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	<title>Désiré Charnay Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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	<title>Désiré Charnay Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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		<title>Pourquoi le Zanzibari Saïd Hamadi bin Nasser fut chassé de Mwali ?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 01 Sep 2024 16:39:55 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Personnalité historique]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Ce prince zanzibari, époux de la sultane Djumɓe Fatima, a joué un rôle controversé dans les luttes de pouvoir de Mwali. Il est au centre d'une intrigue complexe mêlant ambitions personnelles et influences étrangères.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">L’histoire de Mwali, petite île de l’archipel des Comores, est marquée par des événements complexes et des luttes de pouvoir qui ont façonné son destin. L’un des épisodes les plus intrigants est celui de l&rsquo;éviction de Saïd Hamadi [Mohamed] bin Nasser Mkadara, époux de la sultane Djumɓe Fatima binti Abdurahmane. Pourquoi cet homme, venu de Zanzibar, fut-il finalement chassé de l&rsquo;île ? Pour répondre à cette question, il est essentiel de retracer les événements marquants de cette époque, en s&rsquo;appuyant notamment sur le témoignage rare du Premier ministre Tsivandini [Ratsivandi] en 1861 et de précieuses informations fournies par l&rsquo;Allemand Otto Kersten en 1864.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;accession au pouvoir de Djumɓe Fatima</h3>



<p>Au milieu du XIXe siècle, l&rsquo;archipel des Comores, en tant que carrefour commercial et stratégique, attire les convoitises coloniales européennes. La position géographique de Mwali en faisait un point de passage important pour le commerce maritime entre l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est, le Moyen-Orient et l&rsquo;Asie. C&rsquo;est dans ce contexte géopolitique complexe que se déroule l&rsquo;histoire de Saïd Hamadi bin Nasser, un prince omanais de Zanzibar, dont les ambitions et les méthodes autocratiques allaient finalement conduire à son expulsion.</p>



<p>Le 26 mai 1849 marque un tournant décisif avec le couronnement précipité de la jeune Djumɓe Fatima binti Abdurahmane, âgée de treize ans, par la marine française. Cet événement, survenu à la suite d’une régence<sup data-fn="e0d63443-80b6-404b-a8de-5090fd061345" class="fn"><a id="e0d63443-80b6-404b-a8de-5090fd061345-link" href="#e0d63443-80b6-404b-a8de-5090fd061345">1</a></sup> et de diverses influences étrangères à la cour de Fumɓoni, plonge immédiatement la jeune souveraine dans un tourbillon de machinations politiques. La question de son mariage devient centrale, avec diverses factions cherchant à imposer leur candidat pour orienter la destinée de l&rsquo;île. Parmi eux, Tsivandini, ancien conseiller de son défunt père, régent écarté et exilé depuis la première intervention française de 1846, réactive sa piste zanzibarite en envoyant en 1851 le prince omanais Saïd Hamadi bin Nasser, <a href="https://royalark.net/Oman/oman2.htm">neveu et conseiller</a> du Sultan Sayyid Saïd al-Busaid<sup data-fn="9e3938f1-9fe3-44ab-8f0d-d84f21754538" class="fn"><a id="9e3938f1-9fe3-44ab-8f0d-d84f21754538-link" href="#9e3938f1-9fe3-44ab-8f0d-d84f21754538">2</a></sup>, avec l’espoir d’obtenir à la fois le mariage et son retour en grâce auprès des notables de l&rsquo;île.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le mariage avec Saïd Hamadi bin Nasser</h3>



<p>Cependant, la demande en mariage de Saïd Hamadi bin Nasser est fermement refusée par Djumɓe Fatima. Néanmoins, persistant, le prince parvient à obtenir la faveur de Tsivandini par les notables de Mwali. Parallèlement, la figure de Mme Droit<sup data-fn="e4954449-9deb-41e1-ac20-f787fcbca711" class="fn"><a id="e4954449-9deb-41e1-ac20-f787fcbca711-link" href="#e4954449-9deb-41e1-ac20-f787fcbca711">3</a></sup>, gouvernante imposée par les Français en 1847 pour offrir une éducation « française et chrétienne » à la sultane, devient de plus en plus contestée<sup data-fn="30f64a6b-c6fa-4423-8a4f-7a92afdd080a" class="fn"><a id="30f64a6b-c6fa-4423-8a4f-7a92afdd080a-link" href="#30f64a6b-c6fa-4423-8a4f-7a92afdd080a">4</a></sup>. En 1851, les notables et la population exigent son renvoi, voyant en elle une ombre française pesante. Le refus de Djumɓe Fatima de se séparer d&rsquo;elle mena à une révolte à Fumɓoni, au cours de laquelle Mme Droit fut chassée vers Maore, où elle mourut peu après dans des circonstances suspectes<sup data-fn="20221c2a-493e-4358-8908-ca759eb8af2a" class="fn"><a id="20221c2a-493e-4358-8908-ca759eb8af2a-link" href="#20221c2a-493e-4358-8908-ca759eb8af2a">5</a></sup>.</p>



<p>L&rsquo;année suivante, en 1852, cédant aux réalités politiques de son règne, la Sultane accepte finalement la proposition de mariage de Tsivandini, devenu entre-temps ministre, et épouse Saïd Hamadi bin Nasser, de trois décennies son aîné. De cette union naîtront trois enfants : Muhammad, Abdurahmane et Mahmudu. Ce mariage, cependant, ne garantit pas une stabilité durable. En 1859, sous la pression des notables, il s&rsquo;exile volontairement de l&rsquo;île, part pour Zanzibar, puis revient en novembre et se voit interdire l’entrée au palais de Fumɓoni par les ministres de son épouse. Il se réfugie alors à Ngazidja.</p>



<h4 class="wp-block-heading">L&rsquo;escale de Livingstone et les révélations de 1861</h4>



<p><em>« Nous avons aperçu Ngazidja très tôt le matin du 2 avril et nous avons jeté l&rsquo;ancre près de Mwali, vers midi. Mwali est la plus petite des Comores, mais certainement la plus belle ; c&rsquo;est avant tout une île de beauté. »</em>, rapporte <a href="https://beshelea.com/description-fum%C9%93oni-19e-siecle">Henry Rowley</a>, qui, à bord du <em>Pioneer</em> avec David Livingstone et John Kirk, avait quitté les rives du lac Nyasa à destination de Ndzuani. Ils avaient jeté l&rsquo;ancre en face d&rsquo;un village au nord de Mwali, « cinq ou six milles plus loin » de Fumɓoni le long de la côte, probablement à Hoani. Un homme parlant anglais, venu en canot, s&rsquo;approcha pour se renseigner. Après avoir obtenu les informations nécessaires, il les informa que pour s&rsquo;approvisionner (commercer sur place), il fallait l&rsquo;aval de la reine résidant à Fumɓoni et que des émissaires seraient envoyés pour l&rsquo;en informer.</p>



<p>« <em>Nous descendîmes à terre. Le village était bien entretenu, propre et ordonné. Les indigènes, population mixte d&rsquo;Arabes, de Malgaches et d&rsquo;Africains, n&rsquo;étaient pas si malpropres ; les enfants étaient prévenants et intelligents. Des hommes étaient assis sous les arbres et récitaient le Coran, étant en pleine ferveur du Ramadan, durant lequel tous les bons musulmans jeûnent et prient du lever au coucher du soleil, mais festoient et pèchent du coucher au lever du soleil. Les bananes et autres fruits tentaient le palais dans toutes les directions, mais nous ne pouvions rien acheter jusqu&rsquo;à ce que la reine autorise la vente ».</em></p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;entretien avec le Premier Ministre Tsivandini</h3>



<p>Au matin suivant, un messager répondant au nom d&rsquo;Abdallah Ben Ali arriva. Trésorier de la reine et revendeur généraliste, il déclara pouvoir fournir tout ce dont ils avaient besoin : des œufs ou du bois de chauffage, des bœufs ou des esclaves. Ils reprirent alors la mer en direction de la capitale. En cours de route, dans leurs échanges, il mentionna la sultane. <em>« La reine était-elle mariée ? », demandai-je à Abdallah Ben Ali. « Oui, elle était mariée ; cependant, son mari n&rsquo;était pas à Mwali ; il était parti à Zanzibar, et on ne s&rsquo;attendait pas à ce qu&rsquo;il revienne : mais il n&rsquo;y avait rien de désagréable dans cette situation arrangée, tout le monde était content ; c&rsquo;était exactement comme il se doit ».</em> Le cas de Saïd Hamadi Nasser est ainsi évoqué pour la première fois.</p>



<p>Une fois à Fumɓoni, après une audience au palais avec la Sultane, les Anglais furent conviés à rendre visite au Premier ministre, alors alité, n’avait pu assister à la réception. Rowley décrit ce dernier comme <em>« un gros vieillard, à la peau noire et à la barbe blanche »</em>. Il se permet même une remarque déplacée en le qualifiant de <em>« vieillard désagréable, agité, à l&rsquo;air méchant, dont la maladie était évidemment supposée »</em>. Tsivandini ne parlait pas anglais ; l&rsquo;interprétation était assurée par un homme originaire de Ndzuani, qui, une heure plus tôt, avait joué le même rôle devant la reine.</p>



<h5 class="wp-block-heading">L&rsquo;avènement de la dynastie Ramanetaka selon Tsivandini</h5>



<p>L&rsquo;ancien homme de confiance de Ramanetaka était accompagné du ministre Abdallah Musalim (Rahivomanga). Le Premier ministre entame sa narration par la prise de pouvoir du Malagasy à Mwali, en passant par sa mort, la régence confiée à Tsivandini lui-même, jusqu&rsquo;à l’accession de Djumɓe Fatima au titre de Sultane.</p>



<p>« <em>Il y a vingt ans</em><sup data-fn="8630a404-78eb-4f39-82da-8910758c21a9" class="fn"><a id="8630a404-78eb-4f39-82da-8910758c21a9-link" href="#8630a404-78eb-4f39-82da-8910758c21a9">6</a></sup><em>, le frère du roi de Madagascar vint à Mwali. Il amena avec lui de nombreux boutres remplis de personnes, et il fit la guerre aux habitants de Mwali, remportant de nombreuses batailles. Il était très puissant et les habitants de Mwali ne pouvaient pas le vaincre. Cependant, ils étaient de bons musulmans et attachés à leur religion, tandis que les Malgaches, selon eux, ne pratiquaient pas de religion. Ils lui dirent alors : «&nbsp;Si tu veux être notre roi, toi et ton peuple devez embrasser notre religion. Nous ne nous battrons plus. Mais si vous refusez, nous nous battrons chaque jour jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;il ne reste plus personne.</em> »</p>



<p><em>Il accepta et lui ainsi que tout son peuple se convertirent à l&rsquo;islam. Nous étions tous heureux à nouveau. Le roi fit venir sa femme, qui apporta avec elle un bébé à naître, notre future reine. Peu après, la vieille reine mourut, suivie du roi. Ils n&rsquo;eurent qu&rsquo;un seul enfant</em><sup data-fn="542b6d25-a3e2-44ee-a583-830deff97ce5" class="fn"><a id="542b6d25-a3e2-44ee-a583-830deff97ce5-link" href="#542b6d25-a3e2-44ee-a583-830deff97ce5">7</a></sup><em>. Avant de mourir, le roi appela ce monsieur (indiquant le premier ministre) et cet autre vieil homme</em><sup data-fn="96d7b474-c508-4e10-9f86-344c3ad25625" class="fn"><a id="96d7b474-c508-4e10-9f86-344c3ad25625-link" href="#96d7b474-c508-4e10-9f86-344c3ad25625">8</a></sup><em>. Il prit sa petite fille, la future reine, dans ses bras et leur dit : « Soyez bons envers elle, prenez soin d&rsquo;elle et gouvernez pour elle jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;elle devienne femme ». Ils obéirent, et tous furent très heureux.</em> »</p>



<h4 class="wp-block-heading">La dérive autocratique de Mkadara</h4>



<p>Vient alors le sujet qui nous intéresse : son mari, Saïd Hamadi bin Nasser Mkadara. Tsivandini déclare : <em>«</em> <em>Parce qu&rsquo;il a épousé la reine, il se croyait roi</em> ». Cette assertion révèle le caractère tyrannique supposé du Zanzibari. Toujours d&rsquo;après le premier ministre, en usant de son pouvoir de manière oppressive, il a non seulement ignoré le statut de sultane de sa femme, mais également maltraité les habitants en les empêchant de commercer avec les étrangers, les privant ainsi de ressources vitales. Le point culminant de cette dérive a été l’accusation de trafic d’êtres humains lors d’un voyage à Zanzibar, où il aurait vendu des hommes en esclavage.</p>



<p><em>« La reine devient une femme et doit avoir un mari, elle épouse donc un Arabe venu de Zanzibar. Après cela, tous furent très heureux, mais seulement pour peu de temps ; car cet Arabe, parce qu&rsquo;il avait épousé la reine, se croyait roi et ne laissait personne d&rsquo;autre que lui gouverner : il ne laissait personne d&rsquo;autre que lui voir la reine ; et traitait tous les habitants de Mwali comme s&rsquo;ils étaient des chiens, de la terre, des porcs</em>.</p>



<p><em>Il leur a pris leurs biens ; il ne laissait aucun navire venir sur l&rsquo;île pour acheter ce que nous avions à vendre ; il a rendu le peuple très pauvre ; puis il partit pour Zanzibar et emmena avec lui 300 hommes pour montrer au peuple de Zanzibar quel grand homme il était. Mais quand il est revenu à Mwali, il n&rsquo;a ramené que 100 hommes et a déclaré que tous les autres étaient morts. Il a dit cela, mais nous ne l&rsquo;avons pas cru. On dit qu&rsquo;il les vendit comme esclaves. Alors les habitants de Mwali furent très en colère et le chassèrent de l&rsquo;île et jurèrent par Allah qu&rsquo;il ne reviendrait plus jamais. »</em></p>



<h4 class="wp-block-heading">La réaction paradoxale de la Reine</h4>



<p>Malgré le comportement de son mari, Djumɓe Fatima persistait à le réclamer. Elle demandait qu&rsquo;on lui permette de revenir. Ce phénomène constitue l&rsquo;un des nombreux paradoxes qui ont marqué son règne. Une attitude que même Tsivandini, qui avait œuvré pour le mariage de Mkadara, jugeait gênante et incompréhensible. Il affirmait : <em>« She has a very good heart, but a very bad head »</em>.</p>



<p><em>« Mais écoutez encore. Cet Arabe se rend à Zanzibar, et la reine est vraiment désolée que son mari soit loin d&rsquo;elle ; elle a un très bon cœur, mais une très mauvaise tête. Aucun sens, aucun, les femmes n’en ont jamais eu ; aussi, elle n&rsquo;est pas heureuse sans son mari, elle souhaite qu&rsquo;il revienne, et elle en souffre beaucoup ».</em> De son côté, le missionnaire français Père Finos Finaz, s&rsquo;appuyant d&rsquo;une lettre d&rsquo;un Hova<sup data-fn="78c85393-e452-4aaf-928d-c9ab088c3ca8" class="fn"><a id="78c85393-e452-4aaf-928d-c9ab088c3ca8-link" href="#78c85393-e452-4aaf-928d-c9ab088c3ca8">9</a></sup> en date du 16 janvier 1854, laissait sous-entendre qu&rsquo;elle avait fini par s&rsquo;attacher au mari qu’on lui avait imposé quelques années auparavant. <em>« Je ne voulais pas épouser Saïd Hamadi, on m’y a forcée et maintenant, on veut chasser mon époux. Malheur à ceux qui le chasseront »</em>, aurait-elle déclaré.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Saïd Hamadi rejette tout en bloc et joue sa partition</h4>



<p>En 1859, Makadara se voit interdit d&rsquo;entrer au palais de Fumɓoni par les ministres de son épouse, à son retour de Zanzibar, avant d&rsquo;être finalement chassé. Au début du mois de février 1860, Finaz rencontre ce dernier en exil à Ngazidja et le décrit comme <em>« un homme d&rsquo;un extérieur peu attrayant, mais qui a de la vie, de l&rsquo;entrain et parle avec feu »</em>. Il est important de noter que le missionnaire éprouvait une profonde aversion pour le Zanzibari.</p>



<p>Lorsqu&rsquo;il évoqua les faits qui lui étaient reprochés à Mwali, Saïd Hamadi répondit que de faux rapports avaient été faits à son sujet ; que Ratsivandi et les autres chefs étaient les véritables oppresseurs de la reine, preuve en est qu&rsquo;ils l&rsquo;avaient chassé lui-même de Mwali, car il défendait les intérêts de son épouse. Djumɓe Fatima, qui venait de donner naissance à son deuxième fils, Abdurahmane, sollicite l&rsquo;aide de la France, accusant ses ministres de conspiration. Dans une lettre en avril 1861, elle demande officiellement la protection et une intervention rapide de la France, comme son mari le lui aurait secrètement conseillé quelques semaines auparavant dans une lettre apportée par le <em>Mathilde</em> de retour de Ngazidja.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Lettre de Djumɓe Fatima au Commandant de Maore</h5>



<p style="font-style:normal;font-weight:300"><em>Fumɓoni, le 20 avril 1861</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Monsieur le Commandant Supérieur,<br>Je suis à la dernière extrémité, et si l&rsquo;on ne vient promptement à mon secours, je suis perdue sans ressource. Les chefs ne se sont pas contentés de s&#8217;emparer du gouvernement, de se mêler des affaires de ma maison, et de m&rsquo;interdire tout rapport avec mes amis; ils ont été jusqu&rsquo;à me déshonorer publiquement lors d&rsquo;un kabary</em><sup data-fn="a3749547-ece6-47fc-91d7-f40366c74b5d" class="fn"><a id="a3749547-ece6-47fc-91d7-f40366c74b5d-link" href="#a3749547-ece6-47fc-91d7-f40366c74b5d">10</a></sup><em>. Il ne leur reste plus qu&rsquo;à se débarrasser de moi, comme ils cherchent à se débarrasser de ceux qui me témoignent de l&rsquo;intérêt</em><sup data-fn="154c9454-5d79-4b40-854a-492995e25e67" class="fn"><a id="154c9454-5d79-4b40-854a-492995e25e67-link" href="#154c9454-5d79-4b40-854a-492995e25e67">11</a></sup><em>. Monsieur le Commandant, je mets ma personne, celle de mes enfants, et mon île sous la protection de la France.<br>Pour premier acte de ce protectorat, envoyez-moi immédiatement un navire avec des forces afin de me délivrer, d&rsquo;une manière ou d&rsquo;une autre, de mes oppresseurs, qui pressurent également mon peuple. Monsieur de Langle ne paraît pas, et en une journée, il se passe beaucoup d&rsquo;événements. Que le Très-Haut vous ait en sa garde.</em></p>
</blockquote>



<h3 class="wp-block-heading">Divergence d&rsquo;opinions entre Djumɓe Fatima et ses ministres</h3>



<p>En effet, quelques mois plutôt, le 16 décembre 1860, un conseil crucial se tint au palais, rassemblant la sultane, ses ministres, ainsi qu&rsquo;une grande partie de la notabilité locale. Parmi les participants se trouvaient également les Français Père Finaz, Fleuriau de Langle, le commandant Desprez et Marius Arnaud. L&rsquo;objet principal de la réunion était la question du retour éventuel de Saïd Hamadi, comme le demandait Djumɓe Fatima. En prenant la parole, Ratsivandi, après avoir consulté ses collègues, affirma que Saïd Hamadi avait quitté le pays de sa propre volonté et non à leur initiative. Cependant, il exprima la ferme décision de ne pas autoriser son retour, arguant que Saïd Hamadi avait semé le trouble par ses vols et ses concussions, et ajouta : <em>« Nous avons promis d&rsquo;obéir à notre reine, mais nous n&rsquo;avons pas promis de nous laisser égorger par un homme qui n&rsquo;est pas notre roi. »</em></p>



<p>En réponse, la reine tenta de réfuter ces charges en arguant que son époux était victime de calomnies, ou que ses actions résultaient de ses ordres souverains. Au fil des discussions, la reine, acceptant que son époux ne participe plus aux affaires gouvernementales, manifesta toutefois son désir de le voir revenir en tant que simple particulier. Cependant, les membres du conseil se montrèrent inflexibles, rejetant cette proposition. <em>«</em> <em>Non, répondirent-ils, car nous avons l’expérience que Saïd Hamadi ne tient pas ses promesses. Nos femmes elles-mêmes n’en veulent pas ; et s’il nous est imposé par la force, nous nous sauverons dans les montagnes</em>. »</p>



<h4 class="wp-block-heading">Très critique contre les missionnaires français</h4>



<p>D&rsquo;ailleurs, en mentionnant le missionnaire français présent à Fumɓoni lors de l&rsquo;arrivée des Anglais, le Premier ministre et ses partisans adressent des critiques tant à lui qu&rsquo;à Marius Arnaud, qui est présenté comme un supposé agriculteur. <em>« Vous les traitez comme s&rsquo;ils étaient les maîtres chez vous, et vous voulez nous faire tuer par eux. Si M. Marius Arnaud est consul français à Mwali, qu&rsquo;il le fasse connaître et qu&rsquo;on sache à quoi s&rsquo;en tenir »</em>, disaient-ils, s&rsquo;adressant à Djumɓe Fatima dans un kabary le 7 avril. Mais ce n&rsquo;est pas sa seule préoccupation. Tsivandini et les chefs locaux se trouvaient dans une position délicate, ne sachant plus sur quel soutien s&rsquo;appuyer. L&rsquo;arrivée inopinée de l&rsquo;amiral des forces navales de Zanzibar à Fumɓoni, le 11 mars, quelques semaines avant les Anglais, n&rsquo;avait fait qu&rsquo;accentuer cette confusion.</p>



<h4 class="wp-block-heading">L&rsquo;alliance surprenante de Zanzibar</h4>



<p>L&rsquo;amiral, en quête d&rsquo;explications, chercha à comprendre pourquoi les chefs avaient écarté Saïd Hamadi et pourquoi ils persistaient à refuser de l&rsquo;accueillir. Lors d&rsquo;une audience solennelle avec la reine, il l&rsquo;informa des accords récemment conclus entre le sultan Saïd Majid et le commandant français M. de Langle, concernant Mwali. Cet accord prévoit le retour imminent de la corvette arabe, cette fois accompagnée de vaisseaux français. Cette annonce laisse présager une alliance franco-arabe qui pourrait bouleverser l&rsquo;équilibre des forces. Après un séjour de six jours dans la rade de Fumɓoni, l&rsquo;amiral se dirigea vers Ngazidja, emmenant avec lui Mkadara, qu&rsquo;il conduisit à Zanzibar. Ce départ précipite alors de grands conseils, où les chefs s’interrogent sur la suite à donner à cette alliance franco-zanzibarite naissante.</p>



<p><em>« Eh bien, cet Arabe a peur de revenir seul, alors il essaie d&rsquo;abord de convaincre le roi de Zanzibar de le ramener ; puis il va chez les Français, et ils écoutent ce qu&rsquo;il dit et envoient deux hommes ici. L&rsquo;un d&rsquo;eux dit qu&rsquo;il vient pour enseigner, l&rsquo;autre dit qu&rsquo;il vient pour la ferme ; mais ils n&rsquo;enseignent pas et ne cultivent pas. Ils vont chez la reine jour après jour, et ils lui parlent beaucoup ; ce qu’ils disent, personne ne le sait ; mais les Zanzibari nous disent que les Français vont ramener l&rsquo;homme arabe, et si nous ne l&rsquo;avons pas, alors ils prendront Mwali eux-mêmes, donneront de l&rsquo;argent à la reine, donneront de l&rsquo;argent à l&rsquo;homme arabe et feront de Mwali comme Maore, un endroit où ils peuvent cultiver du sucre. »</em></p>



<h4 class="wp-block-heading">L’aversion de Tsivandini pour les Français</h4>



<p>Contrairement à ce que l&rsquo;on pourrait croire, de nombreux dignitaires comoriens de cette époque comprenaient parfaitement la géopolitique régionale. Quant à la forte influence politique des Français sur l&rsquo;île, Tsivandini redoutait le pire. En effet, parmi les nombreuses manipulations auxquelles Djumɓe Fatima était soumise, les Français figuraient parmi les acteurs principaux, exerçant une pression considérable sur le sultanat. Très perspicace, le Premier ministre prévoyait même l&rsquo;avenir. Il n&rsquo;hésitait pas non plus à exprimer son aversion pour les Français et leurs méthodes. <em>« We hate the French »</em>, affirmait-il, préférant établir des relations cordiales avec les Anglais, comme à Ndzuani<sup data-fn="d09a199e-2fbb-444a-b0a4-25631d7b65d9" class="fn"><a id="d09a199e-2fbb-444a-b0a4-25631d7b65d9-link" href="#d09a199e-2fbb-444a-b0a4-25631d7b65d9">12</a></sup>.</p>



<p><em>« Nous ne souhaitons pas que les Français viennent, car ils font travailler très dur les gens et ne les paient pas. Nous aimerions avoir un consul, comme M. Sunley à Ndzuani, et alors les Français resteront à l&rsquo;écart. Nous n&rsquo;aimons pas les Français, nous détestons les Français. S’ils viennent, les habitants de Mwali jurent par Allah qu’ils partiront tous. Mais ils viendront, nous le craignons, et ils feront venir cet Arabe aussi. »</em></p>



<h4 class="wp-block-heading">L’expulsion des « semeurs de troubles »</h4>



<p>Mkadara obtient finalement son retour à la fin de l’année 1861 après l’intervention de la marine française. La France arrête et déporte les ministres hostiles à elle, dont l&rsquo;incontournable Tsivandini, contraint à l&rsquo;exil. Cependant, ce n’est pas uniquement l’épisode de Mkadara qui est à l’origine de cette intervention. Le Père Finaz et Marius Arnaud n’étaient pas bien vus par la population. Selon Rowley, même les enfants <em>« détestaient intensément les Français, et chaque fois que l’on parlait du Père Finaz et d’Arnaud, leurs visages se fermaient, et ils crachaient tous avec véhémence par terre, avec dégoût et vexation »</em>.</p>



<p>Arnaud a affirmé qu’on avait tenté de l’empoisonner. Ils étaient soupçonnés d’essayer de convertir la sultane au catholicisme. La population, et surtout l’entourage de la reine, mécontents, les chassèrent de l’île. Les autorités françaises établies à Maore prirent cela comme prétexte pour lancer un assaut contre l’île de Mwali. Cette intervention eut lieu le 4 juillet 1861 sous le commandement du capitaine Bertin. Avec une troupe d’une cinquantaine d’hommes, Bertin débarqua à Fumɓoni et, sans combat, réussit à persuader la reine de lui livrer les <em>« semeurs de troubles »</em> : Tsivandini et ses compagnons, Abdallah Musalim et Ali Mwalimu.</p>



<p>Ces trois individus furent immédiatement embarqués pour être déportés à Maore sans autre forme de jugement. Les déportés furent logés et nourris à Pamandzi. Tsivandini mourut en 1863. Abdallah Musalim et Ali Mwalimu furent graciés et autorisés à quitter Maore en 1868. Ils se rendirent à Ngazidja avant de retourner à Mwali en 1871.</p>



<h3 class="wp-block-heading">L&rsquo;impopularité persistante de Saïd Hamadi</h3>



<figure class="wp-block-image size-full"><img type="image/webp"  alt="Saïd Hamadi Nasser Mkadara, image prise le 18 avril 1864 par Otto Kersten" class="wp-image-23 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2024/07/Said-Hamadi-Nasser-Makadara.jpg"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Saïd Hamadi bin Nasser « Mkadara », image prise le 18 avril 1864 par Otto Kersten</em></figcaption></figure>



<p>Bien qu&rsquo;il soit devenu impopulaire, Mkadara demeura sur l&rsquo;île. Sa présence nous fut d&rsquo;abord confirmée par le Français <a href="https://beshelea.com/protocole-djum%C9%93e-fum%C9%93oni">Désiré Charnay</a> en 1863, date à laquelle il fut accueilli au palais par le Zanzibari. <em>« À notre arrivée, le prince consort, qui nous avait accompagnés, nous précéda dans cette première salle du rez-de-chaussée, étroite et longue […] nous montrant le chemin, et nous le suivîmes »</em>. Un an plus tard, l&rsquo;Allemand Otto Kersten, qui visita Mwali en avril 1864, confirma également sa présence. Il prit soin d&rsquo;immortaliser son image dans un portrait, probablement sa seule représentation (Saïd Hamadi est mort le 11 septembre de la même année). Lors de son bref séjour sur l&rsquo;île, Kersten offrit un récit intéressant sur l&rsquo;aménagement de la capitale Fumɓoni. Il semble être le seul, à notre connaissance, à avoir correctement orthographié le nom de cette ville selon sa prononciation.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Extrait :</h5>



<p><em>« Là se trouvait le Fumɓoni tant désiré avec son fond de palmiers et ses montagnes magnifiquement formées et parfumées : une longue maison blanche (le palais de la reine) avec de nombreuses embrasures, à droite de celle-ci une mosquée en pierre, et tout autour les indigènes, des cabanes, une image particulière, différente de tout ce que j&rsquo;ai vu lors de mes voyages jusqu&rsquo;à présent. La route étroite est fermée par des talus bas et est assez plate, nous avons donc dû nous éloigner. »</em></p>



<p>À son arrivée à Fumɓoni le 18 avril, l&rsquo;explorateur fut accueilli avec une grande hospitalité par le prince consort. Ce dernier, soucieux du confort de son hôte, lui offrit une résidence agréable à proximité du palais royal. Afin de subvenir à ses besoins, il lui fit parvenir des provisions variées. Il mit également à sa disposition un interprète anglophone, chargé de l’assister en tout temps, tant pour ses excursions que pour la moindre de ses requêtes. Saïd Hamadi lui conseilla cependant de ne traiter qu’avec lui seul. Une stratégie manifeste de monopolisation du marché, au détriment des commerçants locaux, comme l&rsquo;avait précédemment signalé Tsivandini dans son entretien avec Rowley.</p>



<p>Au-delà de cette façade commerciale, Kersten découvrit en Saïd Hamadi un personnage aux multiples facettes : un collectionneur d&rsquo;objets divers, un homme cultivé, ouvert aux autres et à la culture, qui acceptait avec empressement d&rsquo;être photographié – une rareté pour les dignitaires musulmans de l’époque. Par ailleurs, il nourrissait un goût prononcé pour la musique, organisant régulièrement des représentations en sa présence.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Sa première rencontre avec Mkadara, le commerçant et homme de culture</h4>



<p><em>«</em> <em>Saïd Hamadi, le Sultan ou époux de la reine de Mwali, m&rsquo;a reçu très gentiment. Il m&rsquo;a montré une jolie petite maison non loin de celle où il fait bon vivre, m&rsquo;a envoyé des chèvres, des œufs, du riz et des noix de coco et m&rsquo;a dit que si j&rsquo;avais besoin de quelque chose, je devrais me tourner vers lui parce que j&rsquo;allais bien et que je ne devais rien accepter des autres. Parallèlement, il a mis à ma disposition un homme anglophone, qui devait rester près de moi toute la journée, s&rsquo;occuper immédiatement de toutes mes commandes et m&rsquo;accompagner dans mes excursions en tant que guide et interprète.</em></p>



<p><em>Dans l&rsquo;après-midi, j&rsquo;ai rendu visite au sultan dans sa maison majestueuse et extrêmement élégante. Il possède de nombreux canons, fusils, appareils électroménagers européens, ainsi que du vin et des étrangleurs, pour la plupart des cadeaux de visiteurs précédents. Étant l&rsquo;un des membres éclairés de sa tribu, il montra un goût pour les traditions européennes et n&rsquo;adhéra pas aux prescriptions du Coran avec une rigueur excessive : il me permit donc, contrairement aux saints de Muhammad, de prendre son image. Comme je l&rsquo;ai découvert plus tard, il dédaignait cela, mais appréciait la bonne humeur, du moins quand il était seul.</em></p>



<p><em>Pour ma part, Majid</em><sup data-fn="86006ab6-ed7d-4856-abe1-741a6a717dd8" class="fn"><a id="86006ab6-ed7d-4856-abe1-741a6a717dd8-link" href="#86006ab6-ed7d-4856-abe1-741a6a717dd8">13</a></sup><em> aime beaucoup son petit &lsquo;warde&rsquo; ; néanmoins, ses batteurs et ses joueurs de cornemuse étaient bien mieux entraînés que ceux que j&rsquo;ai entendus à Zanzibar. Ils jouaient plus fréquemment, plus longtemps et avec plus de variété. »</em></p>



<h4 class="wp-block-heading">Ce que Kersten sait de la dynastie Ramanetaka</h4>



<p><em>«</em> <em>Cependant, je n&rsquo;ai pas pu voir son épouse, la « plus aimable de toutes les reines de couleur », dont j&rsquo;avais déjà tant entendu parler ; je ne pouvais réprimer un sentiment de ressentiment face au fait que Saïd Hamadi s&rsquo;habituait à sa liberté de Malgache.</em> <em>La femme grâce à laquelle il a obtenu sa position en premier lieu a été traitée de manière arabe. Djumbe Fatima, la reine de Mwali, vénérée et admirée par tous les Malgaches, est originaire de la région occidentale de Radama</em><sup data-fn="ced4ce77-50e0-41e0-9b5a-f0a43797334f" class="fn"><a id="ced4ce77-50e0-41e0-9b5a-f0a43797334f-link" href="#ced4ce77-50e0-41e0-9b5a-f0a43797334f">14</a></sup><em> ; son père, Ramanetaka, déjà mentionné, fut le seul de tous les princes de la maison royale à échapper à la mort lorsque la sanglante Ranavalona arriva au pouvoir en 1828</em></p>



<p><em>Il s&rsquo;enfuit à Mwali, fut accueilli par les habitants, élu dirigeant, et joua un rôle non négligeable dans l&rsquo;histoire de Madagascar (dans les soulèvements des Sakalava du Nord en 1835 et 1836) et des Comores.</em> <em>Après la mort de son père, Djumɓe Fatima a repris le règne de Mwali. Elle a épousé un Arabe de Zanzibar, Saïd Hamadi. Leur mariage semble être resté stérile ; on ne peut pas dire avec certitude si elle était heureuse, mais on raconte que la belle reine avait autrefois l&rsquo;intention de divorcer de son mari pour épouser son amant, Rakoto (Radama II)</em><sup data-fn="025840f5-f051-4e58-954e-7f88f29eff2d" class="fn"><a id="025840f5-f051-4e58-954e-7f88f29eff2d-link" href="#025840f5-f051-4e58-954e-7f88f29eff2d">15</a></sup><em>, qui l&rsquo;aimait tendrement. Le zèle de la future reine Rosaherina et le déclenchement des bouleversements de l&rsquo;État malgache en 1863 auraient empêché cela.</em> »</p>



<h4 class="wp-block-heading">Éclaircissements sur les revenus de Saïd Hamadi</h4>



<p>Enfin, pour en revenir à Mkadara, Otto Kersten a pu obtenir des éclaircissements sur les revenus de ce dernier. L&rsquo;explorateur allemand note que les recettes générées par les droits de douane au port de Fumɓoni étaient insuffisantes pour soutenir le train de vie somptueux du prince consort, une observation corroborée par l’intéressé lui-même. Ce dernier révèle qu’une partie significative de ses revenus provient d&rsquo;une taxe annuelle sur les habitations, équivalente à un thaler<sup data-fn="e636efb4-8c28-4c63-bdfd-a8f01e84ba0b" class="fn"><a id="e636efb4-8c28-4c63-bdfd-a8f01e84ba0b-link" href="#e636efb4-8c28-4c63-bdfd-a8f01e84ba0b">16</a></sup>, ce qui représente une somme considérable compte tenu du fait que, selon Henry Rowley, la capitale comptait alors entre trois cents et quatre cents maisons.</p>



<p><em>« Plus tard, je rencontrais généralement Saïd Hamadi dans l&rsquo;après-midi, sur le banc de pierre devant la petite mosquée sur la plage. Ici, il donnait des audiences, conversait avec les habitants de la ville et profitait de l&rsquo;air frais de la mer et des vues agréables. Je devais lui parler de l&rsquo;Europe et des conditions qui y règnent. Pour ne pas être le seul à donner, j&rsquo;ai aussi pris la liberté de lui poser une question, assez franche d&rsquo;ailleurs : je lui ai demandé d&rsquo;où il tirait ses revenus, puisqu&rsquo;ils semblaient minimes. Les visites à son port ne pouvaient pas subvenir aux frais de son ménage excellemment meublé avec les revenus des droits de douane, comme le faisait Saïd Majid. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Une taxe foncière</h5>



<p><em>« Il m&rsquo;a avoué en souriant que c&rsquo;était impossible ; en revanche, il taxait les appartements de son île et demandait à chaque propriétaire de lui donner un thaler chaque année. Le montant de cette « taxe foncière » ne devait pas être négligeable, car la ville de Fumɓoni comptait à elle seule plusieurs centaines de maisons, et il y en a en outre seize plus grandes dans d&rsquo;autres beaux villages de l&rsquo;île dont mon interprète m&rsquo;a donné les noms. Par ailleurs, Saïd Hamadi fait probablement du commerce ; puisqu’il subvient à ses besoins alimentaires grâce à son propre argent et à ses troupeaux, il peut facilement agir comme un petit roi. »</em></p>



<h5 class="wp-block-heading">Acte d&rsquo;accusation de Djumɓe Fatima envers ses ministres</h5>



<p style="font-style:normal;font-weight:300"><em>Fumɓoni, le 22 mai 1861</em></p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Djumɓe Fatima</em><sup data-fn="71f9b532-07a5-4d01-9070-8e1a86cc9317" class="fn"><a id="71f9b532-07a5-4d01-9070-8e1a86cc9317-link" href="#71f9b532-07a5-4d01-9070-8e1a86cc9317">17</a></sup><em>, reine de Mwali, pour servir autant que besoin sera.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Que Dieu protège ceux qui ont le cœur droit !</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Je fais connaître par les présentes la position à laquelle je suis réduite, et la félonie de mes deux ministres : Ratsivandi et Abdallah Musalim, anciens esclaves de mon père Ramanetaka, auxquels s&rsquo;est adjoint le chef mohélien Ali Mwalimu. Ils se sont emparés de mon gouvernement, disposent en maîtres, et même, contre moi, de mes esclaves et de mes propriétés, s&rsquo;arrogeant le droit de diriger l&rsquo;intérieur de mon palais, où je suis comme leur prisonnière, sans avoir même la faculté de recevoir ceux qui me sont dévoués. Enfin, ils m&rsquo;ont déshonorée officiellement par une infâme calomnie. Voilà pour ma personne.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>À l&rsquo;égard de mon peuple, ce sont des concussions et des avanies insupportables. Si je n&rsquo;ai pas mis un terme à ces manœuvres, en les remplaçant d&rsquo;abord par d&rsquo;autres chefs dignes de ma confiance, c&rsquo;est que cette nomination eût désigné ceux-ci à la haine de mes oppresseurs et à une mort certaine.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Voici quelques faits : Il y a vingt mois, au retour de mon mari de Zanzibar, j&rsquo;accédais à la demande des susdits chefs, en réglant que Saïd Hamadi ne se mêlerait pas du gouvernement : mais il devait recevoir les honneurs dus à l&rsquo;époux d&rsquo;une souveraine. Au lieu de lui rendre ces honneurs, selon ma volonté et leurs promesses, les chefs l&rsquo;ont traité, soit par eux-mêmes, soit par des personnes députées par eux, comme on ne traiterait pas un esclave : il a été injurié, et à son entrée au palais, les gardes, sous les ordres de Ratsivandi, lui ont tourné le dos.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Chez nous, la résidence royale est sacrée, et c&rsquo;est un crime de lèse-majesté d&rsquo;y frapper ou d&rsquo;y garrotter qui que ce soit. C&rsquo;est encore le même crime d&rsquo;entrer en armes dans l&rsquo;intérieur réservé, à moins que l&rsquo;on ne reçoive l&rsquo;ordre du souverain lui-même. Or, premièrement, à l&rsquo;entrée de mon mari au palais, Ratsivandi en personne battit un homme de confiance de mon époux dans la cour du palais même, et le fit garrotter au même endroit. Secondement, les soldats sont entrés en armes, à deux heures de la nuit (huit heures du soir) dans l&rsquo;intérieur réservé, et ont effrayé tout mon monde par leurs cris et leurs gestes furieux. J&rsquo;ai demandé aux chefs raison de cet attentat, mais ils le nièrent effrontément, car c&rsquo;étaient eux-mêmes qui en avaient donné l’ordre dans le but d’exaspérer mon mari et de le faire mettre sur la défensive, afin d&rsquo;avoir un prétexte de l&rsquo;accuser de menaces avec armes. Ce sont eux qui sont les vrais coupables. Les personnes qui venaient voir mon mari étaient prises et garrottées pour ce seul fait.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Au bout de deux mois d&rsquo;un séjour marqué à chaque instant par des actes de mauvais vouloir et des injures de ces ministres, mon mari voulut partir pour assurer ma tranquillité. Je lui proposai mon boutre, mais les chefs s&rsquo;y opposèrent, ils m&rsquo;ont même refusé de disposer de cette propriété, alors que mon mari proposait de l&rsquo;affréter à quelque prix que ce fût.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Depuis le départ de Saïd Hamadi sur un boutre arabe, ces trois personnages dirigent les affaires de mon gouvernement sans m&rsquo;informer de rien. Ils ont même passé sept mois sans venir me voir ou m&rsquo;envoyer quelqu&rsquo;un de leur part, et je n&rsquo;avais, durant tout ce temps-là, de nouvelles d&rsquo;eux que par les plaintes que me faisaient transmettre mes sujets des tracasseries incessantes qu&rsquo;ils éprouvaient de leur part. Ils ne disposent pas seulement en maîtres des terrains de l&rsquo;île, mais mes propriétés réservées elles-mêmes ne sont pas à l&rsquo;abri de leur rapacité. Ils perçoivent pour eux les produits de mes domaines, et se servent de mes esclaves pour leur avantage particulier, tandis que je ne puis les avoir à ma disposition.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Durant dix-huit mois, je n&rsquo;ai rien reçu, non seulement des droits dus à la reine, mais même des produits de mes propriétés privées, si ce n&rsquo;est qu&rsquo;on m&rsquo;apporte le strict nécessaire pour vivre au jour le jour, sans que j&rsquo;aie pu obtenir les douceurs que je demandais, et qui se trouvent sur mes domaines administrés par ces chefs. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;à l&rsquo;arrivée d&rsquo;une corvette de Zanzibar</em><sup data-fn="2cec8df7-14c5-4096-a83a-a2d840ca3ec9" class="fn"><a id="2cec8df7-14c5-4096-a83a-a2d840ca3ec9-link" href="#2cec8df7-14c5-4096-a83a-a2d840ca3ec9">18</a></sup><em>, il y a deux mois, que, pour prévenir mes plaintes, ils m&rsquo;apportèrent une seule fois une somme minime en me disant : « Voilà ce qui vous revient », sans me donner de détails. Ils ont interdit aux boutres de Ngazidja de communiquer avec Mwali, et aux gens de Mwali de se rendre à la capitale de Ngazidja, où se trouve mon mari, et cela sans même m&rsquo;en informer.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Ils ont enlevé d&rsquo;auprès de ma personne, et exilé du palais, sans m&rsquo;en donner aucune raison, trois personnes</em><sup data-fn="801c5e9a-224e-4c9c-9d6f-acf4aa97d6c4" class="fn"><a id="801c5e9a-224e-4c9c-9d6f-acf4aa97d6c4-link" href="#801c5e9a-224e-4c9c-9d6f-acf4aa97d6c4">19</a></sup><em> que j&rsquo;avais attachées à mon service. Plus tard, une d&rsquo;elles voulant venir me voir, ils lui ont mis pour condition, sous peine de mort, de ne pas parler de telle chose. Ils s&rsquo;arrogent donc le droit de mort.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Ils ont fait publiquement kabary à deux personnages, parce que, leur ont-ils reproché, ils étaient pour moi et non pour eux. Deux autres individus ont été mis aux fers pendant trois jours pour la même raison que ci-dessus, et avec menace de mort. Ainsi, ils ne se contentent pas de gouverner sans moi, ils gouvernent contre moi. Ils m&rsquo;ont interdit de recevoir aucune lettre de mon mari. Néanmoins, ils avaient promis à M. le commandant français de Langle de me laisser la faculté d&rsquo;écrire à leur proscrit. Dernièrement, ils m&rsquo;ont enlevé cette consolation en défendant à qui que ce soit, sous les peines les plus sévères, de se charger de mes lettres pour Saïd Hamadi.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Des Français</em><sup data-fn="36a207a6-cb1e-4758-8634-b562afd1e717" class="fn"><a id="36a207a6-cb1e-4758-8634-b562afd1e717-link" href="#36a207a6-cb1e-4758-8634-b562afd1e717">20</a></sup><em> sont venus me proposer de faire établissement agricole sur mes terres. J&rsquo;étais à traiter avec eux de conditions avantageuses pour moi et mon pays ; mais cet établissement, devant gêner les chefs dans le droit qu&rsquo;ils se sont arrogé de disposer des terres de mon île, et devant faire cesser, au moins en partie, le désordre, tout à leur profit, de leur administration sur mes domaines, ils m&rsquo;ont déclaré qu&rsquo;ils ne voulaient pas, sous aucune condition, que des blancs cultivassent ma terre. Ce n&rsquo;est pas un conseil qu’ils m&rsquo;ont donné, c&rsquo;est leur volonté qu&rsquo;ils m&rsquo;ont déclarée.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Ils ont défendu aux gardes du palais de m&rsquo;avertir, lorsque ces Français se présenteraient pour me voir, et leur ont donné l&rsquo;ordre de congédier, comme de ma part, ces amis chaque fois qu&rsquo;ils se présenteraient. Ainsi, affaires du gouvernement, affaires particulières, autorité sur mes esclaves, direction de mon intérieur, rapports avec mon mari, ils m&rsquo;ont tout enlevé.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Plût à Dieu qu&rsquo;ils m&rsquo;eussent au moins laissé mon honneur ! Je ne pourrai jamais oublier que, le 6 mfugomontsi</em><sup data-fn="21e47107-31cd-4016-bd72-20a5a0691546" class="fn"><a id="21e47107-31cd-4016-bd72-20a5a0691546-link" href="#21e47107-31cd-4016-bd72-20a5a0691546">21</a></sup><em> (17 avril), Ratsivandi et Abdallah Musalimu m&rsquo;ont calomniée en face et officiellement, me traitant… Dieu et les personnes de ma maison sont témoins de la fausseté de cette accusation ! …me traitant de femme sans honneur. Quant à mon peuple, que je voudrais voir heureux, je reçois chaque jour des plaintes d&rsquo;injustices et d&rsquo;avanies que lui infligent l&rsquo;avarice et l’orgueil de ces trois chefs. Ceux qui sont vexés n&rsquo;osent même pas venir en personne me confier leurs peines.</em></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"></p>



<p style="font-style:italic;font-weight:300"><em>Tout cœur droit jugera que cette situation est insupportable. Que le Très-Haut nous envoie promptement du secours !</em></p>
</blockquote>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>The Story of the Universities&rsquo; Mission to Central Africa, Henry Rowley (1866)</li>



<li>Baron Carl Claus von der Decken&rsquo;s » Reisen in Ost-Afrika in den Jahren 1859 bis 1865, <strong>&nbsp;</strong>Carl Claus von der Decken (1870)</li>



<li>Histoire de Madagascar: ses habitants et ses missionnaires, Volume&nbsp;1, Camille de La Vaissière (1884)</li>



<li>Jomby-Soudy : scènes et récits des îles Comores, Louis Langlois (1872)</li>



<li>Djoumbe Fatima (1836-1878) reine de Mohéli entre histoire et mémoire, Issouf Charafoudine (2008)</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="e0d63443-80b6-404b-a8de-5090fd061345"><em>Son père Ramanetaka, devenu Sultan Abdurahmane, est mort le 8 avril 1841</em> <a href="#e0d63443-80b6-404b-a8de-5090fd061345-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9e3938f1-9fe3-44ab-8f0d-d84f21754538"><em>Sultan d&rsquo;Oman et Zanzibar</em> <a href="#9e3938f1-9fe3-44ab-8f0d-d84f21754538-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="e4954449-9deb-41e1-ac20-f787fcbca711"><em>Fille d&rsquo;un Hova établi à Maurice nommé Rambaovao, elle est l&rsquo;épouse d&rsquo;un Français nommé Droit originaire de Franche-Comté. Fuyant la répression de Ranavalona, ce dernier s&rsquo;est d&rsquo;ailleurs réfugié à Mwali en 1835 où il mourût deux ans plus tard, le 1er janvier 1837.</em> <a href="#e4954449-9deb-41e1-ac20-f787fcbca711-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="30f64a6b-c6fa-4423-8a4f-7a92afdd080a"><em>Elle avait été imposée par le Commandant supérieur de Maore, Pierre Passot.</em> <a href="#30f64a6b-c6fa-4423-8a4f-7a92afdd080a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="20221c2a-493e-4358-8908-ca759eb8af2a"><em>Chassée en même temps que sa sœur Mme Languedoc, venue depuis peu de temps le rejoindre à Mwali. Certains avancent que Mme Droit avait été empoisonnée.</em> <a href="#20221c2a-493e-4358-8908-ca759eb8af2a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8630a404-78eb-4f39-82da-8910758c21a9"><em>En 1861, c&rsquo;était il presque trente ans que Ramanetaka avait entrepris la conquête de l&rsquo;île aux début des années 1830.</em> <a href="#8630a404-78eb-4f39-82da-8910758c21a9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="542b6d25-a3e2-44ee-a583-830deff97ce5"><em>Ramanetaka avait deux enfants avec deux femmes différentes. Les demi-sœurs Djumɓe Fatima (aînée) et Djumɓe Salama.</em> <a href="#542b6d25-a3e2-44ee-a583-830deff97ce5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="96d7b474-c508-4e10-9f86-344c3ad25625"><em>Abdallah Musalim</em> <a href="#96d7b474-c508-4e10-9f86-344c3ad25625-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="78c85393-e452-4aaf-928d-c9ab088c3ca8"><em>Le terme Hova renvoie au peuple Mernina de Madagascar, une subdivision désignant les gens du commun, différent des Andriana (nobles).</em> <a href="#78c85393-e452-4aaf-928d-c9ab088c3ca8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="a3749547-ece6-47fc-91d7-f40366c74b5d"><em>Mot d&rsquo;origine malgache qui désigne grand conseil. Ils se sont organisés plusieurs kabary depuis décembre 1860, et sont devenu récurrents à partir du 7 avril 1861, deux jours après le départ des Anglais. </em> <a href="#a3749547-ece6-47fc-91d7-f40366c74b5d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="154c9454-5d79-4b40-854a-492995e25e67"><em>Finaz et les agents français, ainsi que son oncle Ambilahiasana</em> <a href="#154c9454-5d79-4b40-854a-492995e25e67-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d09a199e-2fbb-444a-b0a4-25631d7b65d9"><em>Peu à peu cet entretien, Tsivandini, qui avait demandé conseil auprès de David Livingston, entame une démarche auprès du consul d&rsquo;Angleterre, réclamant l&rsquo;appui des forces britanniques contre l&rsquo;influence française.</em> <a href="#d09a199e-2fbb-444a-b0a4-25631d7b65d9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="86006ab6-ed7d-4856-abe1-741a6a717dd8"><em>Sultan de Zanzibar</em> <a href="#86006ab6-ed7d-4856-abe1-741a6a717dd8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="ced4ce77-50e0-41e0-9b5a-f0a43797334f"><em>Radama 1er, ancien roi de Madagascar.</em> <a href="#ced4ce77-50e0-41e0-9b5a-f0a43797334f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="025840f5-f051-4e58-954e-7f88f29eff2d"><em>Il s&rsquo;agit de manœuvres du Père Finaz pour à la fois assurer une christianisation de Mwali et faciliter l&rsquo;occupation française. </em> <a href="#025840f5-f051-4e58-954e-7f88f29eff2d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="e636efb4-8c28-4c63-bdfd-a8f01e84ba0b"><em>Ancienne monnaie allemande</em> <a href="#e636efb4-8c28-4c63-bdfd-a8f01e84ba0b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="71f9b532-07a5-4d01-9070-8e1a86cc9317"><em>Acte rédigée sous l&rsquo;influence du Père Finaz, reprenant une grande partie de son argumentaire.</em> <a href="#71f9b532-07a5-4d01-9070-8e1a86cc9317-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2cec8df7-14c5-4096-a83a-a2d840ca3ec9"><em>Visite de l&rsquo;amiral des forces navales le 11 mars</em> <a href="#2cec8df7-14c5-4096-a83a-a2d840ca3ec9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="801c5e9a-224e-4c9c-9d6f-acf4aa97d6c4"><em>Sa gouvernante Ramana-Zena, sa dame de compagnie Andriambavi et Izuber le capitaine de sa garde</em> <a href="#801c5e9a-224e-4c9c-9d6f-acf4aa97d6c4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="36a207a6-cb1e-4758-8634-b562afd1e717"><em>Il s&rsquo;agit de Marius Arnaud, représentant de Joseph Lambert</em> <a href="#36a207a6-cb1e-4758-8634-b562afd1e717-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 20"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="21e47107-31cd-4016-bd72-20a5a0691546"><em>Mfungomontsi (le premier mois après le ramadan). Elle date ses lettres selon le calendrier comorien, le Nairuze, et celle-ci elle est datée du 11 mfungomɓili 1277 (le deuxième mois après le ramadan).<br></em> <a href="#21e47107-31cd-4016-bd72-20a5a0691546-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 21"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Réception et protocole au Djumɓe de Fumɓoni</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 29 Aug 2024 13:49:34 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Patrimoine]]></category>
		<category><![CDATA[Alfred Gervey]]></category>
		<category><![CDATA[Désiré Charnay]]></category>
		<category><![CDATA[Djumɓe]]></category>
		<category><![CDATA[Djumɓe Fatima binti Abdurahmane]]></category>
		<category><![CDATA[Finos Finaz]]></category>
		<category><![CDATA[Fumɓoni]]></category>
		<category><![CDATA[Henry Rowley]]></category>
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		<category><![CDATA[Sultanat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Le palais de Fumɓoni, bien que modeste en apparence, a été le cœur politique et symbolique de Mwali au XIXe siècle. Bien plus qu’une simple résidence royale, c'est un témoin silencieux des bouleversements politiques et diplomatiques de l'époque.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Lorsque l’on évoque l’histoire des Comores, les îles de Ngazidja, Ndzuani et Maore dominent souvent les récits historiques, leurs dynasties influentes et leur système de pouvoir étant bien documentés. Mwali, l&rsquo;île la plus petite et souvent perçue comme la moins influente, a pourtant suivi un chemin distinct et tout aussi fascinant. Tandis que ses îles sœurs évoluaient sous l&rsquo;autorité des sultans<sup data-fn="4cf04973-e03f-4e22-a3a4-821c793e1e3e" class="fn"><a id="4cf04973-e03f-4e22-a3a4-821c793e1e3e-link" href="#4cf04973-e03f-4e22-a3a4-821c793e1e3e">1</a></sup>, Mwali a navigué entre indépendance et vassalité, sous l’influence intermittente de Ndzuani.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Contexte historique : l&rsquo;avènement du sultanat à Mwali</h3>



<p>Pendant plusieurs siècles, Mwali fut une île mouvante, tiraillée entre des tentatives de domination et des velléités d&rsquo;indépendance. Les expéditions militaires lancées par les sultans de Ndzuani entre les XVIIe et XIXe siècles illustrent cette volonté constante de réintégrer l&rsquo;île dans la sphère anjouanaise<sup data-fn="0bbbbd37-6a77-4acf-8210-f513ca1baec5" class="fn"><a href="#0bbbbd37-6a77-4acf-8210-f513ca1baec5" id="0bbbbd37-6a77-4acf-8210-f513ca1baec5-link">2</a></sup>. Toutefois, à mesure que Mwali repoussait ces assauts, elle développait un modèle de gouvernance distinct.</p>



<p>Certains visiteurs européens évoquèrent l&rsquo;existence de « sultans » sur l&rsquo;île<sup data-fn="24a68c60-c9c0-4054-83b4-dd8c2dffac14" class="fn"><a href="#24a68c60-c9c0-4054-83b4-dd8c2dffac14" id="24a68c60-c9c0-4054-83b4-dd8c2dffac14-link">3</a></sup>, bien que ces figures restent absentes des traditions locales. Le pouvoir véritable semble plutôt avoir reposé dans un système coutumier, le <em>Mfaume Mtsambu</em>, ou « Roi Sagoutier », où les chefs traditionnels exerçaient une autorité diffuse mais bien enracinée. L’autorité était moins centralisée, et l’île fonctionnait par une gouvernance coutumière.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Il était une fois un djumɓe à Fumɓoni</h3>



<p>L’arrivée au XIXe siècle de la dynastie <em>Ramanetaka</em><sup data-fn="525002ca-6d2c-4e35-8ba9-f91ff261b323" class="fn"><a id="525002ca-6d2c-4e35-8ba9-f91ff261b323-link" href="#525002ca-6d2c-4e35-8ba9-f91ff261b323">4</a></sup> marque un tournant dans l’histoire de Mwali. Converti à l’islam et intégrant les us et coutumes locales, le nouveau maître de l’île entreprit de transformer <a href="https://beshelea.com/description-fum%c9%93oni-19e-siecle/">le visage de Fumɓoni</a>. La ville, autrefois un modeste bourg, devint le siège du pouvoir avec l&rsquo;agrandissement du <em>pangahari</em><sup data-fn="5c855b0d-9a9f-41b9-97fc-876821b27bb5" class="fn"><a id="5c855b0d-9a9f-41b9-97fc-876821b27bb5-link" href="#5c855b0d-9a9f-41b9-97fc-876821b27bb5">5</a></sup>, la construction d’un palais royal, d’une mosquée et d’un cimetière dignes des médinas comoriennes de l&rsquo;époque. Fumɓoni devenait ainsi le cœur symbolique et politique d&rsquo;une île en quête de reconnaissance.</p>



<p>Hélas, peu de choses subsistent de cette période faste. L’histoire mouvementée des XIXe et XXe siècles a presque effacé les traces matérielles de cette époque. Aujourd’hui, il ne reste presque rien de ce palais qui, pendant un demi-siècle, vit passer cinq souverains. Le Djumɓe de Fumɓoni n’a pas survécu aux tumultes du temps. Sous le règne de Djumɓe Fatima, Fumɓoni subit de plein fouet les attaques répétées de la marine française. Les bombardements eurent raison du palais royal et des édifices qui entouraient la place centrale. Plus tard, la guerre civile qui éclata après l&rsquo;assassinat de son fils, Sultan Abdurahmane bin Saïd Hamadi<sup data-fn="9ab91aa2-61cb-46cf-82f5-c7b3c01025c2" class="fn"><a id="9ab91aa2-61cb-46cf-82f5-c7b3c01025c2-link" href="#9ab91aa2-61cb-46cf-82f5-c7b3c01025c2">6</a></sup>, finit de ruiner ce qui restait de ce bref âge d’or. Les quelques traces restantes furent rasées au début du XXIe siècle pour faire place à une nouvelle mosquée du vendredi.</p>



<p>Il nous paraît aujourd’hui essentiel de redonner vie à ce passé, non pas en érigeant de nouveaux monuments, mais en redécouvrant les traditions et les coutumes qui ont marqué cette époque. La redécouverte du djumɓe de Fumɓoni, à travers des bribes de récits anciens, constitue un devoir de mémoire. Il nous permet de réhabiliter une époque qui, bien que sombrement marquée par la violence, fut aussi le témoin d’un éclat éphémère.</p>



<p>La décennie 1860 marqua une période charnière dans l’histoire de Mwali et de son centre de pouvoir, Fumɓoni, à la fois complexe et fragile. Une époque d’intense activité diplomatique et militaire, où l&rsquo;île tenta de maintenir son indépendance et sa prospérité face aux pressions extérieures, françaises et zanzibarites en l&rsquo;occurrence. Dans ce contexte, le djumɓe, devient un lieu de grande importance symbolique. À travers les récits des voyageurs européens, tels que le missionnaire français Finos Finaz, l’explorateur Désiré Charnay ou encore le procureur impérial Alfred Gervey, on peut avoir un précieux aperçu de la vie à la cour royale durant cette période. Des témoignages imprégnés de détails sur l’architecture, l&rsquo;armement et les rites d’accueil.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le palais avant les évènements post-novembre 1867</h3>



<p>Les descriptions du palais royal, bien que diverses, s’accordent sur un point : il ne s’agissait pas d’un bâtiment d’une grande magnificence, mais plutôt d’un lieu presque ordinaire, régi par un protocole complexe et abritant un pouvoir de plus en plus contesté. Finos Finaz, missionnaire français, débarqua à Fumɓoni le 30 janvier 1860, à bord du « La Bourdonnais ». Son récit nous dévoile une cour royale, bien organisée mais modeste, où l’on sent déjà le poids du protocole et de la symbolique : « <em>Lorsque je quittai l&#8217;embarcation, je fus reçu au bord de la mer par des soldats hovas en casaques rouges [&#8230;] Ils me conduisirent jusqu&rsquo;au palais de la reine</em> ».</p>



<p>La description qu&rsquo;il fait de l’architecture du palais révèle l’atmosphère qui régnait en ces lieux. Une cour d&rsquo;honneur longue et étroite, bordée de murs, menait à une salle d’armes, où étaient entreposées des dizaines de fusils et sagaies, soigneusement rangées sous les plafonds. Ce qui frappe, c’est le contraste entre l’imposante garde et l&rsquo;humilité des installations, notamment « <em>l&rsquo;échelle de meunier</em> » qui mène aux appartements royaux. Cette rudimentarité contrastait avec l’élégance de la décoration intérieure : tapis arabes, glaces, et meubles qui étaient visibles à l’étage.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Une cour longue et étroite, salle d&rsquo;armement, échelle de meunier</h5>



<p>« <em>Lorsque je quittai l&#8217;embarcation, je fus reçu au bord de la mer par des soldats hovas</em><sup data-fn="9f163745-86c3-40e9-9c4f-0d7cc69a937a" class="fn"><a id="9f163745-86c3-40e9-9c4f-0d7cc69a937a-link" href="#9f163745-86c3-40e9-9c4f-0d7cc69a937a">7</a></sup><em> en casaques rouges, portant sur la tête des mitres rouges ornées de mille brimborions. Ils me conduisirent jusqu&rsquo;au palais de la reine. À la porte même du palais se trouve un porche où se tient habituellement la garde. Il donne sur une cour longue et étroite, mais assez propre, à l&rsquo;extrémité de laquelle se trouve la porte d&rsquo;une sorte de vestibule servant en même temps de salle d&rsquo;armes. Environ quatre-vingts fusils et une multitude de sagaies y sont symétriquement rangés au plafond.</em></p>



<p><em>Je gravis alors une échelle de meunier, véritable casse-cou, qui dépare le reste du palais, généralement convenable, bien qu&rsquo;il ne soit ni vaste ni splendide. Je parvins ainsi au premier étage, au-dessus du vestibule, dans un appartement long et étroit, avec des croisées cintrées, orné de trois grandes glaces et recouvert de jolis tapis arabes. La reine était assise dans un fauteuil, vêtue à l&rsquo;arabe, le visage couvert d&rsquo;un demi-masque</em><sup data-fn="75d9100e-b856-4724-960b-c0c5f12b2e4b" class="fn"><a id="75d9100e-b856-4724-960b-c0c5f12b2e4b-link" href="#75d9100e-b856-4724-960b-c0c5f12b2e4b">8</a></sup><em> ; derrière elle, ses femmes étaient accroupies sur des nattes.</em>» </p>



<figure class="wp-block-image size-large is-resized"><img  alt="Sultane Djumɓe Fatima binti Abduramane, une photographie de Désiré Charnay en octobre 1863" class="wp-image-426 lws-optimize-lazyload" style="width:658px;height:auto"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2024/07/Djumɓe-Fatima-Desire-Charnay-863x1024.jpg"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Sultane Djumɓe Fatima binti Abdurahmane, assise portant un barakoa sur le visage. Une photographie de Désiré Charnay en octobre 1863</em></figcaption></figure>



<p>Un peu plus d’un an plus tard, en avril 1861, le missionnaire anglais Henry Rowley est à son tour reçu au Djumɓe. L’accueil qu’il décrit est similaire à celui de Finaz : une garde armée de lances dans la cour, des soldats portant des mousquets, et une salle de conseil austère, blanchie à la chaux et décorée d’armes anciennes. La rencontre sa délégation avec la reine est empreinte de solennité et de raffinement. Les Anglais observent un protocole rigide et solennel et raconte comment, après avoir été introduits dans la salle d’audience, ils attendirent d’être reçu par la reine : « <em>un homme peu vêtu nous annonça que la reine était prête à nous recevoir</em> ».</p>



<p>Rowley dépeint une figure royale gracieuse et jeune, accompagnée de son fils, vêtue d&rsquo;une robe rouge et or, et portant un masque scintillant qui cache partiellement son visage. <em>« Au fond de la pièce, la reine était assise sur un beau tapis de Turquie. Elle était vêtue d’une robe fluide rouge et or, et portait un masque scintillant de paillettes. […] À ses côtés, son fils, un joli enfant d’environ trois ans, vêtu d’un costume arabe ». </em>Ce fils n&rsquo;est autre que Muhammad bin Saïd Hamadi<sup data-fn="d9c892b6-45d9-4016-b79f-eb80c866da6c" class="fn"><a href="#d9c892b6-45d9-4016-b79f-eb80c866da6c" id="d9c892b6-45d9-4016-b79f-eb80c866da6c-link">9</a></sup>, son héritier, dont la présence à toutes les audiences est là pour incarner l’espoir de continuité dynastique dans un contexte où la stabilité n’est jamais assurée.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Salle du conseil, tapis de Turquie, présence royale</h5>



<p><em>« Nous dépassâmes le fort et aperçûmes un certain nombre d’hommes armés de mousquets. En entrant dans la cour du palais, nous trouvâmes un garde rangé, armé seulement de lances. On nous conduisit à la salle du conseil de cet État. C’était une pièce longue et étroite, blanchie à la chaux, avec des bancs de chaque côté. Les murs étaient ornés d’armes à feu, de pistolets et de lances d’apparence ancienne. Alors le personnage principal prit la parole gravement : « Comment allez-vous ? Quelles sont les nouvelles ? » Le Dr Livingstone exprima nos désirs et nos intentions, lui dit qui nous étions, où nous étions et où nous allions […] Puis un homme peu vêtu nous annonça que la reine était prête à nous recevoir, et nous montâmes par des marches et par une trappe dans une grande chambre mal meublée, où nous fûmes en présence royale.</em></p>



<p><em>Au fond de la pièce, la plus éloignée de l’entrée, la reine était assise sur un beau tapis de Turquie. Elle était vêtue d’une robe fluide rouge et or, et portait un masque</em> <em>scintillant de paillettes, qui cachait une partie de son visage tout en le laissant suffisamment découvert pour montrer qu’elle était jeune et belle. À ses côtés, son fils, un joli enfant d’environ trois ans, vêtu d’un costume arabe, se tenait. Des dames d’honneur, vieilles et pas particulièrement soignées, mâchaient de la noix de bétel et crachaient abondamment par terre autour de leur royale maîtresse. La reine ne mâchait pas, mais elle exécutait ses fonctions royales avec grâce et dignité, nous invitant à nous asseoir avec respect.</em> » </p>



<p>Pour Désiré Charnay, arrivé à Mwali en octobre 1863, la rencontre avec la reine fut tout aussi solennelle. Toutefois, le récit de l&rsquo;explorateur français plus critique, voir parfois condescendant, pointe les signes d’un pouvoir en déclin. Il est accueilli au djumɓe par <a href="https://beshelea.com/said-hamadi-nasser-mwali/">Saïd Hamadi Mkadara</a>, prince consort et figure centrale de la cour. Charnay décrit un palais semblable aux récits précédents : une salle étroite servant d’antichambre, où les dignitaires, parfois <em>« affligés de gale ou de lèpre</em><sup data-fn="2a5b2e5e-6aca-4d80-88b8-fc8d0bef31e3" class="fn"><a id="2a5b2e5e-6aca-4d80-88b8-fc8d0bef31e3-link" href="#2a5b2e5e-6aca-4d80-88b8-fc8d0bef31e3">10</a></sup>», attendent les visiteurs. Là encore, la majesté du lieu repose moins sur l’architecture que sur la mise en scène des relations sociales.</p>



<p>Charnay souligne également la simplicité des lieux, évoquant <em>« une échelle de fenil »</em> qui remplace l’escalier royal et conduit à l’appartement de la reine. Sa rencontre avec la sultane révèle une reine affaiblie, entourée de deux jeunes héritiers<sup data-fn="3a818275-be1f-425f-b824-13400c132964" class="fn"><a id="3a818275-be1f-425f-b824-13400c132964-link" href="#3a818275-be1f-425f-b824-13400c132964">11</a></sup> qui, à leurs tours, semblent porteurs d&rsquo;un destin incertain. La symbolique est forte : l’épuisement d’un pouvoir sous pression, en proie à une succession difficile et à des incertitudes politiques croissantes. <em>« Djumɓe Suɗi paraissait plus âgée qu&rsquo;elle ne l&rsquo;était […] Ses yeux, pleins d&rsquo;un doux éclat mélancolique, nous regardaient de temps à autre, et sa bouche [&#8230;] trahissait une femme abattue et dont la santé était ruinée par le climat et les exhalaisons morbides du rivage », écrit-il.</em></p>



<figure class="wp-block-image size-full"><img type="image/webp"  alt="Porte sculptée du palais royal de Fumɓoni, photographiée des décennies plus tard par le Français Pierre Drouhin, période 1888-1891. © ANOM" class="wp-image-82 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2024/07/Porte-sculptee-du-palais-royal-de-Fumɓoni.jpg"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Porte sculptée du palais royal de Fumɓoni, photographiée des décennies plus tard par le Français Pierre Drouhin, période 1888-1891. © ANOM</em></figcaption></figure>



<h5 class="wp-block-heading">Les uniformes de la garde</h5>



<p>« <em>Ce palais consiste en une petite maison blanchie à la chaux, ne renfermant que deux salles percées d’ouvertures mauresques. La première, celle du rez-de-chaussée, est précédée d’une cour où s’étalent toutes les armes offensives de l’île, deux ou trois petits canons, espèce de fauconneaux, et les fusils de la garnison. La garnison, vêtue de ses plus beaux uniformes, nous attendait l’arme au bras, et nous passâmes en revue dix-huit soldats noirs, pieds nus, munis d’un pantalon blanc, le buste couvert d’une veste rouge à l’anglaise sur laquelle se croisaient deux larges courroies de buffleterie. Ils avaient comme shakos des espèces de mitres d’évêque, également rouges et de l’effet le plus bouffon.</em> » </p>



<h5 class="wp-block-heading">L&rsquo;accueil au djumbe par Saïd Hamadi Mkadara</h5>



<p>« <em>À notre arrivée, le prince époux, qui nous avait accompagnés, nous précéda dans cette première salle du rez-de-chaussée, étroite et longue : c’est une espèce d’antichambre, de salle des gardes, où la garnison se tint debout pendant que Son Altesse nous présentait aux grands officiers de la couronne. J’éprouvai quelque répugnance à toucher la main de ces grands dignitaires dont quelques-uns me parurent affligés de gale ou de lèpre.</em></p>



<p><em>Une fois assis, la conversation languit malgré les soins de l’interprète, bavard juré dont la langue ne chômait cependant guère. Nous attendions l’instant de voir la reine qu’on était allé avertir, et qui, je le supposais, devait faire pour la circonstance un brin de toilette. Le grand chambellan vint enfin nous dire qu’elle nous attendait. L’époux nous précéda, montrant le chemin, et nous suivîmes. Il faut en convenir, l’escalier qui conduisait aux appartements de Sa Majesté n’était point un escalier royal, mais bien une simple échelle de fenil, qu’il nous fallut gravir avec précaution ; elle était courte, heureusement, la salle étant fort basse.</em> » </p>



<h5 class="wp-block-heading">L&rsquo;appartement royal et portrait de la Sultane</h5>



<p>« <em>L’appartement de la reine était la répétition de la salle d’attente ; seulement un voile tendu dans le fond séparait la couche de Son Altesse de la partie où nous fûmes reçus, comme dans une salle du trône. Djumɓe Suɗi </em><sup data-fn="a7ecacc0-1c2d-4811-bc82-c5449fd9475d" class="fn"><a href="#a7ecacc0-1c2d-4811-bc82-c5449fd9475d" id="a7ecacc0-1c2d-4811-bc82-c5449fd9475d-link">12</a></sup><em>siégeait effectivement sur un fauteuil élevé, ayant un coussin sous les pieds, flanquée à droite de sa vieille nourrice, à gauche, d’une confidente ou d’une esclave. Cette reine d’un petit royaume était drapée dans une étoffe turque tissée soie et or qui l’enveloppait tout entière. Sa main assez fine, était seule visible ; mais malgré le masque en forme de diadème qui recouvrait sa tête, on devinait, grâce aux larges ouvertures, tout l’ensemble de ses traits ; ses yeux, du reste, pleins d’un doux éclat mélancolique, nous regardaient de temps à autre, et sa bouche un peu molle, à la lèvre tombante, accusait une femme abattue et d’une santé ruinée par le climat et les exhalaisons morbides du rivage.</em></p>



<p><em>Djumɓe Suɗi paraît plus âgée qu’elle ne l’est</em><sup data-fn="35d94545-a27b-46a1-bfde-de1a781a4bdb" class="fn"><a id="35d94545-a27b-46a1-bfde-de1a781a4bdb-link" href="#35d94545-a27b-46a1-bfde-de1a781a4bdb">13</a></sup><em>, et, lorsque je la vis au jour pour reproduire ses traits, je lui donnai trente-cinq ans au moins, tandis qu’elle n’en a que vingt-huit. Deux jeunes garçons, tous deux beaux comme le jour, sont les héritiers destinés à régner après elle. La faiblesse maladive de leur mère, me fait présumer qu’ils n’auront point le temps d’atteindre leur majorité.</em> <em>Notre audience dura une demi-heure environ ; on eut la galanterie de nous offrir quelques rafraîchissements à l’eau de rose, que je n’oublierai de ma vie.</em> »</p>



<p>Le palais de Fumɓoni, en dépit de son apparence modeste, joua un rôle clé dans la diplomatie régionale et la résistance contre les influences extérieures. Alfred Gervey, procureur impérial à Pondichéry, qui visita Mwali quelques années plus tard, entre 1866 et 1868, décrit un bâtiment à la fois fortifié et symboliquement chargé. Selon lui, le palais « <em>ressemble à une maison de campagne mal entretenue</em> », mais il est stratégiquement positionné à l&rsquo;extrémité de la batterie, défendu par un bastion et une esplanade armée de canons. Avant le bombardement de 1867, qui détruisit une partie de cette défense, la batterie comptait des pièces d&rsquo;artillerie respectables, en bon état, renforçant le rôle du palais en tant que bastion militaire autant que centre politique.</p>



<p><em>« Ce que l&rsquo;on appelle le palais de la reine se trouve à l&rsquo;extrémité de la batterie, à peu près au milieu du front de la ville faisant face à la mer. […] Il est protégé de ce côté par un bastion ».</em> L’intérieur du palais révèle une certaine opulence, avec des tapis de Mascate, des nattes et des miroirs, contrastant avec la rudesse de l’armement extérieur. Gervey met aussi en lumière l’importance de la garde royale, constituée de soldats locaux vêtus de tuniques rouges et coiffés de mitres. Bien que leur équipement soit vétuste et parfois inefficace, ces gardes restent des figures centrales du pouvoir militaire de l’île, un pouvoir à la fois réel et symbolique.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Armement et agencement intérieur</h5>



<p><em>« L&rsquo;enceinte de la ville est carrée comme celle des anciens camps romains, avec un mur en pierre et en corail, haut de 12 à 15 pieds et bien conservé. Trois ou quatre petites portes carrées donnent accès à des ruelles étroites. Beaucoup de maisons sont bâties en chaux et corail, mais il y a aussi, dans l&rsquo;enceinte, bon nombre de cases malgaches en bois ou en macoutis; aucune de ces maisons n&rsquo;a d&rsquo;étage.</em></p>



<p><em>Ce qu&rsquo;on appelle le palais de la reine se trouve au bout de la batterie, à peu près au milieu du front de la ville qui fait face à la mer. Il est protégé de ce côté par un bastion ne laissant voir que les terrasses. Du côté de la ville, il est entouré de murs et isolé par une place triangulaire où l&rsquo;on voit un puits et une mosquée. Le palais ressemble à une maison de campagne mal entretenue.</em></p>



<p><em>On entre dans la cour d&rsquo;honneur par une porte cochère grossièrement sculptée. En face de la porte, sous un hangar qui sert de corps de garde, sont rangés, sur des affûts de campagne, 2 obusiers de 8 et 2 pièces de 4 en bronze, bien montées et en fort bon état. Une vingtaine de fusils à pierre avec leurs bayonnettes, et une cinquantaine de sagaies bien aiguisées, sont dressés contre le mur, avec quelques briquets et des gibernes.</em> » </p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img  alt="Ruines du palais de Fumɓoni en 1973 © Georges Boulinier &amp; Geneviève Boulinier-Giraud / Musée du Quai Branly" class="wp-image-671 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/02/Ruines-du-palais-de-Fumɓoni-1024x657.jpg"><figcaption class="wp-element-caption">Ruines du palais de Fumɓoni en 1973 <em>©</em> Georges Boulinier &amp; Geneviève Boulinier-Giraud / Musée du Quai Branly </figcaption></figure>



<h5 class="wp-block-heading">Le palais et le ngome de Fumɓoni</h5>



<p>« <em>La maison de la reine a un étage et est surmontée d&rsquo;une terrasse; elle est éclairée, au rez-de-chaussée, par quelques meurtrières et, au premier, par une dizaine de fenêtres à persiennes vertes, ouvragées. Tout le bas est occupé par une grande salle voûtée, sombre et vide; on monte par des couloirs étroits et obscurs et par un escalier, véritable échelle de moulin, aux appartements de l&rsquo;étage qui se composent d&rsquo;une grande salle de réception, ornée de glaces, d&rsquo;étagères, de tapis de Mascate et de fort belles nattes, et de plusieurs petites pièces garnies de meubles européens; c&rsquo;est le logement de la reine. Dans une des cours se trouvent plusieurs tombeaux, entre autres celui de Ramanetaka, construits sur le modèle uniforme des tombeaux arabes dans les Comores.</em></p>



<p><em>Le palais communique avec la batterie qui est solidement construite; l&rsquo;esplanade est en terre battue entre quatre murs fort épais, et élevée à 10 pieds au-dessus du sol. À partir de cette hauteur, elle est entourée d&rsquo;un parapet épaulé, percé d&#8217;embrasures pour 21 canons. Avant le bombardement de 1867, elle était armée de 2 caronades de 24, de 7 pièces longues de 18 et de 12, de 9 vieux canons de 6 et de 4, en fonte, et de 3 petites pièces en bronze, du calibre 2. La batterie est fermée à la gorge par un mur sans ouvertures, de 15 pieds de haut, et il serait très difficile de l&#8217;emporter de vive force, sans avoir fait brèche.</em> »</p>



<h5 class="wp-block-heading">La garde du palais</h5>



<p>« <em>La garde du palais est confiée à une cinquantaine de Mohéliens vêtus de tuniques de drap rouge et de caleçons blancs, et coiffés de mîtres rouges de même forme que celles des évêques. Chaque soldat porte un fusil à pierre avec sa bayonnette, un briquet, une giberne et deux sagaies qui constituent, certes, la partie la plus dangereuse de son armement. Les fusils sont vieux et les lumières sont tellement élargies qu&rsquo;au moment de faire feu, les Mohéliens ont grand soin de détourner la tête pour ne pas être aveuglés, ce qui ne contribue pas à la justesse de leur tir; en revanche, ils lancent la sagaie très adroitement. Cette garde a une musique composée d&rsquo;une grosse caisse, de cymbales, de fifres et de tambours.</em> » </p>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>The Story of the Universities&rsquo; Mission to Central Africa, Henry Rowley (1866)</li>



<li>Histoire de Madagascar: ses habitants et ses missionnaires, Volume&nbsp;1, Camille de La Vaissière (1884)</li>



<li>Madagascar à vol d&rsquo;oiseau, Désiré&nbsp;Charnay (1864)</li>



<li>Essai sur les Comores, Alfred Gervey (1870)</li>



<li>Fomboni : fondement et bombardements, journal Kashkazi n° 62 (2007).</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="4cf04973-e03f-4e22-a3a4-821c793e1e3e"><em>Le début du sultanat dans l&rsquo;archipel est estimé au milieu du XIVe siècle.</em> <a href="#4cf04973-e03f-4e22-a3a4-821c793e1e3e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="0bbbbd37-6a77-4acf-8210-f513ca1baec5"><em>En juin 1704, un habitant d&rsquo;Anjouan informe l&rsquo;Anglais John Pike que l&rsquo;annexion de Mohéli par Anjouan remonterait à environ 400 ans, soit vers 1300. La séparation entre les deux îles serait survenue entre 1630 et 1660, période durant laquelle apparaissent les premières demandes d&rsquo;intervention militaire contre Mohéli.</em> <a href="#0bbbbd37-6a77-4acf-8210-f513ca1baec5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="24a68c60-c9c0-4054-83b4-dd8c2dffac14"><em>Entre 1611 et 1627, des navigateurs anglais tels que Richard Cocks, John Saris, Walter Peyton, Martin Pringle, Patrick Coplan, Thomas Roe, Henry Crosby et Thomas Herbert mentionnent la présence de « sultans » sur l&rsquo;île. En 1704, les navires de guerre anglais, le Severn et le Scarborough, confirment également cette information</em>. <a href="#24a68c60-c9c0-4054-83b4-dd8c2dffac14-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="525002ca-6d2c-4e35-8ba9-f91ff261b323"><em>Malgache originaire d’Imerina et cousin de Radama 1er, ancien roi de Madagascar.</em> <a href="#525002ca-6d2c-4e35-8ba9-f91ff261b323-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="5c855b0d-9a9f-41b9-97fc-876821b27bb5"><em>Place publique</em>  <a href="#5c855b0d-9a9f-41b9-97fc-876821b27bb5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9ab91aa2-61cb-46cf-82f5-c7b3c01025c2"><em>Tyran, il est assassiné par la population en 1884. </em> <a href="#9ab91aa2-61cb-46cf-82f5-c7b3c01025c2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9f163745-86c3-40e9-9c4f-0d7cc69a937a"><em>Le terme Hova renvoie au peuple Mernina de Madagascar, une subdivision désignant les gens du commun, différent des Andriana (nobles). </em> <a href="#9f163745-86c3-40e9-9c4f-0d7cc69a937a-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="75d9100e-b856-4724-960b-c0c5f12b2e4b"><em>Qu&rsquo;on appelle Barakoa en swahili </em> <a href="#75d9100e-b856-4724-960b-c0c5f12b2e4b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d9c892b6-45d9-4016-b79f-eb80c866da6c"><em>Il devient Sultan en 1867, âgé à peine de 9 ans, après abdication de sa mère. Il meurt de maladie en 1874.</em> <a href="#d9c892b6-45d9-4016-b79f-eb80c866da6c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2a5b2e5e-6aca-4d80-88b8-fc8d0bef31e3"><em>On retrouve une certaine condescendance dans le récit de Charnay, avec une tendance à grossir les traits. Il est peu probable que des lépreux par exemple puissent se mélanger au reste de la population.</em> <a href="#2a5b2e5e-6aca-4d80-88b8-fc8d0bef31e3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="3a818275-be1f-425f-b824-13400c132964"><em>Muhammad et Abdurahmane bin Saïd Hamadi </em> <a href="#3a818275-be1f-425f-b824-13400c132964-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="a7ecacc0-1c2d-4811-bc82-c5449fd9475d"><em>Suɗi, autre nom de la Sultane</em>. <a href="#a7ecacc0-1c2d-4811-bc82-c5449fd9475d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="35d94545-a27b-46a1-bfde-de1a781a4bdb"><em>Elle avait 27-28 ans en 1863.</em> <a href="#35d94545-a27b-46a1-bfde-de1a781a4bdb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol><p>The post <a href="https://beshelea.com/protocole-djumbe-fumboni/">Réception et protocole au Djumɓe de Fumɓoni</a> appeared first on <a href="https://beshelea.com">Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</a>.</p>
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		<title>Une description de Fumɓoni au milieu du 19e siècle</title>
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					<comments>https://beshelea.com/description-fumboni-19e-siecle/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 26 Aug 2024 13:14:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Récits de voyages]]></category>
		<category><![CDATA[David Livingstone]]></category>
		<category><![CDATA[Désiré Charnay]]></category>
		<category><![CDATA[Djumɓe Fatima binti Abdurahmane]]></category>
		<category><![CDATA[Finos Finaz]]></category>
		<category><![CDATA[Fumɓoni]]></category>
		<category><![CDATA[Henry Rowley]]></category>
		<category><![CDATA[John Kirk]]></category>
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		<category><![CDATA[slider]]></category>
		<category><![CDATA[Sultanat]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Deux descriptions de Fumɓoni, avant les destructions de 1867, nous offrent un aperçu précieux de la ville à une époque charnière de son histoire. Ces récits la présentent comme un lieu à la fois stratégique et culturellement riche, malgré les défis politiques et naturels.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Au milieu du XIXe siècle, l&rsquo;île de Mwali est le théâtre de diverses influences étrangères et de bouleversements politiques. Parallèlement à ce monde en mutation, notre attention se porte sur la vie insulaire, en particulier sur son chef-lieu, Fumɓoni. En 1861, le missionnaire anglais Henry Rowley brosse un portrait de cette ville, alors sous le règne de la sultane Djumɓe Fatima binti Abdurahmane. Sa description minutieuse de cette cité portuaire, bien que modeste en taille, révèle un panorama où se côtoient forteresse militaire, palais royal et animation portuaire.</p>



<p>Trois ans plus tard, en 1864, l&rsquo;explorateur allemand Otto Kersten offre une perspective complémentaire, mettant en lumière son architecture pittoresque, ses jardins luxuriants et sa richesse naturelle, tout en fournissant un aperçu détaillé des conditions locales ainsi que des us et coutumes de ses habitants. Ces témoignages revêtent une importance capitale, car la ville fut grandement endommagée par les bombardements de la marine française en novembre 1867.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Un prélude signé Père Finos Finaz, missionnaire français :</h4>



<p><em>« Le 30 janvier 1860, Le Labourdonnais, commandé par le capitaine Desprez, jette l&rsquo;ancre devant Fumɓoni, capitale de Mwali. En face de nous se présente le fort, avec ses vingt et une embrasures, garnies presque toutes de canons, et surmonté, vers le milieu, d&rsquo;un mât de pavillon portant le drapeau arabe</em><sup data-fn="6724db97-90c0-45ec-bc79-fd8e84285a81" class="fn"><a id="6724db97-90c0-45ec-bc79-fd8e84285a81-link" href="#6724db97-90c0-45ec-bc79-fd8e84285a81">1</a></sup><em>. Le <a href="https://beshelea.com/protocole-djum%c9%93e-fum%c9%93oni/">palais est contigu au fort.</a> Une enceinte de murailles, trop étroite pour contenir les maisons de la ville, qui débordent de toute part à droite et à gauche, entoure Fumɓoni. La mosquée blanche, située au bord de la mer, paraît seule de quelque importance ; les autres habitations, à l&rsquo;exception du palais, ne sont pour la plupart que de simples cases malgaches en terre ou en joncs. L&rsquo;aspect de la campagne est riant et agréable à l&rsquo;œil. La montagne qui domine Fumɓoni se nomme Imerina. Ce nom lui fut donné par Ramanetaka</em><sup data-fn="828eb750-a7fa-4567-86b7-7105459ad377" class="fn"><a id="828eb750-a7fa-4567-86b7-7105459ad377-link" href="#828eb750-a7fa-4567-86b7-7105459ad377">2</a></sup><em> en souvenir de son pays natal. »</em></p>



<h3 class="wp-block-heading">La description faite par Henry Rowley :</h3>



<p>En avril 1861, le Révérend anglais Henry Rowley, accompagné de l&rsquo;évêque anglican Charles Mackenzie, de David Livingstone, son frère Charles et John Kirk, fit une escale à Mwali. Cherchant à se ravitailler, ils jetèrent l&rsquo;ancre le 2 avril dans un village au nord-ouest de l&rsquo;île, probablement Hoani. Cependant, le commerce ne pouvait s&rsquo;engager sans l&rsquo;aval de la sultane. Des émissaires furent donc dépêchés à la capitale pour signaler leur arrivée. Le lendemain, un émissaire de la sultane, Abdallah Ben Ali, se présenta à eux, annonçant que la reine souhaitait les rencontrer à Fumɓoni.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Extrait :</h5>



<p><em>« Le village était bien entretenu, propre et ordonné. Les habitants, composés d&rsquo;Arabes, de Malgaches et d&rsquo;Africains, n&rsquo;étaient pas si sales ; les enfants se montraient prévenants et intelligents. Des hommes étaient assis sous les arbres et récitaient le Coran, car ils étaient en pleine ferveur du Ramadan, période durant laquelle tous les bons musulmans jeûnent et prient du lever au coucher du soleil, mais festoient et pèchent du coucher au lever du soleil. Les bananes et autres fruits tentaient les palais dans toutes les directions, mais jusqu&rsquo;à ce que la reine autorise la vente, nous ne pouvions rien acheter. »</em></p>



<p>Le récit détaillé de Rowley dévoile un tableau vivant de Fumɓoni au milieu du 19e siècle. La ville est dominée par une forteresse armée de quarante canons, entourée d’un ensemble de constructions modestes : une mosquée, le palais royal, et environ trois à quatre cents maisons. Ce cadre urbain est vivifié par l’animation des boutres amarrés le long du rivage.</p>



<p>Le voyageur décrit avec minutie les lieux et les coutumes lors de sa visite au palais. L&rsquo;entrée se fait par un poste de garde où les sentinelles, armées de lances, assurent la sécurité. La salle du conseil, simple et blanchie à la chaux, est ornée d’armement ancien. Le moment le plus notable du récit est la rencontre avec la reine. En montée vers la chambre royale, les visiteurs découvrent une pièce décorée sobrement où trône la souveraine. Djumɓe Fatima binti Abdurahmane se présente dans une tenue somptueuse, une robe rouge et or agrémentée d&rsquo;un masque scintillant, tandis que son jeune fils, vêtu d&rsquo;un costume arabe, se tient à ses côtés.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Impression générale de Rowley</h4>



<p>« <em>Fumɓoni se composait d&rsquo;un fort équipé de quarante petits canons, du palais de la reine, d&rsquo;une mosquée et de 300 ou 400 maisons. Sa position était charmante. Plusieurs grands boutres étaient amarrés près du rivage, dont l&rsquo;un nous fut indiqué par Abdallah comme étant celui de la reine, mais dont nous apprîmes qu&rsquo;elle ne l&rsquo;utilisait jamais. Pourquoi le ferait-elle ? Une fois à Mwali, qui voudrait en partir [&#8230;] Nous dépassâmes le fort et aperçûmes un certain nombre d&rsquo;hommes armés de mousquets.</em></p>



<p><em>En entrant dans la cour du palais, nous trouvâmes un garde rangé, armé seulement de lances. On nous conduisit à la salle du conseil de cet État. C&rsquo;était une pièce longue et étroite, blanchie à la chaux, avec des bancs de chaque côté. Les murs étaient ornés d’armes à feu, de pistolets et de lances d’apparence ancienne. Au fond de cette salle étaient assis divers hommes à barbe grise, chapelets à la main, car, comme certains chrétiens, le musulman récite ses prières avec un chapelet. Quand nous entrâmes, ces hommes se levèrent et nous invitèrent à prendre place aux sièges d&rsquo;honneur. Les Makololo</em><sup data-fn="0060e325-1050-4506-94d9-4d56ffde8da1" class="fn"><a id="0060e325-1050-4506-94d9-4d56ffde8da1-link" href="#0060e325-1050-4506-94d9-4d56ffde8da1">3</a></sup><em> suivirent et, accroupis juste devant ces vénérables barbes grises, les examinèrent avec une curiosité intrépide.</em>»</p>



<h4 class="wp-block-heading">La rencontre avec la sultane</h4>



<p>« <em>Alors le personnage principal prit la parole gravement : « Comment allez-vous ? Quelles sont les nouvelles ? » Le Dr Livingstone exprima nos désirs et nos intentions, lui dit qui nous étions, où nous étions et où nous allions [&#8230;] Puis un homme peu vêtu nous annonça que la reine était prête à nous recevoir, et nous montâmes par des marches et par une trappe dans une grande chambre mal meublée, où nous fûmes en présence royale.</em></p>



<p><em>Au fond de la pièce, la plus éloignée de l’entrée, la reine était assise sur un beau tapis de Turquie. Elle était vêtue d&rsquo;une robe fluide rouge et or, et portait un masque scintillant de paillettes, qui cachait une partie de son visage tout en le laissant suffisamment découvert pour montrer qu&rsquo;elle était jeune et belle. À ses côtés, son fils</em><sup data-fn="f85a556e-196e-4218-9dd3-62cd6f05e951" class="fn"><a id="f85a556e-196e-4218-9dd3-62cd6f05e951-link" href="#f85a556e-196e-4218-9dd3-62cd6f05e951">4</a></sup><em>, un joli enfant d&rsquo;environ trois ans, vêtu d&rsquo;un costume arabe, se tenait. Des dames d&rsquo;honneur, vieilles et pas particulièrement soignées, mâchaient de la noix de bétel et crachaient abondamment par terre autour de leur royale maîtresse. La reine ne mâchait pas, mais elle exécutait ses fonctions royales avec grâce et dignité, nous invitant à nous asseoir avec respect.</em>»</p>



<h3 class="wp-block-heading">La description de Fumɓoni faite par Otto Kersten :</h3>



<p>Trois ans plus tard, en avril 1864, Otto Kersten, un explorateur allemand, accoste également à Mwali. Son périple avait débuté à Nosy-Be (Madagascar), et son objectif était d&rsquo;atteindre Fumɓoni et plus tard Itsandra Mdjini (Ngazidja). Cependant, la fortune du voyageur fut compromise par une mésaventure nocturne. Le 16 avril, alors que la nuit enveloppait l&rsquo;archipel de son obscurité, le capitaine du djahazi, un boutre typique de la région, manqua l&rsquo;entrée de Fumɓoni. L&rsquo;erreur de navigation les conduisit plus au nord-ouest de l&rsquo;île.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Débarquement à Hoani</h4>



<p>Dès le lendemain, se fiant à une brise plus favorable, ils débarquèrent au petit jour dans les modestes villages de Hoani et Mbatse. Dans l&rsquo;après-midi, ils reprirent la mer, espérant atteindre Fumɓoni sans encombre. Cependant, une fois en mer, les conditions ne sont pas favorables : le vent se fait capricieux et le courant, contraire. À la tombée de la nuit, la ville se dessine enfin à l&rsquo;horizon, mais la mer agitée empêche l&rsquo;approche du port. Le lendemain, le 18 avril, un responsable du port prend des mesures pour assurer leur arrivée en toute sécurité. Il dépêche une flottille de six à huit pirogues à balancier pour tracter le boutre jusqu’au port.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Extrait :</h5>



<p><em>« Deux petits villages, Hoani et Mbatse, se trouvent proches l&rsquo;un de l&rsquo;autre sur la plage. Les habitants semblaient n&rsquo;avoir jamais vu de mzungu³ ; ils me suivaient partout et observaient toutes mes actions avec étonnement. Ils m&rsquo;ont demandé d&rsquo;abattre quelques milans (Milvus parasiticus Daud.), des prédateurs de leurs poules, et dès que j&rsquo;ai fait descendre l&rsquo;un de ces voleurs d&rsquo;un arbre, des centaines de garçons et d&rsquo;oiseaux ont crié leur approbation. J&rsquo;ai également capturé quelques corbeaux à collier (Corvus seapulatus Daud., kunguru en swahili) comme proies ; ici, comme à Murunsanga, ils faisaient preuve d&rsquo;une extrême audace, alors qu&rsquo;à Nosy-Be, il était véritablement difficile de se retrouver à portée de tir d&rsquo;eux. Ensuite, j&rsquo;ai acheté un perroquet brun, dit noir, moyennant une somme d&rsquo;argent ; comme je l&rsquo;ai dit, ce perroquet, bien que muet, n&rsquo;est pas originaire de l&rsquo;île elle-même, mais vient de Madagascar. »</em></p>



<p>Dans son récit, Kersten se montre un observateur attentif, offrant une vue détaillée de la ville. Il évoque tout d&rsquo;abord l&rsquo;attrait pittoresque de Fumɓoni, dominée par un palais royal d&rsquo;une blancheur éclatante, flanqué d&rsquo;une mosquée en pierre. La ville, encerclée de cocotiers et de montagnes verdoyantes, présente une architecture singulière, mêlant cabanes traditionnelles et maisons à hauteurs variées. Les rues, larges et bien entretenues, contrastent avec d’autres villes côtières d’Afrique de l&rsquo;Est.</p>



<p>Les alentours de la ville sont marqués par des jardins luxuriants et des plantations diverses, comparables à celles de Zanzibar. Le sol volcanique est fertile, favorisant la culture du riz, du maïs et du coton, bien que ce dernier soit rarement transformé. La faune et la flore captent aussi l&rsquo;attention de Kersten, qui observe des oiseaux exotiques, une civette locale, des chauves-souris géantes et des oursins malgaches.</p>



<h4 class="wp-block-heading">Impression générale de Kersten</h4>



<p>« <em>Là se trouvait le Fumɓoni tant désiré avec son fond de palmiers et ses montagnes magnifiquement formées et parfumées : une longue maison blanche (le palais de la reine) avec de nombreuses embrasures, à droite de celle-ci une mosquée en pierre, et tout autour les indigènes, des cabanes, une image particulière, différente de tout ce que j&rsquo;ai vu lors de mes voyages jusqu&rsquo;à présent. La route étroite est fermée par des talus bas et est assez plate, nous avons donc dû nous éloigner [&#8230;] La ville de Fumɓoni comptait à elle seule plusieurs centaines de maisons, et il y en a en outre seize plus grandes dans d&rsquo;autres beaux villages de l&rsquo;île dont mon interprète m&rsquo;a donné les noms.</em>« </p>



<p>Durant son séjour, l&rsquo;Allemand rendait régulièrement visite à <a href="https://beshelea.com/said-hamadi-nasser-mwali/">Saïd Hamadi Mkadara</a>, époux de la sultane, dont il a d&rsquo;ailleurs réalisé un portrait. Il découvrit en lui un homme ouvert aux autres cultures. Lors de leurs entrevues, il n&rsquo;était pas rare que des artistes viennent jouer de la musique pour le prince consort. Cette musique évoquait pour Kertsen les mélodies qu&rsquo;il avait entendues à Zanzibar dans la cour du Sultan Saïd Majid, bien qu&rsquo;elle fût exécutée avec une maîtrise particulière à Mwali chez Mkadara. <em><em>«</em></em> <em>Pour ma part, Majid aime beaucoup son petit &lsquo;warde&rsquo; ; néanmoins, ses batteurs et ses joueurs de cornemuse étaient bien mieux entraînés que ceux que j&rsquo;ai entendus à Zanzibar. Ils jouaient plus fréquemment, plus longtemps et avec plus de variété.</em>»</p>



<h4 class="wp-block-heading">Aménagement de la ville</h4>



<p>« <em>Fumɓoni a également l&rsquo;air très conviviale lorsqu&rsquo;on se promène dans les rues, contrairement à d&rsquo;autres villes similaires, qui ont tendance à créer une impression désagréable. Les cabanes et les maisons, de conception similaire à celles de Nosy Be et de Zanzibar, sont en partie entourées de hautes clôtures grillagées, en partie par des haies vives ; les rues sont bien entretenues et assez larges. Certains quartiers de la ville de Zanzibar m&rsquo;ont rappelé les magasins avec leurs marchandises, tissus, peintures et médicaments.</em></p>



<p><em>Mais Fumɓoni a aussi ses particularités et ses « repères » : l&rsquo;un est un hangar au milieu de la ville où la viande des bœufs abattus est conservée jusqu&rsquo;à ce qu&rsquo;elle soit vendue aux navires de passage ; l&rsquo;autre est formé de gros blocs de lave, en certains endroits de la route, avec des trous lisses et ronds de six à huit pouces de profondeur, des mortiers dans lesquels des éclats de porcelaine sont écrasés à l&rsquo;aide d&rsquo;une pierre oblongue pour obtenir une poudre tranchante pour le tir.</em>»</p>



<h4 class="wp-block-heading">Paysage naturel et agriculture</h4>



<p>« <em>En dehors de la ville, on entre immédiatement dans de magnifiques jardins et plantations, dans des shamba</em><sup data-fn="36c77034-a7c3-4aec-961a-97aaa705ec29" class="fn"><a id="36c77034-a7c3-4aec-961a-97aaa705ec29-link" href="#36c77034-a7c3-4aec-961a-97aaa705ec29">5</a></sup><em>, qui ne sont en rien inférieurs à ceux de l&rsquo;île de Zanzibar en raison de l&rsquo;abondance de la végétation et de la variété de leurs produits. L&rsquo;ouest du sol volcanique est partout recouvert d&rsquo;une couche érosive épaisse et fertile, et même les nombreux sommets des montagnes qui s&rsquo;élèvent à plusieurs milliers de pieds sont recouverts d&rsquo;une couche verte, d&rsquo;herbe ou décorés de buissons et de forêts, et ce n&rsquo;est que dans quelques endroits escarpés que les zones nues sont visibles. Les plaines de l&rsquo;île et les vallées produisent beaucoup de riz et de mtama</em><sup data-fn="51ef2e1e-29f4-4114-a841-5151351ec0d2" class="fn"><a id="51ef2e1e-29f4-4114-a841-5151351ec0d2-link" href="#51ef2e1e-29f4-4114-a841-5151351ec0d2">6</a></sup><em> ; le coton pousse partout à l’état sauvage, mais il est rarement transformé.</em>»</p>



<h4 class="wp-block-heading">Faune locale et observations spécifiques</h4>



<p>« <em>Pendant les quelques jours de mon séjour, outre les oiseaux déjà mentionnés et quelques oiseaux de plage, j&rsquo;ai vu une espèce de civette</em><sup data-fn="943324a9-13f3-45e3-9871-e10297167aa4" class="fn"><a id="943324a9-13f3-45e3-9871-e10297167aa4-link" href="#943324a9-13f3-45e3-9871-e10297167aa4">7</a></sup><em>, le fungo des Swahilis, des chiens volants de taille extraordinaire (Pteropus Edwardsii Geoffr., chauve-souris, ici la Roussette d&rsquo;Edwards) et l&rsquo;oursin malgache ou Tanret. De plus, un grand bandicoot (Birgus latro F.)</em><sup data-fn="2b069239-c772-4ae8-97ff-36dec9cd2aa3" class="fn"><a id="2b069239-c772-4ae8-97ff-36dec9cd2aa3-link" href="#2b069239-c772-4ae8-97ff-36dec9cd2aa3">8</a></sup><em>, un animal armé d&rsquo;énormes griffes, a été amené chez moi ; un de mes hommes, qui s&rsquo;approchait négligemment avec sa main, fut saisi si fort qu&rsquo;il cria et ne put être libéré des terribles pinces que grâce aux efforts conjugués de deux de ses compagnons. Je ne vis pas d&rsquo;autres animaux, surtout des reptiles.</em>»</p>



<figure class="wp-block-image size-large"><img  alt="Un grand baobab à Mwali, 1862, une photographie de Désiré Charnay" class="wp-image-427 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2024/07/Baobab-a-Mwali-Desire-Charnay-691x1024.jpg"><figcaption class="wp-element-caption"><em>Un grand baobab à Mwali, 1862, une photographie de Désiré Charnay</em></figcaption></figure>



<h4 class="wp-block-heading">Population, langues locales et climat</h4>



<p>« <em>La majorité des habitants présentent clairement le type Angazija</em><sup data-fn="360c65c2-52d3-40cb-ac4b-7b64de395d19" class="fn"><a id="360c65c2-52d3-40cb-ac4b-7b64de395d19-link" href="#360c65c2-52d3-40cb-ac4b-7b64de395d19">9</a></sup><em>, que je connaissais de Zanzibar ; mais parmi eux, on trouve aussi de nombreux métis et immigrants venus de Madagascar et des côtes africaines. Ils parlent majoritairement à la fois l&rsquo;Angazija</em><sup data-fn="ce481cbf-987c-4c45-b4a8-d6bf96e9fbb1" class="fn"><a id="ce481cbf-987c-4c45-b4a8-d6bf96e9fbb1-link" href="#ce481cbf-987c-4c45-b4a8-d6bf96e9fbb1">10</a></sup><em>, le swahili et le malgache. De forte croissance et d&rsquo;apparence saine, ils ne révèlent pas qu&rsquo;ils habitent une île dont le climat est considéré comme l&rsquo;un des plus inhospitaliers de la côte africaine : on raconte que parfois les équipages de navires qui n&rsquo;ont fait qu&rsquo;un court séjour dans le port de Fumɓoni ont été presque complètement anéantis.</em></p>



<p><em>Il est possible, cependant, que les conditions locales de Mwali ne semblent pas si dangereuses aux indigènes, mais il est également possible que d&rsquo;autres causes, encore inexplorées, provoquent de telles hostilités. Maore et Nosy Be ne sont pas moins décriées en raison de leur climat meurtrier, et pourtant dans les années 1840, le capitaine Margotin du trois-mâts Bisson de Nantes et son équipage nombreux passèrent 115 jours à Maore et quarante-deux jours à Nosy Be, sans un seul cas de maladie grave.</em>»</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les caractéristiques uniques et le charme de Mwali</h3>



<p>Au-delà de la simple découverte de Fumɓoni, l&rsquo;île de Mwali dévoile un charme incontestable qui a su captiver le cœur de nombreux visiteurs, tel que le Français Désiré Charnay. En 1863, un an avant le passage de Kertsen, Charnay n&rsquo;a pu cacher son admiration pour cette île, malgré une certaine condescendance perceptible dans son récit. Il la décrit comme <em>« la plus belle des Comores »</em>. Ses descriptions dessinent une île luxuriante et harmonieuse, où la nature semble avoir déployé ses trésors les plus précieux. En exaltant les majestueux baobabs, les riants ombrages des petits chemins et les ruisseaux cascadant des collines, dévoile une terre où la nature s&rsquo;exprime avec une beauté saisissante.</p>



<p>L&rsquo;île de Djumɓe Fatima ne se contente pas de séduire par son paysage ; elle suscite un désir profond de quiétude et de retraite. <em>« Mwali est une île où l&rsquo;on aimerait vivre dans la paix et le silence, loin des hommes, entouré de cette nature merveilleuse »</em>, confie-t-il. Ce tableau idyllique d&rsquo;un lieu propice à la tranquillité et à la contemplation s&rsquo;achève sur une note mélancolique, alors que Charnay exprime son regret de quitter cette oasis de sérénité. <em>« Je la quittai non sans regret »</em>, écrit-il, laissant entrevoir combien cette île l&rsquo;avait profondément marqué par sa beauté et sa quiétude.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Extrait :</h5>



<p>« <em>L&rsquo;île de Mwali m’a semblé la plus belle des Comores ; c’est la plus petite mais la plus verdoyante ; d’innombrables plantations de cocotiers lui donnent l’aspect gracieux des terres tropicales ; d’immenses baobabs y élèvent leurs troncs majestueux semblables à des pyramides ; de petits chemins sillonnent l’île, tout couverts de riants ombrages, et des ruisseaux se précipitant en cascade du haut des collines, prodiguent à ce coin de terre enchanteur une eau limpide, une fraîcheur précieuse en ces climats brûlants, et des bains naturels où nous nous plongeâmes avec délices.</em></p>



<p><em>Mwali est une île où l’on aimerait vivre dans la paix et dans le silence, loin des hommes, entouré de cette nature merveilleuse, environné de l’océan vermeil qui en fait une oasis dans sa vaste solitude. Je la quittai non sans regret ; nous devions toucher à Maore, revoir Nosy-be, Sainte-Marie, Tamatave, ce qui nous demandait encore douze jours de navigation, avant d’arriver à Saint-Denis de la Réunion, notre dernière étape.</em>»</p>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>The Story of the Universities&rsquo; Mission to Central Africa, Henry Rowley (1866)</li>



<li>Baron Carl Claus von der Decken&rsquo;s » Reisen in Ost-Afrika in den Jahren 1859 bis 1865, Carl Claus von der Decken (1870)</li>



<li>Histoire de Madagascar: ses habitants et ses missionnaires, Volume&nbsp;1, Camille de La Vaissière (1884)</li>



<li>Madagascar à vol d&rsquo;oiseau, Désiré&nbsp;Charnay (1864)</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="6724db97-90c0-45ec-bc79-fd8e84285a81"><em>Le pavillon de Mwali, mais l&rsquo;utilisation du mot « arabe » porte à confusion. Celui-ci pourrait aussi désigner le pavillon de Zanzibar qui aurait été hissé par l&rsquo;Arabo-Zanzibari Saïd Hamadi Mkadara, mari de la sultane.</em> <a href="#6724db97-90c0-45ec-bc79-fd8e84285a81-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="828eb750-a7fa-4567-86b7-7105459ad377"><em>Père de la Sultane Djumɓe Fatima, malgache originaire d&rsquo;Imerina et cousin de Radama 1er, ancien roi de Madagascar. Il s&rsquo;est converti à l&rsquo;islam une fois à Mwali et prend le nom d&rsquo;Abdurahmane.</em> <a href="#828eb750-a7fa-4567-86b7-7105459ad377-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="0060e325-1050-4506-94d9-4d56ffde8da1"><em>Une population d&rsquo;Afrique australe dont certains ont accompagné David Livingstone durant ses explorations</em>. <a href="#0060e325-1050-4506-94d9-4d56ffde8da1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="f85a556e-196e-4218-9dd3-62cd6f05e951"><em>Muhammad bin Saïd Hamadi.</em> <a href="#f85a556e-196e-4218-9dd3-62cd6f05e951-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="36c77034-a7c3-4aec-961a-97aaa705ec29"><em>Champ en swahili et en shikomori</em>. <a href="#36c77034-a7c3-4aec-961a-97aaa705ec29-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="51ef2e1e-29f4-4114-a841-5151351ec0d2"><em>Maïs en swahili, trama en shikomori.</em> <a href="#51ef2e1e-29f4-4114-a841-5151351ec0d2-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="943324a9-13f3-45e3-9871-e10297167aa4"><em>Ngava en shikomori.</em> <a href="#943324a9-13f3-45e3-9871-e10297167aa4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2b069239-c772-4ae8-97ff-36dec9cd2aa3"><em>Crabe de cocotier</em>. <a href="#2b069239-c772-4ae8-97ff-36dec9cd2aa3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="360c65c2-52d3-40cb-ac4b-7b64de395d19"><em>Pour dire comorien. C&rsquo;est avec ce terme que l&rsquo;on désignait les Comoriens à Zanzibar à cette époque en raison de la présence de nombreux originaires de Ngazidja.</em> <a href="#360c65c2-52d3-40cb-ac4b-7b64de395d19-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="ce481cbf-987c-4c45-b4a8-d6bf96e9fbb1"><em>Le Shikomori, il s&rsquo;agit ici du dialecte ShiMwali</em>. <a href="#ce481cbf-987c-4c45-b4a8-d6bf96e9fbb1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol><p>The post <a href="https://beshelea.com/description-fumboni-19e-siecle/">Une description de Fumɓoni au milieu du 19e siècle</a> appeared first on <a href="https://beshelea.com">Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</a>.</p>
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