e969">27</a></sup> m’a achetée, et elle est très gentille et prévenante. Plusieurs jeunes filles de Ngazidja libres vivent dans la maison de son jeune fils. J’espère qu’elle me permettra d’aller à Zanzibar. J’ai une grande liberté, et je vais régulièrement rendre visite à mes amies qui ont été achetées par différentes personnes à Mtsamɗu. Je peux vous donner les noms de nombreuses filles appartenant à des familles bien connues d’Itsandraya.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-style:italic;font-weight:300">Mrenɗewa binti Jumɓauma, 16 ans — arrivée dans la dernière cargaison expédiée par Saïd Ali pour le harem du sultan. Elle est retenue dans la maison de Saïd Athumani<sup data-fn="b0f5c9bc-2fd9-42fc-a646-40adb5ce94c9" class="fn"><a id="b0f5c9bc-2fd9-42fc-a646-40adb5ce94c9-link" href="#b0f5c9bc-2fd9-42fc-a646-40adb5ce94c9">28</a></sup>, en attendant son bon plaisir. C’était une vieille amie à moi.</li>



<li style="font-style:italic;font-weight:300">Ringaria binti Karinkonɗo, 20 ans.</li>



<li style="font-style:italic;font-weight:300">Fatima binti Ɓurahimi, 16 ans, avec sa mère Mshe Amina [toutes les deux originaires de Mbadjini].</li>



<li style="font-style:italic;font-weight:300">Mariama binti Mɓaraka, 22 ans [originaire du Ɓamɓao].</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Ceux qui suivent sont mes compagnons esclaves ici :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-style:italic;font-weight:300">Filles : Asha binti Idjaɓu, Mhinɗa binti Maruɓoa, Mwandziwa binti Kaleheza, Maliza binti Mshangama, Mbaga binti Hali et Trunɗa bint Hali, sœurs.</li>



<li style="font-style:italic;font-weight:300">Garçons : Ɗauɗu, Ibrahim, Mhoma, Isihaka.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Tous ceux-ci sont des esclaves de Ngazidja appartenant à Mɓafumu<sup data-fn="bf4c9883-294b-4ffb-af24-e9d722b39673" class="fn"><a id="bf4c9883-294b-4ffb-af24-e9d722b39673-link" href="#bf4c9883-294b-4ffb-af24-e9d722b39673">29</a></sup>, frère de Msafumu, originaire de Hamahame. Ils se trouvent dans la maison de Jamadar Mohamed Alawi, mais j’ignore s’ils sont destinés à la vente.</p>



<ul class="wp-block-list">
<li style="font-style:italic;font-weight:300">Filles : Mumɗoa, Mwandziwa, Trunɗa binti Mgomri, Mkoa binti Minɗu.</li>



<li style="font-style:italic;font-weight:300">Garçons : Mderwaɓili, Saïd bin Mgomri, Kari bin Mgomri.</li>
</ul>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Ce sont des esclaves appartenant à Hadji Msa, vizir de Msafumu.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Autres esclaves appartenant à Fahamwe wa Athumani, veuve de Msafumu.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Tous ceux-là sont auprès du roi. Ils lui ont été envoyés par Saïd Ali en guise de paiement partiel de sa dette. Mderwaɓili se trouve cependant dans la maison de Salim bin Omar. Les autres, je pense, viennent d’être envoyés à Ɓamɓao<sup data-fn="c337ba61-3498-479e-a45e-6a7a1281bbae" class="fn"><a id="c337ba61-3498-479e-a45e-6a7a1281bbae-link" href="#c337ba61-3498-479e-a45e-6a7a1281bbae">30</a></sup>. Mwanɗauzi bin Yusuf, d’Itsandraya ; Sakarani, idem ; Kari, idem.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Je les ai connus comme esclaves de Amu Hadji. Ils sont maintenant dans la maison de Salim bin Othman, je crois pour le compte du roi. Aucun d’entre eux n’était véritablement esclave à Ngazidja, mais ils appartiennent à des familles de statut servile, qui ne peuvent se marier avec des familles libres. Le dhow d’Awathi est régulièrement employé à faire passer des esclaves à Maore, mais il fait souvent escale ici et en laisse quelques-uns au roi. Il est reparti la veille de votre arrivée. Ɓuku Hamaɗi est arrivé à bord ; il se trouve actuellement en ville. Il tente de régler les comptes de Saïd Ali avec le roi, mais ils ne parviennent pas à s’entendre. Le roi a fait de dix-sept filles de Ngazidja envoyées par Saïd Ali ses concubines. Il devient désormais très sélectif. <em>» </em></p>
</blockquote>



<h5 class="wp-block-heading">Mariama Hali [wa Ali], native de Ngazidja, 17 ans</h5>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300"><em>« </em>Je suis née à Hantsambu, près de Itsandraya. J’ai dix-sept ans. J’y ai vécu toute ma vie. Depuis trois ans, je vis seule avec ma mère, qui est veuve. Mon père, Fundi Ɓedja wa Halii, fabriquait du mobilier et des lampes traditionnels. Il est mort il y a quatre ans. Il était Liwali<sup data-fn="55e82bfc-3091-4859-9570-6f3c9ed25dce" class="fn"><a id="55e82bfc-3091-4859-9570-6f3c9ed25dce-link" href="#55e82bfc-3091-4859-9570-6f3c9ed25dce">31</a></sup> de Hantsambu sous Msafumu. Il possédait trois plantations, qui sont désormais entre les mains de ma mère. Elles m’appartiendront. Elles sont louées à des personnes libres qui paient leur loyer en nature.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Je suis fille unique. Le frère de ma mère, Mbeshezi, a vécu avec nous et s’est occupé de l’entreprise après la mort de mon père, mais il est parti à Zanzibar il y a trois ans avec Mwinyi Husein, qui avait épousé la sœur de ma mère.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Nous n’avons pas été très affectés par la guerre, car nous étions aisés et les habitants du village sont pêcheurs. Après la famine, la paix est revenue et je suis allée chaque jour à l’école du village, dirigée par Mwalimu Mbahua, une femme affiliée à la faction de Saïd Ali.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Un jour, alors qu’elle priait, les soldats anjouanais de Saïd Ali sont descendus sur le village et ont, sans avertissement, capturé toutes les filles de l’école. Ils nous ont conduites directement à l’embarcadère situé sous la maison de Saïd Ali à Mroni et nous ont fait monter à bord d’un boutre qui était à l’ancre. Ma mère, ainsi que les parents de plusieurs autres filles, ont suivi les soldats en pleurant. Ma mère les a suppliés de ne pas m’embarquer, car j’étais son unique enfant et elle était âgée. Mais le Jemadar Mohamed Alawi l’a repoussée en disant à ses hommes : « avec elles ».</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Nous étions une trentaine au total. On nous a mises à part, entre filles, et nous pleurions toutes. Lorsque nous avons quitté la côte, nous étions toutes très malades, au point que nous parlions à peine entre nous. Cette nuit-là, un coup de vent a soufflé et nous avons été entraînées en mer. Quelques jours plus tard, nous avons accosté à <a href="https://beshelea.com/abdurahmane-ii-assassine-peuple/">Mwali</a> sans nourriture ni eau.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Le nahodha<sup data-fn="7b5cd20c-0e2f-4b03-8405-dd0b0049ed6b" class="fn"><a id="7b5cd20c-0e2f-4b03-8405-dd0b0049ed6b-link" href="#7b5cd20c-0e2f-4b03-8405-dd0b0049ed6b">32</a></sup> Ɓakari, a fait débarquer les autres hommes pour aller acheter de la nourriture et chercher de l’eau. Nous l’avons entendu dire, en parlant de nous : « Ce ne sont que des enfants, elles auront peur de fuir dans cet endroit étrange. » Aussitôt qu’ils furent hors de vue, mes quatre compagnes et moi avons sauté par-dessus bord, avons pataugé jusqu’au rivage, puis couru à l’intérieur des terres jusqu’à ce que nous atteignions un bois.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Vers le soir, nous avons rencontré un homme qui nous a arrêtées et nous a demandé qui nous étions. Nous lui avons dit la vérité, et il a dit qu’il nous emmènerait chez un ami qui nous protégerait de toute reprise. Il nous a emmenées à Hoani et nous a confiées au sultan Abdallah<sup data-fn="e49d9b63-6bb8-4933-9eaa-a525a0c40be3" class="fn"><a id="e49d9b63-6bb8-4933-9eaa-a525a0c40be3-link" href="#e49d9b63-6bb8-4933-9eaa-a525a0c40be3">33</a></sup> [bin Hamza], qui vivait là en exil.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Quelques jours plus tard, l’une de mes compagnes est morte de la fièvre, et les deux autres travaillent pour se nourrir de l’autre côté de l’île, car le sultan Abdallah était trop pauvre pour les nourrir. J’étais trop faible pour faire des travaux agricoles ; la séparation d’avec ma mère m’avait rendue malade.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">J’étais à Mwali depuis environ quatre mois lorsque vous [Holmwood] êtes arrivé. Le sultan Abdallah n’aurait pas pu me garder plus longtemps, car entre-temps il avait sauvé certains des siens qui avaient été embarqués par Saïd Ali à bord d’un autre boutre ayant fait escale à Mwali.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Dès que j’ai débarqué à Zanzibar, j’ai reconnu sur la plage mon oncle Mwenyi Husein. Je souhaite aller vivre chez ma tante, mais je vous supplie d’écrire à ma mère et, si possible, de la faire venir à Zanzibar si elle vit encore. Elle avait dit qu’elle se rendrait à Mitsamihuli, où nous avons des parents<em>. »</em></p>
</blockquote>



<h5 class="wp-block-heading">Mlamali, natif de Ngazidja, 20 ans</h5>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300"><em>«</em> Je suis né à Mroni, mes deux parents étaient des personnes libres. Ils ont déménagé à Mbadjini, de l’autre côté de l’île, alors que j’étais encore très jeune. J’ai toujours vécu dans cette contrée. Sheikh Hashim<sup data-fn="76b87f02-a5e6-4b90-a34f-4237823cf551" class="fn"><a id="76b87f02-a5e6-4b90-a34f-4237823cf551-link" href="#76b87f02-a5e6-4b90-a34f-4237823cf551">34</a></sup> en est le chef depuis de nombreuses années. Son activité consistait à expédier les Makua lorsque les Français arrivaient. Les esclaves makua traversaient la montagne [Karthala] depuis Mroni. Aucun habitant de Ngazidja n’a jamais été vendu aux Français<sup data-fn="d1fd442d-2636-4424-87d7-5f056a8d540d" class="fn"><a id="d1fd442d-2636-4424-87d7-5f056a8d540d-link" href="#d1fd442d-2636-4424-87d7-5f056a8d540d">35</a></sup>. Il y a environ trois ans, le sultan Abdallah de Mroni<sup data-fn="328d9380-468a-44b9-aa12-cf53672bd51d" class="fn"><a id="328d9380-468a-44b9-aa12-cf53672bd51d-link" href="#328d9380-468a-44b9-aa12-cf53672bd51d">36</a></sup> a refusé d’envoyer d’autres esclaves à l’expédition ; Sheikh Hashim s’est alors querellé avec lui et a rejoint Saïd [sic] Ali à son arrivée dans le pays<sup data-fn="3e5366b3-e344-48c3-b6fb-c9adb6423a3d" class="fn"><a id="3e5366b3-e344-48c3-b6fb-c9adb6423a3d-link" href="#3e5366b3-e344-48c3-b6fb-c9adb6423a3d">37</a></sup>.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Après que Saïd Ali a tué Msafumu, Sheikh Hashim s’est mis à expédier des Wangazidja, qu’ils soient libres ou esclaves. J’ai entendu dire que Saïd Ali faisait de même avec tous ceux qu’il pouvait capturer. Beaucoup de Wangazidja saisis ainsi par Sheikh Hashim ont été vendus aux Français ; mais lorsqu’aucun Français n’était présent au port, ils étaient envoyés à Ndzuani. Plusieurs de mes amis ont été exportés de cette manière, principalement vers Maore.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">J’ai été enlevé avec quatre compagnons à la fin du dernier ramadan (août 1883). Ils ont été vendus à un Français arrivé à bord d’un grand dhow<sup data-fn="9903d014-bfb1-464c-978a-5600c160dc7a" class="fn"><a id="9903d014-bfb1-464c-978a-5600c160dc7a-link" href="#9903d014-bfb1-464c-978a-5600c160dc7a">38</a></sup> pour acheter des engagés. C’étaient des esclaves. J’ai été embarqué sur une ɓetela<sup data-fn="f7ed902b-11c8-48fd-8b4d-d47469e7f328" class="fn"><a id="f7ed902b-11c8-48fd-8b4d-d47469e7f328-link" href="#f7ed902b-11c8-48fd-8b4d-d47469e7f328">39</a></sup> battant pavillon anjouanais et emmené à Mwali, où je suis resté quatre jours. Il y avait de nombreux esclaves sur ce bateau. Nous avons tous été embarqués avec des cordes, qui furent ensuite coupées une fois à bord. Mes compagnons ont été vendus à Mwali, puis emmenés à Maore. Pour ma part, j’ai été acheté par un homme de Madagascar. Il m’a emmené à Ndzuani et m’a vendu à Ɓweni Djumɓe, la sœur du roi. Elle m’a envoyé travailler chez le docteur Wilson<sup data-fn="83fc4263-e39a-4ce3-8393-8360f54024af" class="fn"><a id="83fc4263-e39a-4ce3-8393-8360f54024af-link" href="#83fc4263-e39a-4ce3-8393-8360f54024af">40</a></sup>. Elle avait acquis quatre autres Wangazidja nouvellement arrivés, que j’avais déjà aperçus dans notre pays.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Le jeune fils de Ɓweni Djumɓe possédait plusieurs jeunes filles de Ngazidja que sa mère lui avait achetées comme concubines. Durant les trois mois où j’ai travaillé à Ndzuani, j’ai été traité avec beaucoup de bonté, mes compagnons et moi avons eu autant de nourriture que nous pouvions en manger, ainsi que de bons vêtements. Je souhaite retourner au domaine du docteur Wilson dès que possible ; il m’a promis de m’employer à nouveau lorsque je reviendrai avec un certificat de liberté. Je connais un grand nombre d’esclaves de Ngazidja à Ndzuani, surtout sur le domaine royal ; beaucoup d’entre eux étaient des gens libres, envoyés récemment par Saïd Ali.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Chaque jour, des gens passent sur notre domaine avec de jeunes enfants de Ngazidja à vendre ; ils ont du mal à les écouler en raison des rumeurs concernant le nouveau traité. Le docteur Wilson l’a expliqué à ses gens, mais les Anjouanais affirment qu’il n’y aura aucun changement. Le roi a envoyé quarante hommes libres de la brousse comme engagés à Maore ; depuis, de nombreux hommes de la brousse sont descendus des collines pour demander protection au docteur Wilson. Il leur a donné du travail, et lorsque le roi a envoyé des policiers pour les faire partir, il les a chassés de son domaine. Lorsque le Tourmaline a jeté l’ancre à Mwali, j’ai reconnu le dhow dans lequel j’avais été embarqué à Mbadjini. Il était au mouillage dans le port <em>»</em>.</p>
</blockquote>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>Correspondence relative to the slave trade 1858-1892, British representatives and agents abroad and repports from naval officiers, <em>Foreign Office (february 1884)</em>.</li>



<li>Slavery, antislavery, political rivalry and regional networks in East African waters, 1877-1883, <em>Edward A. Alpers (2015)</em>.</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="e7aae1c7-68cc-45c9-aba0-6951d944c62d"><em>Le mot « esclavage » se dit localement « Urumwa » ou « Utrwana ». L’esclave est désigné par « Mrumwa » (pl. Warumwa) ou « Mtrwana » (pl. Watrwana). S’il s’agit d’une femme, on dit « Mdjahazi »</em> <a href="#e7aae1c7-68cc-45c9-aba0-6951d944c62d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9c6e6893-17c5-433f-9e98-ab164e01fee8"><em>Lire la thèse d&rsquo;Ibouroi Ali Tabibou « Des esclaves makua et de leurs descendants aux Comores (2014) » qui s’est déclinée en livres (2 tomes) disponibles aux Éditions Cœlacanthe (2017). Ainsi que « Esclavage et commensalité à Ngazidja, Comores » de Sophie Blanchy (2005).</em> <a href="#9c6e6893-17c5-433f-9e98-ab164e01fee8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="724001f1-b309-4f6e-a725-a61676a1093a"><em>Par « étranger », les Wangazidja désignaient ceux que l’on appelait Mrima — terme neutre désignant les personnes venues de la côte est-africaine — ou Mshendzi, terme plus péjoratif, renvoyant à un esclave africain non acclimaté aux Comores, ne parlant que sa propre langue et ne pratiquant pas l’islam.</em> <a href="#724001f1-b309-4f6e-a725-a61676a1093a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="debabf4d-a510-4999-b3e5-502fe160cbad"><em>Cette catégorie de personnes descendants d&rsquo;esclaves nés sur l&rsquo;île est désignée par le mot « Wadzalia » (sing. Mdzalia).</em> <a href="#debabf4d-a510-4999-b3e5-502fe160cbad-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="bab17cc4-3388-4eae-b74d-e66dc20a6154"><em>On désigne la femme esclave libérée par le mot « Mahuria ».</em> <a href="#bab17cc4-3388-4eae-b74d-e66dc20a6154-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="27f6e324-8b6a-4479-8441-3a55b2211695"><em>Waungwana en shKomori (sing. Mungwana).</em> <a href="#27f6e324-8b6a-4479-8441-3a55b2211695-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8442960b-2c19-4481-8e52-4f59997f7eae"><em>À l’issue d’une vente problématique et sujette à controverse, la France coloniale fit son entrée dans l’archipel par le biais de Maore.</em> <a href="#8442960b-2c19-4481-8e52-4f59997f7eae-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="735a2934-5119-46df-915d-318e7dc777b4"><em>La première Nkoɗo nkuu avait opposé les sultans Fumɓavu wa Fefumu (Inya Fwamɓaya) et Ahmed wa Said Ali wa Swaleh dit Mwinyi Mkuu (Inya Matswa Pirusa). </em> <a href="#735a2934-5119-46df-915d-318e7dc777b4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8baf420c-ce7b-4cfc-aa2b-a316454fc0d0"><em>Sultan d&rsquo;Itsandraya et Ntiɓe de Ngazidja.</em> <a href="#8baf420c-ce7b-4cfc-aa2b-a316454fc0d0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="cfddc29d-485a-4a39-87f6-8fb072b6300d"><em>Prétendant au titre de sultan du Ɓamɓao et indirectement au titre de Ntiɓe. </em> <a href="#cfddc29d-485a-4a39-87f6-8fb072b6300d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="31288332-c79a-43a4-9ef5-57dc800cb5e4"><em>Des témoignages évoquent un étranglement dans sa cellule survenu quelques jours après une tentative d&#8217;empoisonnement.</em> <a href="#31288332-c79a-43a4-9ef5-57dc800cb5e4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="6c6d12b8-4fc4-4815-804d-6b4cc2500614"><em>Le roi suprême, ou Ntiɓe de Ngazidja, détient la prérogative essentielle d’introniser tous les sultans de l’île, aussi bien dans les territoires relevant de son propre <em>Inya</em> que dans les autres. Ce titre n’est pas héréditaire. Il s’obtient, selon l’adage, « à l’épée ».</em> <a href="#6c6d12b8-4fc4-4815-804d-6b4cc2500614-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="bc97eb7c-5770-4e8e-83cb-c4b968a37b16"><em>Ɓaiɗi, quartier de Mroni.</em> <a href="#bc97eb7c-5770-4e8e-83cb-c4b968a37b16-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2a756375-811e-4698-8cc0-6712d232d523"><em>Ces chiffres sont avancés par Mshangama bin Mwalimu, officier ayant servi les deux camps.</em> <a href="#2a756375-811e-4698-8cc0-6712d232d523-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="7be4c800-2720-40e5-a20e-f5890b825e41"><em>Abdallah bin Salim dit Mawana.</em> <a href="#7be4c800-2720-40e5-a20e-f5890b825e41-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="7958e020-f056-42fc-b30f-08d5f3940880"><em>Le nau est une rétribution qui est donnée à un sultan, par un allié auquel il a apporté une aide décisive dans une guerre. </em> <a href="#7958e020-f056-42fc-b30f-08d5f3940880-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="a5d79898-986f-4c32-9082-4322d6f791cc"><em>Ancien sultan du Ɓamɓao, il est de la même famille que Saïd Ali. Après la mort de Msafumu, il s&rsquo;est exilé à Mwali auprès de Sultan Abdurahmane bin Saïd Hamaɗi.</em> <a href="#a5d79898-986f-4c32-9082-4322d6f791cc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8cb3a7dd-a5a6-4006-8709-b1db5a9cbf3c"><em>Tout comme Abdallah bin Saïd Hamza, Hashim est aussi en exile à Mwali au moment où il rencontre Holmwoold.</em> <a href="#8cb3a7dd-a5a6-4006-8709-b1db5a9cbf3c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="43fb66db-81dc-42aa-937c-d87623547647"><em>En shiNgazidja ancien, Kori désigne roi, sultan.</em> <a href="#43fb66db-81dc-42aa-937c-d87623547647-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="38273a6d-c590-44fc-a13d-4bb2bb269d51"><em>Chef-lieu de la principauté d&rsquo;Itsandraya, fief de Sultan Ntiɓe Msafumu wa Fefumu.</em> <a href="#38273a6d-c590-44fc-a13d-4bb2bb269d51-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 20"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="6da8ae4f-ca88-4a43-880c-9bf096336dba"><em>Twaâ, l&rsquo;obéissance en vers les parents, de bonne éducation.</em> <a href="#6da8ae4f-ca88-4a43-880c-9bf096336dba-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 21"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="b43bf762-e877-4023-98a4-edfdbddb416d"><em>Il portait Ntiɓe comme prénom et non comme titre. Bien qu’étant cousin de Msafumu, il fut partisan de Saïd Ali, et lorsque ce dernier remporta la guerre, il l’intronisa sultan d’Itsandraya. Il avait déjà occupé ce titre à deux reprises, de manière éphémère, quelques années auparavant.</em> <a href="#b43bf762-e877-4023-98a4-edfdbddb416d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 22"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="45a92195-82a1-4d96-8646-0a8f5508d212"><em>Suria en shikomori. Mot d&rsquo;origine arabe.</em> <a href="#45a92195-82a1-4d96-8646-0a8f5508d212-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 23"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9d7cbe9c-8b1b-414a-a54d-f1b00fee7bec"><em>L&rsquo;on pense que son véritable est Ɓunu wa Hamaɗi.</em> <a href="#9d7cbe9c-8b1b-414a-a54d-f1b00fee7bec-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 24"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="45336222-3002-4408-afe7-82461d9c7bff"><em>Mshangama bin Mwalimu cite par exemple Hamanvu Mbwani, Ngole, Nɗuɓweni, Mɓaleni et Igadjuu. </em> <a href="#45336222-3002-4408-afe7-82461d9c7bff-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 25"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="72fd8206-a17b-49a5-a6f0-4384eb21d3ef"><em>D’après Hashim, Saïd Ali voulait qu’il devienne sultan de Mitsamihuli, une principauté située au nord de l’île, et qu’il cède sa propre place à Haɗidja.</em> <a href="#72fd8206-a17b-49a5-a6f0-4384eb21d3ef-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 26"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="11a573a5-7f02-465c-bbe0-ca475f30e969"><em>Masha Halima, demi-sœur de sultan Abdallah III. Elle résidait à Ɗomoni.</em> <a href="#11a573a5-7f02-465c-bbe0-ca475f30e969-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 27"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="b0f5c9bc-2fd9-42fc-a646-40adb5ce94c9"><em>Saïd Athumani bin Salim, frère de Sultan Abdallah III. Il est aussi son Aide-de-camp.</em> <a href="#b0f5c9bc-2fd9-42fc-a646-40adb5ce94c9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 28"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="bf4c9883-294b-4ffb-af24-e9d722b39673"><em>Mɓafumu wa Ɓwana Hadji, un oncle maternel de Msafumu wa Fefumu</em>. <a href="#bf4c9883-294b-4ffb-af24-e9d722b39673-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 29"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c337ba61-3498-479e-a45e-6a7a1281bbae"><em>La plantation de <em>Ɓamɓao</em> Mtsanga où se trouve le tout nouveau palais de sultan Abdallah III</em>. <a href="#c337ba61-3498-479e-a45e-6a7a1281bbae-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 30"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="55e82bfc-3091-4859-9570-6f3c9ed25dce"><em>Gouverneur, chef d&rsquo;une d&rsquo;une ville ou zone précise sous l&rsquo;autorité du sultan.</em> <a href="#55e82bfc-3091-4859-9570-6f3c9ed25dce-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 31"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="7b5cd20c-0e2f-4b03-8405-dd0b0049ed6b"><em>Nahuza, capitaine.</em> <a href="#7b5cd20c-0e2f-4b03-8405-dd0b0049ed6b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 32"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="e49d9b63-6bb8-4933-9eaa-a525a0c40be3"><em>Ancien sultan du Ɓamɓao renversé par Saïd Ali.</em> <a href="#e49d9b63-6bb8-4933-9eaa-a525a0c40be3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 33"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="76b87f02-a5e6-4b90-a34f-4237823cf551"><em>Hashim wa Mwinyi Mkuu, Sultan du Mbadjini.</em> <a href="#76b87f02-a5e6-4b90-a34f-4237823cf551-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 34"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d1fd442d-2636-4424-87d7-5f056a8d540d"><em>Il veut dire par là qu’aucune personne libre originaire de Ngazidja n’avait auparavant été vendue aux Français en tant qu’« engagé ».</em> <a href="#d1fd442d-2636-4424-87d7-5f056a8d540d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 35"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="328d9380-468a-44b9-aa12-cf53672bd51d"><em>Sultan Abdallah wa Saïd Hamza</em>. <a href="#328d9380-468a-44b9-aa12-cf53672bd51d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 36"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="3e5366b3-e344-48c3-b6fb-c9adb6423a3d"><em>Né à Mroni vers 1852, Saïd Ali ne grandit pas à Ngazidja. Il rejoignit son père, Saïd Omar, à Maore, à l’âge de dix ans. Ce n’est qu’en 1878 qu’il revint sur l’île.</em> <a href="#3e5366b3-e344-48c3-b6fb-c9adb6423a3d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 37"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9903d014-bfb1-464c-978a-5600c160dc7a"><em>Djahazi, boutre traditionnel d&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est.</em> <a href="#9903d014-bfb1-464c-978a-5600c160dc7a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 38"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="f7ed902b-11c8-48fd-8b4d-d47469e7f328"><em>Une autre type de boutre traditionnelle.</em> <a href="#f7ed902b-11c8-48fd-8b4d-d47469e7f328-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 39"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="83fc4263-e39a-4ce3-8393-8360f54024af"><em>Benjamin Franklin Wilson, médecin américain ayant une concession à Patsi.</em>  <a href="#83fc4263-e39a-4ce3-8393-8360f54024af-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 40"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p class="wp-block-paragraph"></p>
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		<title>L&#8217;idéologie derrière l&#8217;esclavage dans l&#8217;archipel des Comores</title>
		<link>https://beshelea.com/ideologie-esclavage-comores/</link>
					<comments>https://beshelea.com/ideologie-esclavage-comores/#comments</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 17 Jul 2025 14:08:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Esclavage]]></category>
		<category><![CDATA[Abdallah bin Salim]]></category>
		<category><![CDATA[Alawi bin Husein]]></category>
		<category><![CDATA[Comores]]></category>
		<category><![CDATA[John Kirk]]></category>
		<category><![CDATA[Mohedin bin Saïd Hasan]]></category>
		<category><![CDATA[Ndzuani]]></category>
		<category><![CDATA[Sir William Jones]]></category>
		<category><![CDATA[slider]]></category>
		<category><![CDATA[Sultanat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aujourd’hui encore, l’histoire de l’esclavage dans l’archipel des Comores peine à se dire. Dans les villages, on murmure davantage qu’on ne raconte, de peur d’éveiller d’anciennes hontes ou de rouvrir les plaies identitaires qui structurent encore certaines relations sociales. </p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap wp-block-paragraph">Peu d’histoires sont aussi ombrageuses et dérangeantes dans l’archipel des Comores que celle de l’esclavage<sup data-fn="cb5e8c48-810b-480c-b5a3-41c743a71923" class="fn"><a id="cb5e8c48-810b-480c-b5a3-41c743a71923-link" href="#cb5e8c48-810b-480c-b5a3-41c743a71923">1</a></sup>. Elle hante silencieusement les couloirs de la mémoire collective, souvent reléguée à de brèves allusions au XIXᵉ siècle. Pourtant, la traite, elle, était bien plus ancienne. Elle constituait l’un des piliers de l’économie des sultanats comoriens, intégrés dans la longue lignée des cités-États commerçants de la côte swahili.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une mémoire voilée par le silence</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Ce sujet demeure aujourd’hui tabou<sup data-fn="c9381dee-4d0f-423c-99e3-05db07e710f6" class="fn"><a href="#c9381dee-4d0f-423c-99e3-05db07e710f6" id="c9381dee-4d0f-423c-99e3-05db07e710f6-link">2</a></sup>. À l’instar de la côte swahili voisine, rares sont les voix asservies<sup data-fn="8d9e536e-0858-4465-9d3c-4ed52ab34446" class="fn"><a id="8d9e536e-0858-4465-9d3c-4ed52ab34446-link" href="#8d9e536e-0858-4465-9d3c-4ed52ab34446">3</a></sup> qui nous soient parvenues ; plus rares encore les confessions franches des maîtres. Ce qui rend d’autant plus précieux certains documents inattendus, tel le récit d’un prince anjouanais en 1783 à un linguiste anglais, ou encore la surprenante lettre d’un sultan au XIXᵉ siècle, révélant au détour d’une phrase la logique raciale sous-jacente à cet ordre esclavagiste. Dès l’installation durable des sultanats arabo-shiraziens vers la fin du XVe siècle, les circuits d’échange de l’océan Indien se sont ancrés dans le tissu économique local, et avec eux, la traite humaine.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans l&rsquo;archipel, les marchés se structurent autour d’une double logique : exportation de captifs, et usage domestique sur place, notamment dans les <em>itrea</em><sup data-fn="12365e95-0a34-44a8-aee1-34cd3ff4c98a" class="fn"><a id="12365e95-0a34-44a8-aee1-34cd3ff4c98a-link" href="#12365e95-0a34-44a8-aee1-34cd3ff4c98a">4</a></sup>, les plantations royales. Mais plus que la pratique, c’est sa justification qui interroge. Au nom de quoi s’autorisaient-ils à capturer, vendre et échanger des hommes, des femmes et des enfants ?</p>



<p class="wp-block-paragraph">Dans la nuit du 28 juillet 1783, un navire britannique, <em>The Crocodile</em>, mouille dans la rade de <em>Mtsamɗu</em>, sur l&rsquo;île de Ndzuani. À son bord, Sir William Jones<sup data-fn="016c9cc6-caf4-4574-a7f3-cca94e044f6d" class="fn"><a id="016c9cc6-caf4-4574-a7f3-cca94e044f6d-link" href="#016c9cc6-caf4-4574-a7f3-cca94e044f6d">5</a></sup>, jeune orientaliste de trente-sept ans. L’Angleterre et le sultanat de Ndzuani, alors dirigé par le vieux Saïd Ahmed Al Abubakar bin Salim, entretiennent d’excellents <a href="https://beshelea.com/justice-affaire-comores-londres-1670/">rapports diplomatiques et commerciaux</a>. Jones est rapidement reçu dans les cercles princiers. Il y rencontre le gouverneur de <em>Mtsamɗu</em>, Abdallah Mwenye Fani (futur Abdallah Ier), son cousin Alawi bin Husein (futur Alawi Ier) et les princes Cheikh Salim (fils aîné du Sultan) et Hamidullah. Ces aristocrates, parfaitement à l’aise en arabe comme en anglais, échangèrent avec Jones des exemplaires du Coran et divers manuscrits.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Un rare aveu princier : le témoignage de 1783</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Curieux de comprendre la structure du pouvoir et de l’économie locale, William Jones eut un jour l’occasion d’interroger le prince Alawi sur le commerce de son île. La réponse du jeune homme est un témoignage d’une valeur inestimable, tant elle éclaire la logique d’un système rarement exposé par ses propres acteurs.</p>



<p class="wp-block-paragraph"><strong>Voici, fidèlement retranscrites, les explications du prince Alawi bin Husein en cette année 1783 :</strong></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Mon pays est pauvre et produit peu d’articles de commerce. Mais si nous pouvons obtenir de l’argent, nous préférons maintenant faire des grandes choses.<br>Nous pourrions facilement nous procurer des marchandises étrangères et les échanger avantageusement avec nos voisins des autres îles et du continent.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Avec peu d’argent, nous achetons des mousquets, de la poudre, des balles, des coutelas, des couteaux, des chiffons, du coton brut et d’autres articles apportés de Bombay. Avec ces derniers, nous les échangeons à Madagascar contre les produits naturels de ce pays ou des dollars, avec lesquels les Français achètent, dans cette île, du bétail, du miel, du beurre, etc.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Avec l’or que nous recevons de vos navires, nous pouvons nous procurer des dents d’éléphants des indigènes du Mozambique, qui les troquent aussi contre des munitions et des barres de fer. Et les Portugais de ce pays nous donnent des tissus de diverses sortes en échange de nos marchandises.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Des tissus dont nous disposons de manière lucrative dans les trois îles voisines ; d’où nous apportons du riz, du bétail, une sorte de fruit à pain qui pousse à Ngazidja, et des esclaves, que nous achetons aussi ailleurs, auxquels nous faisons du commerce ; et nous continuons ce trafic dans nos propres navires. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">La précision du propos ne laisse guère de doute : l’esclave, aux côtés du riz et du fruit à pain, était pleinement intégré à la logique marchande. Il constituait même souvent la plus précieuse des marchandises, susceptible d’être réexportée ou utilisée pour accroître les forces productives locales.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L’idéologie justifiant la servitude</h3>



<p class="wp-block-paragraph">Mais c’est lorsque William Jones, troublé par cet exposé, posa la question morale du fondement de ce commerce, que le prince Alawi dévoila la justification la plus répandue dans l’aire swahili et indo-arabe.</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Par aucune loi, répondit-il, à moins que la nécessité ne soit une loi.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Il y a des nations à Madagascar et en Afrique, qui ne connaissent ni Dieu, ni son Prophète, ni Moïse, ni David, ni le Messie. Ces nations sont en guerres perpétuelles et font de nombreux captifs ; qui, comme ne peuvent pas être faits prisonniers, seraient certainement tués.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Certains parmi eux vivent dans une extrême pauvreté et ont de nombreux enfants qui, s’ils ne peuvent s’en débarrasser, doivent périr de faim, avec leurs misérables parents. En achetant ces misérables, nous préservons leur vie, et peut-être celle de beaucoup d’autres, que notre argent soulage.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Si nous les achetons, ils vivront ; s’ils deviennent de précieux serviteurs, ils vivront confortablement. Mais s’ils ne sont pas vendus, ils doivent mourir misérablement. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">L’argument consistait donc à faire de la traite un moindre mal, voire un acte de charité travesti, assurant la survie d’indigents promis à l’extermination. On retrouve là un discours répandu du Mozambique à Oman, en passant par Zanzibar, consistant à dire : « nous les sauvons d’un sort plus cruel encore ». William Jones, qui connaissait bien le Coran et ses préceptes sur la dignité humaine, tenta à plusieurs reprises de convaincre Alawi que cette interprétation était contraire à l’islam. Le prince demeura inflexible, invoquant tantôt la « nécessité », tantôt la coutume. Quant au cas des esclaves convertis à l’islam, Jones reçut une réponse embarrassée :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« La loi nous interdit de les vendre quand ils croient au Prophète. Seuls les petits enfants sont vendus. Cela ne se fait pas souvent et pas avec tous les maîtres. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Ainsi la religion, pourtant brandie pour justifier l’asservissement des païens, n’offrait qu’une protection imparfaite aux générations nées en esclavage, surtout aux plus jeunes, facilement vendus selon le bon vouloir des maîtres.</p>



<h2 class="wp-block-heading">La dimension raciale de l’esclavage comorien</h2>



<p class="wp-block-paragraph">Un siècle plus tard, alors que la traite se voyait officiellement proscrite sous la pression britannique, un épisode révélateur allait exposer une autre facette de cette idéologie : le racisme pur et simple.</p>



<p class="wp-block-paragraph">Le 23 avril 1875, le sultan Abdallah bin Salim (Abdallah III) de Ndzuani adressait une lettre au consul britannique John Kirk<sup data-fn="328697b2-9163-4a9b-be56-28332fa277aa" class="fn"><a id="328697b2-9163-4a9b-be56-28332fa277aa-link" href="#328697b2-9163-4a9b-be56-28332fa277aa">6</a></sup>. Son boutre <em>Amanat Ullah</em> venait d’être détruit à Madagascar par la corvette britannique HMS <em>Rifleman</em>, soupçonné de pratiquer la traite. Deux esclaves fugitifs avaient dénoncé son capitaine Mohedin bin Saïd Hasan. Le souverain protesta non pas seulement sur la base du droit commercial, mais invoqua explicitement l’infériorité raciale et morale des témoins :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">« Je ne pense pas qu’il était juste pour l’officier commandant à bord du « Rifleman » de croire ce que disaient ces nègres, car selon notre loi, un nègre n’a jamais le droit de prêter serment comme témoin, car il n’est pas né pour dire la vérité. »</p>
</blockquote>



<p class="wp-block-paragraph">Cette phrase, effroyable dans son mépris, illustre que l’idéologie esclavagiste ne reposait pas uniquement sur la nécessité économique ou la différence religieuse, mais aussi sur un préjugé racial ancré, plaçant le « nègre<sup data-fn="56f84f23-19eb-4dc9-bcc1-ec0461ea7abf" class="fn"><a id="56f84f23-19eb-4dc9-bcc1-ec0461ea7abf-link" href="#56f84f23-19eb-4dc9-bcc1-ec0461ea7abf">7</a></sup> » en dehors du champ du témoignage crédible, donc en dehors de l’humanité responsable.</p>



<h5 class="wp-block-heading">La lettre envoyée par Sultan Abdallah III à John Kirk :</h5>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:normal;font-weight:300"><em>Ndzuani, le 23 avril 1875</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Sir,</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">J’ai bien reçu votre lettre du 8 avril dernier, ainsi que Mohedin bin Saïd Hasan qui est arrivé. J’ai été très peiné d’apprendre qu’un de mes boutres, nommé « Amanat Ullah », a été détruit à Madagascar par un des navires de Sa Majesté, nommé « Rifleman ». Vous m’avez demandé de punir le maître du boutre pour avoir été impliqué dans la traite des esclaves. Je l’ai fait juger devant mon tribunal, mais n’ai pu trouver aucune preuve contre lui montrant qu’il ait eu quoi que ce soit à voir avec la traite des esclaves ou qu’il ait été impliqué dans la traite lors de son dernier voyage, quand le boutre a été détruit.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Je l’ai également fait juger au sujet des lettres qui ont été trouvées en sa possession concernant la traite des esclaves ; mais il a déclaré que ces lettres avaient été écrites il y a environ huit ou neuf ans, à l’époque où il était effectivement impliqué dans la traite, étant alors sujet et sous la protection du Sultan de Zanzibar. Il y avait aussi une lettre qu’il avait reçue d’un monsieur à Kilwa, lui demandant si le boutre en question allait transporter des esclaves, auquel cas il recevrait des esclaves pour lui à Kionga<sup data-fn="cc5f65ac-bc76-494b-beac-dd1ee2e45be3" class="fn"><a id="cc5f65ac-bc76-494b-beac-dd1ee2e45be3-link" href="#cc5f65ac-bc76-494b-beac-dd1ee2e45be3">8</a></sup> et les amènerait à <a href="https://beshelea.com/abdurahmane-ii-assassine-peuple/">Mwali</a>. Mohedin bin Said Hasan lui a alors répondu que son boutre ne pouvait transporter aucun esclave, car le Sultan de Ndzuani lui avait fait prêter serment de ne jamais transporter d’esclaves tant qu’il naviguerait sous le pavillon ou la protection de Ndzuani.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">D’après ce que j’ai pu découvrir, il y avait deux nègres déserteurs, appartenant auparavant à un boutre français, qui sont montés à bord du navire de Sa Majesté « Rifleman » et ont rapporté que le boutre précité avait débarqué des esclaves environ dix jours plus tôt. Je ne pense pas qu’il était juste pour l’officier commandant à bord du « Rifleman » de croire ce que disaient ces nègres, car selon notre loi, un nègre n’a jamais le droit de prêter serment comme témoin, car il n’est pas né pour dire la vérité. De plus, au moment où le boutre a été saisi et détruit, il a été pris sur la plage de Madagascar par certains officiers du navire de Sa Majesté « Rifleman », alors qu’il n’avait même pas ses mâts, étant en réparation et reposant sur la plage depuis deux mois ; donc, si tel est le cas, je ne pense pas qu’il y avait quelque droit de détruire le boutre.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Et comme vous m’avez informé que les îles de Ngazidja, Mwali et Ndzuani importent encore des esclaves, tant pour un usage domestique que pour les réexpédier vers des établissements voisins, en ce qui concerne Ngazidja et Mwali, je n’en sais absolument rien ; mais pour Ndzuani, je dois vous informer qu’il n’y a absolument aucune traite des esclaves en cours, car tout habitant de Ndzuani qui possède un boutre ou tout boutre qui navigue sous le pavillon ou la protection de Ndzuani doit prêter serment devant moi de n’avoir jamais rien à voir, de près ou de loin, avec la traite des esclaves. Et si je devais découvrir un homme rompant son serment, sa punition et sa sentence ne seraient rien d’autre que la mort.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Par ailleurs, je suis toujours disposé et prêt à aider le Gouvernement de Sa Majesté à prévenir l’esclavage ou toute autre chose qui serait en mon pouvoir.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:300">Je serais très heureux si l’officier naval supérieur venait à Ndzuani, afin que je puisse m’entretenir personnellement avec lui, car il m’est impossible de m’exprimer dans une lettre comme je le souhaiterais, et j’espère que vous excuserez la mauvaise qualité de l’écriture de cette lettre, car il n’y a personne ici en ce moment qui soit bien instruit dans la langue anglaise<sup data-fn="220f0c19-99b9-4805-856c-61903a2d06a4" class="fn"><a id="220f0c19-99b9-4805-856c-61903a2d06a4-link" href="#220f0c19-99b9-4805-856c-61903a2d06a4">9</a></sup>. J’enverrai une lettre en Angleterre afin d’informer le Gouvernement de Sa Majesté au sujet des questions susmentionnées.</p>



<p class="wp-block-paragraph" style="font-style:italic;font-weight:500"><br>SULTAN ABDALLAH,<br>Roi de Ndzuani</p>
</blockquote>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>The works of Sir William Jones, Vol IV, <em>Sir William Jones (1807)</em>.</li>



<li>Accounts and papers, Trade &amp;c. &#8211; <em>continued</em> &#8211; (Life assurance compagnies); Slave trade &#8211; <em>Session 8 February &#8211; 15 August 1876</em>, Vol LXX (1876).</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="cb5e8c48-810b-480c-b5a3-41c743a71923"><em>Le mot « esclavage » se dit localement « urumwa » ou « utrwana ». L&rsquo;esclave est désigné par « mrumwa » (pl. warumwa) ou « mtrwana » (pl. watrwana). S&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une femme, dans certains cas on dit « mdjahazi ».</em> <a href="#cb5e8c48-810b-480c-b5a3-41c743a71923-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c9381dee-4d0f-423c-99e3-05db07e710f6"><em>Un travail de mémoire a été fait cependant en 2014 par l&rsquo;historien comorien Ibouroi Ali Tabibou sous forme d&rsquo;une thèse « Des esclaves makua et de leurs descendants aux Comores » qui s&rsquo;est déclinée en livres (2 tomes) disponibles aux Éditions Cœlacanthe.</em> <a href="#c9381dee-4d0f-423c-99e3-05db07e710f6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8d9e536e-0858-4465-9d3c-4ed52ab34446"><em>On retrouve certaines témoignages d&rsquo;esclaves africains originaires de l&rsquo;océan Indien (1850-1930) conservés par la Marine royale britannique dans le carde des campagnes anti-esclavage du XIX<sup>e</sup> siècle.</em> <a href="#8d9e536e-0858-4465-9d3c-4ed52ab34446-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="12365e95-0a34-44a8-aee1-34cd3ff4c98a"><em>Les itrea etaient habités par une population servile.</em> <a href="#12365e95-0a34-44a8-aee1-34cd3ff4c98a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="016c9cc6-caf4-4574-a7f3-cca94e044f6d"><em>William Jones (1746-1794), orientaliste britannique et juge colonial à Calcutta</em>. <a href="#016c9cc6-caf4-4574-a7f3-cca94e044f6d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="328697b2-9163-4a9b-be56-28332fa277aa"><em>John Kirk, consul britanique de Zanzibar de 1866 à 1886.</em> <a href="#328697b2-9163-4a9b-be56-28332fa277aa-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="56f84f23-19eb-4dc9-bcc1-ec0461ea7abf"><em>Localement, le mot « nègre » est associé aux mots « mshendzi » et « matsaha »</em>. <a href="#56f84f23-19eb-4dc9-bcc1-ec0461ea7abf-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="cc5f65ac-bc76-494b-beac-dd1ee2e45be3"><em>Quionga, ville mozambicaine.</em> <a href="#cc5f65ac-bc76-494b-beac-dd1ee2e45be3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="220f0c19-99b9-4805-856c-61903a2d06a4"><em>La lettre est rédigée en anglais. Nous présentons ici une traduction de celle-ci.</em> <a href="#220f0c19-99b9-4805-856c-61903a2d06a4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol><p>The post <a href="https://beshelea.com/ideologie-esclavage-comores/">L&rsquo;idéologie derrière l&rsquo;esclavage dans l&rsquo;archipel des Comores</a> appeared first on <a href="https://beshelea.com">Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</a>.</p>
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