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	<title>Omar Abubakari Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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	<title>Omar Abubakari Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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		<title>Colonisation française : Prise de possession de Maore, juin 1843</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 02 Apr 2026 11:23:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Colonisation]]></category>
		<category><![CDATA[Des notes et des lettres]]></category>
		<category><![CDATA[Andriantsuli]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
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		<category><![CDATA[Saïd Omar wa Saïd Hasan]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Contexte : À la suite du traité controversé du 25 avril 1841 relatif à la cession de Maore, la France ne procéda pas immédiatement à la prise de possession de l’île. Il fallut attendre près de deux années pour qu’un officier, en l’occurrence Pierre Passot — signataire et principal négociateur dudit traité — soit effectivement [&#8230;]</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><strong>Contexte :</strong> À la suite du traité controversé du 25 avril 1841 relatif à la <a href="https://beshelea.com/colonisation-traite-25-avril-1841/">cession de Maore</a>, la France ne procéda pas immédiatement à la prise de possession de l’île. Il fallut attendre près de deux années pour qu’un officier, en l’occurrence Pierre Passot — signataire et principal négociateur dudit traité — soit effectivement dépêché sur place. Ce délai traduit les hésitations des autorités françaises, soucieuses de ne pas provoquer de réaction hostile de la Grande-Bretagne<sup data-fn="0c00c276-5b55-4c97-a94f-0d70b6e36cd7" class="fn"><a href="#0c00c276-5b55-4c97-a94f-0d70b6e36cd7" id="0c00c276-5b55-4c97-a94f-0d70b6e36cd7-link">1</a></sup>, alors très influente dans l’archipel, ni du sultanat de Zanzibar, qui considérait cette zone comme relevant de sa sphère d’influence.</p>



<p>À cette prudence diplomatique s’ajoutait une difficulté majeure : la contestation formelle de la cession par Ndzuani. En effet, au-delà de la suzeraineté ancienne, quoique intermittente, exercée par les sultans anjouanais sur Maore, un traité conclu le 19 novembre 1835<sup data-fn="d9a3a986-a046-4b92-a596-6c743abe0f37" class="fn"><a href="#d9a3a986-a046-4b92-a596-6c743abe0f37" id="d9a3a986-a046-4b92-a596-6c743abe0f37-link">2</a></sup> avait entériné la cession de l’île au sultanat de Ndzuani, après que le sultan Abdallah bin Alawi (Abdallah II, mort en 1836) eut libéré cette dernière du joug de Ramanetaka. En droit comme en pratique, une telle situation rendait toute nouvelle cession invalide sans l’assentiment préalable de Ndzuani.</p>



<p>Consciente de cet obstacle, la France adopta, après 1841, une stratégie en deux temps. Elle chercha d’abord à fragiliser le pouvoir du sultan Salim bin Alawi (Salim II), issu d’un contexte de rivalités internes, en alimentant la rumeur d’un retour du prince Saïd Hamza<sup data-fn="5a9d5ed0-ae7f-4a34-a70b-f3192539d1f4" class="fn"><a href="#5a9d5ed0-ae7f-4a34-a70b-f3192539d1f4" id="5a9d5ed0-ae7f-4a34-a70b-f3192539d1f4-link">3</a></sup>, partisan du souverain déchu Alawi bin Abdallah (Alawi Mtiti, mort en 1842). Dans un second temps, elle s’appuya sur le prince Saïd Omar bin Hasan<sup data-fn="a0ff5937-85b0-4a4e-84ef-30d7eef8130d" class="fn"><a href="#a0ff5937-85b0-4a4e-84ef-30d7eef8130d" id="a0ff5937-85b0-4a4e-84ef-30d7eef8130d-link">4</a></sup>, notable anjouanais, francophile convaincu acquis à sa cause et installé à Maore, pour exercer une pression politique directe sur le sultan Salim. L’objectif était d’obtenir de ce dernier une renonciation écrite à ses prétentions sur l’île, accompagnée de la reconnaissance du traité du 25 avril 1841. Cette manœuvre aboutit le 19 septembre 1843, lorsque le sultan finit par céder aux exigences françaises.</p>



<p>Le discours ci-après a été prononcé lors de la prise de possession, le 16 djumad al-awal 1259, au lieu-dit Pangahari, sur l’îlot de Ndzaudze, en présence de l’ex-« sultan » Andriantsuli bin Uza, des cadis et notables de l’île, d’Auguste-Léopold Protet, commandant de la gabare <em>La Lionne</em>, des officiers de ce bâtiment, ainsi que de deux détachements d’infanterie et d’artillerie destinés à tenir garnison sur l’île.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Proclamation du commandant Passot, premier commandant particulier de Maore.</h3>



<p class="has-text-align-right"><em>Ndzaudze, 13 juin 1843</em></p>



<p>« Habitants de Maore,</p>



<p>Le haut et puissant monarque qui règne sur des millions de sujets tant musulmans que chrétiens, dont les possessions s&rsquo;étendent du levant au couchant et les navires sillonnent toutes les mers, Louis-Philippe Ier, Roi des Français, a bien voulu accepter l&rsquo;offre que vous lui avez faite de la cession en toute propriété de la souveraineté de l&rsquo;île Maore, et son représentant à Bourbon<sup data-fn="83581102-da22-42c3-859e-5a8f5fb74622" class="fn"><a href="#83581102-da22-42c3-859e-5a8f5fb74622" id="83581102-da22-42c3-859e-5a8f5fb74622-link">5</a></sup> m&rsquo;a envoyé vers vous pour vous commander et vous protéger de vos ennemis.</p>



<p>Habitants de Maore, le règne du roi des Français est le règne de la justice et de l&rsquo;équité, les peuples qu&rsquo;il gouverne, aussi nombreux que les étoiles du ciel, bénissent chaque jour son nom et prie Dieu et le grand Muhammad de prolonger la vie qui leur est si chère. Mayottais, depuis près d&rsquo;un siècle la guerre règne dans votre île, elle a diminué la population et détruit jusqu&rsquo;aux traces de cultures et fait disparaître vos villes qui ne sont plus que des monceaux de ruines.</p>



<p>Vos sultans tour à tour élus et décapités<sup data-fn="9917668f-59c2-4bdf-be21-95e8712965e0" class="fn"><a href="#9917668f-59c2-4bdf-be21-95e8712965e0" id="9917668f-59c2-4bdf-be21-95e8712965e0-link">6</a></sup> n&rsquo;ont usé de leur autorité passagère que pour vous enlever vos biens et souvent pour attenter à votre vie, mais le règne de la terreur est passé. Vous ne serez plus gouvernés par le caprice mais seulement par les lois : votre port, libre de tout droit, et pour toutes les nations, va bientôt se couvrir de navires qui vous apporteront les produits des diverses contrées de la terre en échange de ceux de votre île<sup data-fn="65a66a74-03eb-44b9-b492-86ab5468b9a0" class="fn"><a href="#65a66a74-03eb-44b9-b492-86ab5468b9a0" id="65a66a74-03eb-44b9-b492-86ab5468b9a0-link">7</a></sup> ; l&rsquo;abondance et la richesse vont succéder à la misère et aux privations que vous avez endurées.</p>



<p>Habitants de Maore, rendez-vous à vos mosquées et remerciez Dieu et son prophète de cet heureux changement et par votre conduite envers celui qui est appelé à vous commander, rendez-vous dignes d&rsquo;un aussi grand bienfait.</p>



<p>Le commandant particulier. »</p>



<p class="has-text-align-right"><strong>Signé : PIERRE PASSOT</strong></p>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>Archives nationales d&rsquo;outre-mer, Aix-en-Provence</li>



<li>Histoire des îles Ha’Ngazidja, Hi’Ndzou’ani, Maïota et Mwali, <em>présentation critique des manuscrits arabe et swahili émanant du Grand Qadi de Ndzaoudzé</em>, Oumar Aboubakari Housséni (1865), <em>Djahazi Edition (1997)</em>.</li>



<li>Chroniques mahoraises, <em>Jean-François Gourlet (2003)</em></li>



<li>Comores : quatre îles entre pirates et planteurs, Tome 1 – Razzias, malgaches et rivalités internationales (fin XVIIIe-1875), <em>Jean Martin (1983)</em></li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="0c00c276-5b55-4c97-a94f-0d70b6e36cd7"><em>Une instruction française datée du 16 février 1843 précisait, par exemple, que dans l’hypothèse où les Anglais viendraient à s’installer à Maore entre la ratification du traité de cession — intervenue le 10 février 1843 sous Louis-Philippe — et la prise de possession effective de l’île, la France invoquerait l’antériorité de ses droits, fondés sur le traité du 25 avril 1841. Toutefois, dans le cas où les autorités britanniques se montreraient inflexibles, il conviendrait alors de se retirer en évitant tout incident, non sans avoir, au préalable, formulé une protestation officielle.</em> <a href="#0c00c276-5b55-4c97-a94f-0d70b6e36cd7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d9a3a986-a046-4b92-a596-6c743abe0f37"><em>Bien que ce traité ait bel et bien existé, son original a disparu dans les flammes lors d’incendies survenus au cours de conflits intra-mahorais, lorsque le rebelle Andrianavi attaqua Ndzaudze. Un autre exemplaire original était conservé à Ndzuani, mais il disparut à son tour après l’exil du sultan Alawi en 1840.</em> <em>Il fut réécrit en 1843 à la demande de Passot, lequel enjoignit au cadi Omar Abubakar de préciser que la souveraineté de l’île de Maore avait été cédée au sultan Abdallah bin Salim, puis à son fils Alawi, et qu’à leur mort, l’île reviendrait automatiquement à ses habitants. Selon le cadi Omar Abubakar, Passot déclara : « J’en ai besoin pour le faire porter à Ndzuani, afin que le sultan Salim y appose sa signature. » Il convient de souligner que cette réécriture, ne comportant pas de date, intervint plusieurs années après la mort d’Abdallah, et peu de temps après celle d’Alawi Mtiti. Du côté anjouanais, le traité n’avait jamais mentionné de durée et ne faisait pas davantage référence aux dispositions à prendre après la mort desdits souverains. Le capitaine anglais John Marshall, envoyé en mission à Mtsamdu, écrivait ainsi, le 30 décembre 1843, que « les notables de Ndzuani ont affirmé solennellement que le traité original n’indiquait aucune limite à la domination des rois de Ndzuani sur Maore ».</em> <a href="#d9a3a986-a046-4b92-a596-6c743abe0f37-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="5a9d5ed0-ae7f-4a34-a70b-f3192539d1f4"><em>Par exemple, Charles Léon Joseph Bazoche, gouverneur de Bourbon, écrit à Pierre Passot, le 27 mai 1843 : « Vous ferez comprendre au sultan de Ndzuani que, dans la position précaire où il se trouve, son intérêt est de rechercher notre alliance, afin que nous ne prenions pas en main la cause de son compétiteur. »</em> <a href="#5a9d5ed0-ae7f-4a34-a70b-f3192539d1f4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="a0ff5937-85b0-4a4e-84ef-30d7eef8130d"><em>Saïd Omar bin Hasan arriva à Ndzuani, accompagné de Favin-Lévêque, commandant du Heroine, et se présenta à Salim II, qui refusa de signer un document qu’il jugeait non authentique. Dans sa chronique de 1875, Saïd Omar rapporte que Salim lui avait rappelé : « Andriantsuli n’était que gouverneur de Maore et ne pouvait, à ce titre, céder une île qui ne lui appartenait pas. Cette île appartenait légitimement, par droit de conquête et par donation, à la couronne de Ndzuani ; ainsi Abdallah, sultan de Ndzuani, et ses successeurs étaient maîtres de Maore. Ni Andriantsuli, ni Ramanetaka, ni Ɓwana Kombo n’avaient donc le moindre droit sur cette île […]. Et si, à la mort d’Abdallah et d’Alawi, Maore devait devenir libre et indépendante de la couronne de Ndzuani, pourquoi monsieur Bazoche attachait-il tant de prix à ma signature ? »</em> <a href="#a0ff5937-85b0-4a4e-84ef-30d7eef8130d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="83581102-da22-42c3-859e-5a8f5fb74622"><em>Il s&rsquo;agit de Mathieu de Hell.</em> <a href="#83581102-da22-42c3-859e-5a8f5fb74622-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9917668f-59c2-4bdf-be21-95e8712965e0"><em>Peut-être fait-il référence à l’assassinat du sultan <em>Ɓ</em>wana Kombo bin Hadj par des pirates malgaches en 1787, ainsi qu’aux régicides survenus au sein des familles royales mahoraises, qui conduisirent aux meurtres des sultans Salim bin <em>Ɓ</em>wana bin Klasmel et Swalih bin Muhammad en 1817, puis à celui du sultan Mawana Ahamadi en 1829, et enfin à l’exécution du sultan <em>Ɓ</em>wana Kombo bin Ahamadi, en 1836, dans la prison de Fumɓoni (Mwali), sur ordre du sultan Abderhaman (Ramanetaka).</em> <a href="#9917668f-59c2-4bdf-be21-95e8712965e0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="65a66a74-03eb-44b9-b492-86ab5468b9a0"><em>L&rsquo;objectif de la France était tout d&rsquo;abord de faire de Maore une colonie agricole, une sorte de « colonie modèle » et un « centre économique florissant » au bénéfice de l’Empire et des planteurs. Un objectif au final qui ne sera pas atteint.</em> <a href="#65a66a74-03eb-44b9-b492-86ab5468b9a0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Colonisation française des Comores : Traité du 25 avril 1841</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 13 Mar 2026 14:15:27 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Colonisation]]></category>
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		<category><![CDATA[Sultanat]]></category>
		<category><![CDATA[Traité]]></category>
		<category><![CDATA[Vincent Noël]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article s’inscrit dans une série à travers laquelle Ɓeshelea s’est fixé pour objectif de publier l’intégralité des traités et actes relatifs à la colonisation française de l’archipel des Comores.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Dans l’histoire de l’archipel des Comores, la parenthèse de la colonisation française demeure, jusqu’à aujourd’hui, un sujet de débats et de controverses. Ces discussions portent aussi bien sur l’interprétation, à l’européenne, de la notion d’« État-nation » que sur la lecture et l’analyse de certains documents historiques. C’est précisément sur ce dernier aspect que nous nous penchons ici, puisque la colonisation française aux Comores débute officiellement le 25 avril 1841, à la suite d’une controverse liée au traité de cession de l’île de Maore.</p>



<p><em>Par Kori Tari avec Rabouba Jr al Shahashahani</em>.</p>



<p>Ce document, dont il existe plusieurs versions, contient des informations qui ne concordent pas toujours. L’interprétation des événements ayant conduit à cette cession ne fait, encore aujourd’hui, l’unanimité, tant l’histoire se révèle plus complexe qu’il n’y paraît. Ainsi, selon Cadi Omar Abubakar<sup data-fn="9cc05d3e-5d67-46b7-9b18-f721a8fa4c97" class="fn"><a href="#9cc05d3e-5d67-46b7-9b18-f721a8fa4c97" id="9cc05d3e-5d67-46b7-9b18-f721a8fa4c97-link">1</a></sup>, cette cession aurait été envisagée dans le but de protéger sa famille et l’île de Maore d’un coup de force préparé par Andriantsuli, lequel cherchait à s’emparer de l’île. Pour parvenir à ses fins, il lui aurait fallu éliminer toute la famille royale qui lui était opposée.</p>



<p>Le statut même de « sultan » au moment de la signature du traité demeure discutable. Nous y reviendrons plus loin, mais il convient de souligner qu&rsquo;Andriantsuli reconnaît lui-même, dans un échange avec le Français Vincent Noël, que, s’agissant du sultan de Ndzuani, « il ne se considérait que comme son lieutenant et ne pouvait disposer de l’île sans un ordre exprès de ce prince ». À cela s’ajoutent les intrigues des ministres Fiunzuna et Nahiku<sup data-fn="51987270-0dec-4aab-8c06-d79b5d5a8b5d" class="fn"><a href="#51987270-0dec-4aab-8c06-d79b5d5a8b5d" id="51987270-0dec-4aab-8c06-d79b5d5a8b5d-link">2</a></sup>, ainsi que la position particulière de Cadi Omar depuis le traité de cession de l’île de 1835 au sultan de Ndzuani. Autant d’éléments qui rendent la situation bien plus complexe que la présentation souvent réductrice proposée sur certains plateaux de télévision ou dans certaines revues de presse, lesquelles s’appuient sur une lecture strictement française des faits.</p>



<p>Pour comprendre le fait colonial, il ne suffit pas de se limiter à la version officielle produite par la puissance occupante, d’autant plus lorsque les documents concernés ont été rédigés dans des langues différentes. C’est le cas de la cession de Maore : le document original fut rédigé en arabe par Cadi Omar Abubakar avant d’être traduit en français. Or cette traduction, établie par l’agent consulaire de France à Zanzibar, Vincent Noël, qui accompagnait Pierre Passot, pose plusieurs problèmes. C’est pourquoi nous avons choisi, dans cet article, de présenter les deux versions du texte, d’y adjoindre une traduction française récente du document original, d’en dégager les différences et d’apporter quelques précisions nécessaires.</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-1 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img width="491" height="652" data-id="1120"  alt="Version originale en arabe du Traité du 25 avril 1841" class="wp-image-1120 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-1.jpg" srcset="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-1.jpg 491w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-1-226x300.jpg 226w" sizes="(max-width: 491px) 100vw, 491px" /><figcaption class="wp-element-caption">Version originale en arabe du Traité du 25 avril 1841</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img width="768" height="1024" data-id="1119"  alt="Version originale en arabe du Traité du 25 avril 1841 (suite)" class="wp-image-1119 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-2-768x1024.jpg" srcset="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-2-768x1024.jpg 768w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-2-225x300.jpg 225w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-2-1152x1536.jpg 1152w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-2.jpg 1200w" sizes="(max-width: 768px) 100vw, 768px" /><figcaption class="wp-element-caption">Version originale du Traité du 25 avril 1841 (suite)</figcaption></figure>
</figure>



<h3 class="wp-block-heading">Traité du 25 avril 1841 &#8211; Version traduite par Vincent Noël en 1841</h3>



<p>«&nbsp;Au nom du Dieu clément et miséricordieux. C’est en Lui que nous mettons notre confiance.</p>



<p>Le traité suivant, négocié par le capitaine Passot, envoyé de M. de Hell, contre-amiral gouverneur de Bourbon, a été conclu entre S.A. Andriantsuli, fils d’Uza, ancien roi des Sakalaves, aujourd’hui sultan de Maore, et le gouvernement français, sauf l’approbation de Sa Majesté Louis-Philippe Ier, roi des Français, ou de son représentant, le gouverneur de Bourbon.</p>



<p><strong>Article 1 :</strong> Le sultan Andriantsuli cède à la France, en toute propriété, l’île de Maore, qu’il possède par droit de conquête et par convention, et sur laquelle il règne depuis treize ans.</p>



<p><strong>Article 2 :</strong> En retour de la présente cession, le gouvernement français fera au sultan Andriantsuli une rente viagère de mille piastres. Cette rente, qui sera payée par trimestre, ne sera pas réversible sur les enfants du sultan Andriantsuli mais deux de ses fils pourront être envoyés à Bourbon pour y être élevés aux frais du gouvernement français.</p>



<p><strong>Article 3 :</strong> Le sultan Andriantsuli pourra continuer à habiter Maore ; il conservera la jouissance de toutes ses propriétés particulières, mais il ne devra en aucune manière s’opposer aux ordres donnés par le représentant à Maore du roi des Français. Il devra, au contraire, faire tout ce qui dépendra de lui pour en assurer l’exécution.</p>



<p><strong>Article 4 :</strong> Si le sultan Andriantsuli voulait retourner à Madagascar, le gouvernement français s’engage à le déposer, lui et ceux de ses gens qui désireraient le suivre, sur le point qu’il désignera, sans autre condition. Mais alors, la pension de mille piastres qui lui est allouée cesserait à dater du jour de son départ de Maore.</p>



<p><strong>Article 5 :</strong> Toutes les propriétés sont inviolables. Ainsi, les terres cultivées, soit par les Sakalaves, soit par les autres habitants de l’île Maore, continuent à leur appartenir. Cependant, si pour la sûreté et la défense de l’île, il était nécessaire d’occuper un terrain habité par un individu quelconque, celui-ci devrait aller s’établir dans une autre partie de l’île, à son choix, mais sans être en droit d’exiger une indemnité.</p>



<p><strong>Article 6 :</strong> Les terres non reconnues propriétés particulières appartiennent de droit au gouvernement français, qui seul pourra en disposer.</p>



<p><strong>Article 7 :</strong> Les discussions, disputes ou différends quelconques qui s’élèveraient entre les Français et les anciens habitants de Maore seront jugés par des hommes sages et éclairés, choisis dans les deux populations et désignés par Sa Majesté le Roi des Français ou par son représentant à Maore.</p>



<p><strong>Article 8 :</strong> En considération des liens de parenté et d’amitié qui unissent le sultan Andriantsuli au sultan Alawi<sup data-fn="7de22a74-593e-4735-80bc-299dd52d70ac" class="fn"><a href="#7de22a74-593e-4735-80bc-299dd52d70ac" id="7de22a74-593e-4735-80bc-299dd52d70ac-link">3</a></sup>, si ce dernier veut résider à Bourbon, Maore ou Nosy Be, il sera traité de la manière la plus favorable par tout commandant pour le roi des Français.</p>



<p><strong>Article 9 :</strong> Le présent acte, rédigé en français et en arabe, a été fait en triple exécution dans chacune des deux langues. Il recevra son exécution lorsqu’il aura été sanctionné par Sa Majesté le Roi des Français ou par son représentant le gouverneur de Bourbon, et à dater du jour où le pavillon national de la France sera arboré sur un point quelconque de Maore.</p>



<p>Fait à Maore, le dimanche deuxième du mois de Rabi-el-Awal, 1257 de l’hégire, date correspondante au 25 avril 1841.</p>



<p><strong>Signataires [selon une des versions]:</strong><br>Passot — Andriantsuli, Fiunzuna [vizir] — Bakari Kusu [vizir] — Madani Tauria [vizir] — Nahiku [vizir] — Anaha [vizir] — Saïd bin Athuman [vizir] — Omar bin Masulaha [vizir] — Fuadi Ahmadi bin Athuman [Cadi]. »</p>



<figure class="wp-block-gallery has-nested-images columns-default is-cropped wp-block-gallery-2 is-layout-flex wp-block-gallery-is-layout-flex">
<figure class="wp-block-image size-large"><img width="713" height="1024" data-id="1125"  alt="Un exemplaire de la version française du Traité du 25 avril 1841, traduite par Vincent Noël, avec l’ajout post-édition des signatures comoriennes figurant dans la version arabe. (1)" class="wp-image-1125 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-3-713x1024.jpg" srcset="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-3-713x1024.jpg 713w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-3-209x300.jpg 209w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-3-768x1104.jpg 768w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-3-1069x1536.jpg 1069w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-3.jpg 1425w" sizes="(max-width: 713px) 100vw, 713px" /><figcaption class="wp-element-caption">Un exemplaire de la version française du Traité du 25 avril 1841, traduite par Vincent Noël, avec l’ajout post-édition des signatures comoriennes figurant dans la version arabe.</figcaption></figure>



<figure class="wp-block-image size-large"><img width="1024" height="763" data-id="1126"  alt="Un exemplaire de la version française du Traité du 25 avril 1841, traduite par Vincent Noël, avec l’ajout post-édition des signatures comoriennes figurant dans la version arabe. (2)" class="wp-image-1126 lws-optimize-lazyload"/ data-src="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-4-1024x763.jpg" srcset="https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-4-1024x763.jpg 1024w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-4-300x223.jpg 300w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-4-768x572.jpg 768w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-4-1536x1144.jpg 1536w, https://beshelea.com/wp-content/uploads/2025/12/Traite-du-25-avril-1841-4.jpg 2048w" sizes="(max-width: 1024px) 100vw, 1024px" /><figcaption class="wp-element-caption">Un exemplaire de la version française du Traité du 25 avril 1841, traduite par Vincent Noël, avec l’ajout post-édition des signatures comoriennes figurant dans la version arabe. (suite)</figcaption></figure>
</figure>



<h3 class="wp-block-heading">Traité du 25 avril 1841 &#8211; Version traduite par Zaïneb Ben Abdelhafidh en 2025</h3>



<p>« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux. Et c’est par Lui que nous cherchons assistance. Voici ce qui a été convenu entre Son Excellence le Sultan Andriantsuli, Sultan de Maore, fils du Sultan Uza, Sultan des Sakalaves, ainsi que le capitaine Passot, chambellan du gouverneur de Bourbon et émissaire auprès du Sultan susmentionné, sous réserve d’accord de Sa Majesté le roi Louis-Philippe Iᵉʳ, Souverain des Français, et par son représentant à Bourbon, Son Altesse Mathieu de Hell.</p>



<p><strong>Première condition</strong> : Son Excellence le Sultan Andriantsuli, Sultan de Maore, cède entièrement et sans restriction l’île mentionnée à Sa Majesté, Souverain des Français.</p>



<p><strong>Seconde condition</strong> : Sa Majesté, Souverain des Français, versera à Son Excellence le Sultan Andriantsuli, comme rétribution pour lui avoir cédé l’île, une rente viagère de mille piastres, tant que le Sultan Andriantsuli résidera sur l’île de Maore et, si Son Excellence vient à décider, ses enfants ne pourront prétendre à ce qui appartient à leur père. Toutefois, Son Excellence le Sultan Andriantsuli est en droit d’envoyer deux de ses enfants à Bourbon, auquel cas leur éducation sera financièrement prise en charge par le Souverain suprême (français).</p>



<p><strong>Troisième condition</strong> : Tant que Son Excellence le Sultan Andriantsuli demeure à Maore, aucune de ses possessions ne lui sera confisquée, à condition qu’il n’aille pas à l’encontre des ordres de Son Altesse le Souverain des Français ou de son représentant nommé par lui. Au contraire, si le représentant de Son Altesse le Souverain des Français requiert quelque chose, Son Excellence le Sultan Andriantsuli devra lui apporter toute l’assistance nécessaire.</p>



<p><strong>Quatrième condition</strong> : Les Français doivent garantir au Sultan Andriantsuli et à son entourage de se rendre dans tout lieu de la région où il souhaiterait voyager. Toutefois, à partir du moment où il quittera Maore, le versement des mille piastres mentionnées cessera.</p>



<p><strong>Cinquième condition</strong> : Tous les biens des Sakalaves et des autres peuples de Maore resteront sous leur contrôle absolu. Cependant, si un habitant réside dans un endroit qui se trouve être un lieu nécessaire à la protection de l’île, celui-ci pourra être relogé dans un autre lieu de son choix, sauf si ce lieu appartient à un propriétaire, auquel cas son installation nécessitera l’accord de ce dernier.</p>



<p><strong>Sixième condition</strong> : Toute terre n’appartenant à personne par droit de propriété et n’ayant pas été cultivée appartient au Souverain suprême (français), et le représentant de Son Altesse pourra en disposer à sa guise.</p>



<p><strong>Septième condition</strong> : En cas de litige entre un Mahorais et un Français, leur jugement sera rendu par un représentant des Français et un représentant des populations de l’île, choisis parmi les personnes les plus sages et instruites par Son Altesse le Souverain des Français ou son représentant.</p>



<p><strong>Huitième condition</strong> : Si le Sultan Alawi souhaite résider à Bourbon ou à Nosy Be et Maore, il pourra, si Allah le veut, y séjourner auprès de ceux qui servent Sa Majesté le Souverain des Français, et il y sera traité avec bienveillance, honneur et une grande considération. Cela est ordonné par le Souverain suprême (français), en raison des liens de parenté entre le Sultan Andriantsuli et Alawi, et de l’amitié qui s’est établie entre eux.</p>



<p>Ce document a été rédigé en trois exemplaires, et son contenu prendra effet dès qu’il sera validé par Sa Majesté le roi Louis-Philippe Iᵉʳ, Souverain des Français, ou par son représentant à Bourbon.</p>



<p>Il a été déposé en un lieu désigné de l’île de Maore, sous le pavillon français, le dimanche 2 Rabīʿ al-Awwal 1257 de l’Hégire. »</p>



<p><strong>Signataires :</strong><br>Passot — Ont signé Fiunzuna [vizir] — Bakari Kusu [vizir] — Madani Tauria [vizir] — Nahiku [vizir] — Anaha [vizir] — Saïd bin Athuman [vizir] — Omar bin Masulaha [vizir] — Fuadi Ahmadi bin Athuman [Cadi] — Et celui qui a rédigé cela, sous leur autorité, et s&rsquo;en porte garant, c&rsquo;est Cadi Omar bin Abubakar. »</p>



<h4 class="wp-block-heading">Quelques points à relever sur les deux traductions :</h4>



<p>La comparaison des deux versions révèle que des ajouts ont été introduits par le traducteur Vincent Noël.</p>



<p>Concernant la première condition, la version originale et la traduction proposée par Zaïneb Ben Abdelhafidh concordent parfaitement. En revanche, l’ajout des treize années de règne attribuées à Andriantsuli semble avoir été introduit afin de le légitimer comme sultan incontesté. Or, dans les faits, l’Ampanzaka<sup data-fn="2a8038d5-402f-403e-95f4-13f7236fd950" class="fn"><a href="#2a8038d5-402f-403e-95f4-13f7236fd950" id="2a8038d5-402f-403e-95f4-13f7236fd950-link">4</a></sup> ne s’installe définitivement sur le sol mahorais qu’en 1832. Un simple calcul montre qu’entre 1832 et 1841, date de la signature du traité, neuf années seulement se sont écoulées. Andriantsuli n’a d’ailleurs été sultan de Maore que de 1832 à 1833, avant d’être destitué la même année par Ramanetaka<sup data-fn="18d0511b-c77b-4755-90e2-9d919e18fc39" class="fn"><a href="#18d0511b-c77b-4755-90e2-9d919e18fc39" id="18d0511b-c77b-4755-90e2-9d919e18fc39-link">5</a></sup>.</p>



<p>Par la suite, il devient gouverneur pour le compte des sultans de Ndzuani à partir de 1835, fonction qu’il conserve jusqu’à la signature du traité de 1841. Cette situation découle d’un accord conclu en 1835 entre les nobles de Maore et le sultan Abdallah II<sup data-fn="1758672b-a2da-4bec-8fe6-318863449e8e" class="fn"><a href="#1758672b-a2da-4bec-8fe6-318863449e8e" id="1758672b-a2da-4bec-8fe6-318863449e8e-link">6</a></sup> (1823-1835) de Ndzuani, lorsque ce dernier les libéra du joug de Ramanetaka.</p>



<p>La quatrième condition du traité mentionne, dans la version de Vincent Noël, la terre de Madagascar, alors que la traduction de Zaïneb Ben Abdelhafidh, conforme à l’original, n’y fait pas référence. Il apparaît ainsi qu&rsquo;Andriantsuli pouvait se rendre où bon lui semblait.</p>



<p>De même, la cinquième condition évoque, dans le texte original, une entente entre autochtones dans le cas où l’un souhaiterait s’installer, et non une indemnité due au représentant français. Là encore, la traduction de Zaïneb Ben Abdelhafidh restitue fidèlement le sens du document original.</p>



<p>Enfin, s’agissant des signataires, il est désormais établi que le nom de Andriantsuli n’apparaît pas dans le document original, alors qu’il figure dans la version traduite par Vincent Noël. À l’inverse, le nom de Cadi Omar bin Abubakar, présent dans l’original, disparaît dans l&rsquo;une des versions françaises de 1841.</p>



<p>L’enseignement à tirer d’une telle situation est clair : il est indispensable de vérifier chaque document afin d’éviter toute méprise dans la compréhension de notre histoire. Celle-ci est complexe, et certains cherchent, volontairement ou non, à la simplifier à l’excès. </p>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>Archives départementales de La Réunion</li>



<li>Histoire des îles Ha&rsquo;Ngazidja, Hi&rsquo;Ndzou&rsquo;ani, Maïota et Mwali, <em>présentation critique des manuscrits arabe et swahili émanant du Grand Qadi de Ndzaoudzé</em>, Oumar Aboubakari Housséni (1865), <em>Djahazi Edition (1997)</em>.</li>



<li>Comores : quatre îles entre pirates et planteurs, Tome 1 &#8211; Razzias, malgaches et rivalités internationales (fin XVIIIe-1875), <em>Jean Martin (1983)</em></li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="9cc05d3e-5d67-46b7-9b18-f721a8fa4c97"><em>Un prince, membre de la famille royale de Maore, expose dans une chronique rédigée en 1865 sa propre version des faits concernant l’histoire de l’île ainsi que la question relative à la cession de 1841.</em> <a href="#9cc05d3e-5d67-46b7-9b18-f721a8fa4c97-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="51987270-0dec-4aab-8c06-d79b5d5a8b5d"><em>Chacun prétendait, de son côté, être le véritable gouvernant de Maore, soutenant que Andriantsuli avait perdu de son influence.</em> <a href="#51987270-0dec-4aab-8c06-d79b5d5a8b5d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="7de22a74-593e-4735-80bc-299dd52d70ac"><em>Alawi bin Abdallah bin Alawi, dit Alawi II ou Alawi Mtiti (« le jeune »), était le sultan déchu de Ndzuani. Il était également le souverain auquel <em>Andriantsuli</em> avait prêté allégeance et au nom duquel il gouvernait Maore depuis la mort du père de celui-ci, en 1836.</em> <a href="#7de22a74-593e-4735-80bc-299dd52d70ac-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2a8038d5-402f-403e-95f4-13f7236fd950"><em>Terme malgache générique servant à désigner le souverain, qu’il s’agisse d’un roi ou d’une reine.</em> <a href="#2a8038d5-402f-403e-95f4-13f7236fd950-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="18d0511b-c77b-4755-90e2-9d919e18fc39"><em>Sultan de Mwali.</em> <a href="#18d0511b-c77b-4755-90e2-9d919e18fc39-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="1758672b-a2da-4bec-8fe6-318863449e8e"><em>Abdallah bin Alawi.</em> <a href="#1758672b-a2da-4bec-8fe6-318863449e8e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p></p>
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			</item>
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		<title>Se situer dans le temps : des calendriers aux Comores</title>
		<link>https://beshelea.com/calendriers-aux-comores/</link>
					<comments>https://beshelea.com/calendriers-aux-comores/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Thu, 23 Oct 2025 20:59:05 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Culture]]></category>
		<category><![CDATA[Djumɓe Fatima binti Abdurahmane]]></category>
		<category><![CDATA[Maore]]></category>
		<category><![CDATA[Mwali]]></category>
		<category><![CDATA[Nairuz]]></category>
		<category><![CDATA[Ndzuani]]></category>
		<category><![CDATA[Ngazidja]]></category>
		<category><![CDATA[Omar Abubakari]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Aux Comores, la manière de se situer dans le temps a longtemps obéi à d’autres repères que le calendrier grégorien. Du calendrier hégirien aux mois en shikomori, des décades agricoles au jour du Nairuz, les Comoriens ont développé des repères multiples, profondément enracinée dans la culture locale.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Rien n’est plus banal que d’indiquer une date. Nous le faisons chaque jour sans y songer, avec la même désinvolture qu’un geste du quotidien : « le 23 octobre 2025 », pour dire le jour présent ; « né le 14 août 2008 », pour évoquer une naissance ; ou encore « le 6 juillet 1975 », pour célébrer la fête nationale de l’indépendance. Aux Comores, comme presque partout ailleurs, la majorité de la population se réfère aujourd’hui au calendrier grégorien<sup data-fn="68afc516-cb4e-49e6-a2eb-5448b13a206f" class="fn"><a id="68afc516-cb4e-49e6-a2eb-5448b13a206f-link" href="#68afc516-cb4e-49e6-a2eb-5448b13a206f">1</a></sup>, devenu le standard mondial. Pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. D’autres manières de mesurer le temps, parfois multiples et entrecroisés, ont longtemps coexisté dans l’archipel, et quelques personnes âgées en font encore usage.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Une pluralité de repères temporels</h3>



<p>Dans sa chronique rédigée en 1865, le Cadi Omar Abubakari<sup data-fn="dc27eb62-08ec-4d21-bb61-de6868b69068" class="fn"><a id="dc27eb62-08ec-4d21-bb61-de6868b69068-link" href="#dc27eb62-08ec-4d21-bb61-de6868b69068">2</a></sup> évoque un épisode des plus troublés de l’histoire de Maore : <em>« Cela se passa en l’an 1212 de l’Hégire, c’était l’année du mercredi. L’année du jeudi, ils revinrent en grand nombre à Maore et firent la guerre plusieurs jours à Tsingoni. »</em> Le passage se rapporte aux raids des Betsimisaraka de Madagascar, survenus en 1797, et à la mort tragique du sultan Ɓwana Kombo I l’année suivante.</p>



<p>Au-delà du fait historique, deux enseignements s’en dégagent. D’abord, la référence au calendrier musulman de l’Hégire, comptant les années depuis 622, date de l’exil du Prophète à Médine. Ensuite, la mention d’une autre forme de datation : <em>« l’année du mercredi / mwaha wa mfumtsanu»</em>, <em>« l’année du jeudi / mwaha wa yahoa »</em>, issue du calendrier <em>Nairuz</em><sup data-fn="331efa3e-9958-48d1-a84f-e8b1ea85f8ab" class="fn"><a id="331efa3e-9958-48d1-a84f-e8b1ea85f8ab-link" href="#331efa3e-9958-48d1-a84f-e8b1ea85f8ab">3</a></sup>, d’origine persane. Ce dernier attribue, dans sa version locale, à chaque année le nom du jour de la semaine<sup data-fn="65889755-cbee-4444-ab17-5ea2c509ed9f" class="fn"><a id="65889755-cbee-4444-ab17-5ea2c509ed9f-link" href="#65889755-cbee-4444-ab17-5ea2c509ed9f">4</a></sup> sur lequel tombe le jour de l’an<sup data-fn="582071d5-165e-480e-874d-27d6b7164bc6" class="fn"><a id="582071d5-165e-480e-874d-27d6b7164bc6-link" href="#582071d5-165e-480e-874d-27d6b7164bc6">5</a></sup>. L’archipel avait donc adopté un modèle dérivé, adapté à ses usages propres. Cette combinaison peut sembler complexe, mais pour les Comoriens d’alors, elle allait de soi : deux repères coexistants, complémentaires et sans ambiguïté, l’un religieux, l’autre cyclique et agricole.</p>



<p>L’Hégire demeure cependant le calendrier le plus présent dans les écrits anciens comoriens. On le retrouve dans les actes officiels, les traités diplomatiques, les jugements des cadis ou les lettres des souverains. Ainsi, à titre d&rsquo;exemple, dans une correspondance adressée au sultan d’Oman, Ahmad bin Saïd al-Busaïd, le sultan <a href="https://beshelea.com/said-ahmed-swaleh-19-avril-1750/">Saïd Ahmed bin Swaleh</a> de Ndzuani date sa lettre du <em>12 Jumada al-Awwal 1163</em> (soit  le 19 avril 1750 du calendrier grégorien).</p>



<h3 class="wp-block-heading">Le calendrier de “mfunguo” : un héritage hybride</h3>



<p>Mais les Comoriens allaient plus loin : ils juxtaposaient souvent à l’Hégire un autre calendrier, entièrement formulé en shikomori, et dont les mois portaient des noms vernaculaires. La sultane Djumɓe Fatima de Mwali, au XIXe siècle, en offre un exemple remarquable. Dans ses écrits, elle datte souvent les documents selon un double système : celui de l’Hégire et celui des mois comoriens. <a href="https://beshelea.com/djumbe-fatima-ministres-1861/">Son acte d’accusation</a> du <em>11 mfunguo mɓili 1277</em> [22 mai 1861] en est un parfait témoin. Elle y déclare, indignée :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p style="font-style:italic;font-weight:300">« Plût à Dieu qu’ils m’eussent au moins laissé mon honneur ! Je ne pourrai jamais oublier que, le 6 mfunguo montsi, Ratsivandi et Abdallah Musalimu m’ont calomniée en face et officiellement, me traitant… Dieu et les personnes de ma maison sont témoins de la fausseté de cette accusation ! »</p>
</blockquote>



<p>Ici, la sultane use une double datation : le calendrier hégirien (1277) et celui de mois structurés de façon spécifique, où, bien que calqués sur le rythme lunaire, portent des noms en shikomori. Ce calendrier que l&rsquo;on peut appeler de « <em>mfunguo</em><sup data-fn="cb4e66eb-ff73-4d48-bba0-91d5c66b1a10" class="fn"><a id="cb4e66eb-ff73-4d48-bba0-91d5c66b1a10-link" href="#cb4e66eb-ff73-4d48-bba0-91d5c66b1a10">6</a></sup>« , tout en s’adossant à l’Hégire, en bouleversait pourtant l’ordre. Son premier mois, <em>Mfunguo montsi</em>, ne correspondait pas à Muharram mais à Shawwal ; et le douzième, <em>Mwezi wa tsumu</em>, correspondait à Ramadan. L’année ne commençait pas forcément le premier jour du premier mois : elle s’ouvrait avec le <em>Nairuz</em>, qui pouvait tomber à n’importe quelle date selon le cycle solaire.</p>



<p>La succession des mois, dans l’ordre comorien, était la suivante :</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>Mfunguo montsi</li>



<li>Mfunguo mɓili</li>



<li>Mfunguo ndraru <em>(mwezi wa hidjazi</em><sup data-fn="95e700d9-c95d-4da7-86d8-270b6e79e9b4" class="fn"><a id="95e700d9-c95d-4da7-86d8-270b6e79e9b4-link" href="#95e700d9-c95d-4da7-86d8-270b6e79e9b4">7</a></sup><em>)</em></li>



<li>Mfunguo nne</li>



<li>Mfunguo ntsanu <em>(mwezi wa Karuna</em><sup data-fn="37b664c8-7e72-4d60-a256-20dafb2274d5" class="fn"><a id="37b664c8-7e72-4d60-a256-20dafb2274d5-link" href="#37b664c8-7e72-4d60-a256-20dafb2274d5">8</a></sup><em>)</em></li>



<li>Mfunguo sita / ndraɗaru <em>(mwezi wa maulida</em><sup data-fn="1878ac8c-6154-4dfd-967c-0d424907b2b0" class="fn"><a id="1878ac8c-6154-4dfd-967c-0d424907b2b0-link" href="#1878ac8c-6154-4dfd-967c-0d424907b2b0">9</a></sup><em>)</em></li>



<li>Mfunguo nfukare</li>



<li>Mfunguo nane</li>



<li>Mfunguo shenɗa</li>



<li>Mfunguo kume <em>(mwezi wa <a href="https://beshelea.com/traditions-comoriennes-jeune-aid/">sohamwedja</a>)</em></li>



<li>Mfunguo kume na mwedja <em>(mwezi wa ndredja za tsumu</em><sup data-fn="712c41f3-52ba-45e2-a608-d7eb2ce76b10" class="fn"><a id="712c41f3-52ba-45e2-a608-d7eb2ce76b10-link" href="#712c41f3-52ba-45e2-a608-d7eb2ce76b10">10</a></sup><em> ou mwezi wa mɗezo</em><sup data-fn="6496433d-b264-40bc-b7d2-7540200b882d" class="fn"><a id="6496433d-b264-40bc-b7d2-7540200b882d-link" href="#6496433d-b264-40bc-b7d2-7540200b882d">11</a></sup><em>)</em></li>



<li>Mwezi wa tsumu</li>
</ol>



<h3 class="wp-block-heading">Le temps agricole : le Nairuz et les “djana”</h3>



<p>Au-delà des écrits des sultans et des cadis, le Comorien, dans sa vie quotidienne, possédait sa propre manière de diviser le temps. L’année traditionnelle suivait le cours des travaux agricoles : la saison des semailles, celle des récoltes, puis la période de repos. Cette structuration reposait sur une logique de cycles de cent jours, appelée djana. L’année était ainsi répartie en trois djana — <em>djana la hanɗa</em> (la première centaine), <em>djana la pvili</em> (la seconde) et <em>djana la raru</em> (la troisième) — suivies d’une quatrième période de soixante jours, <em>idjana kundrwe</em><sup data-fn="3ed343c1-35c1-433b-8b78-5a69910dfc77" class="fn"><a id="3ed343c1-35c1-433b-8b78-5a69910dfc77-link" href="#3ed343c1-35c1-433b-8b78-5a69910dfc77">12</a></sup> (petite centaine incomplète). Les cinq jours excédentaires, considérés hors système, étaient nommés <em>Pandzile</em>.</p>



<p>Pour rendre ce système encore plus précis, l&rsquo;année était subdivisée en 36 périodes de dix jours appelées <em>Mongo</em> (pluriel : Mengo). Ainsi, pour exprimer une date précise, il suffisait d’indiquer le jour, son mongo et son djana. Par exemple, une ancienne fête agricole, <em>Djanyo la mwaha</em> (« jour du partage »), correspondait au <em>3 du 9e mongo du djana la hari</em>, c’est-à-dire au troisième jour de la neuvième décade de la centaine médiane<sup data-fn="d5b1d6c2-6857-472e-8459-bbf8db9fc3f3" class="fn"><a id="d5b1d6c2-6857-472e-8459-bbf8db9fc3f3-link" href="#d5b1d6c2-6857-472e-8459-bbf8db9fc3f3">13</a></sup>.</p>



<p>Les Comoriens associaient également leurs repères temporels aux vents dominants et aux saisons. L’année se partageait en quatre périodes de 90 jours, correspondant chacune à un vent majeur :</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Mɓeni (<em>Maghiɓu</em>), vent du nord-est, soufflait d’août à novembre ;</li>



<li>Kashkazi (<em>Asihazi</em>), vent du nord-sud, dominait de novembre à février ;</li>



<li>Matulai (<em>Madjatseni</em>), vent du sud-nord, se levait de février à mai ;</li>



<li>Kusi (<em>Husi</em>), autre vent du sud-nord, fermait le cycle de mai à août.</li>
</ul>



<p>Ces vents, familiers des marins et des paysans, n’étaient pas seulement des repères météorologiques : ils rythmaient la vie sociale, les semailles, les récoltes et les fêtes communautaires. L’année commençait au Ntswa mwaha<sup data-fn="16e65243-0bee-4d17-9f19-23649ce1b020" class="fn"><a href="#16e65243-0bee-4d17-9f19-23649ce1b020" id="16e65243-0bee-4d17-9f19-23649ce1b020-link">14</a></sup> (ou Suku ya mwaha) correspondant au jour du Nairuz local<sup data-fn="4dbae19d-9fd0-4004-9726-57f7fc118e35" class="fn"><a id="4dbae19d-9fd0-4004-9726-57f7fc118e35-link" href="#4dbae19d-9fd0-4004-9726-57f7fc118e35">15</a></sup>, souvent situé entre fin juin et août, au premier jour annonçant l&rsquo;arrivée du Mɓeni. Aujourd’hui, le changement climatique complique la détermination exacte du Nairuz : les saisons se décalent, les vents se confondent, et les repères ancestraux se brouillent.</p>



<p>À ce découpage climatique s’ajoutait encore un calendrier zodiacal, calqué sur la tradition arabo-persane. Il apparaît notamment dans une lettre adressée en 1834 par le sultan Ahmed bin Saïd Ali bin Swaleh (Mwinyi Mkuu) de Ngazidja à la reine Ranavalona Iʳᵉ de Madagascar, datée du <em>27 alakoasy (al-kausi) 1250</em>. L’année est hégirienne, le jour est lunaire, mais le mois porte le nom d’un signe astrologique. Ce système divise l’année en douze signes :</p>



<ol class="wp-block-list">
<li>Al-hamali (bélier)</li>



<li>Athauru (taureau)</li>



<li>Al-djauz (gémeaux)</li>



<li>Saratani (Cancer).</li>



<li>Al-asaɗi (Lion)</li>



<li>Al Sumɓula (vierge et épi)</li>



<li>Mizani (balance)</li>



<li>Al-akraɓu (scorpion)</li>



<li>Al-kausi (sagittaire)</li>



<li>Al-djeɗi (capricorne)</li>



<li>Aɗayauni (verseau)</li>



<li>Al-uhuti (poissons)</li>
</ol>



<h3 class="wp-block-heading">Et si les Comores recréaient leur propre calendrier ?</h3>



<p>Ailleurs dans le monde, plusieurs peuples ont su préserver leur calendrier propre. L’Éthiopie, par exemple, vient de célébrer l’an 2018 de son calendrier national. L’Iran, la Chine, l’Inde, le Japon, ou encore les Berbères d’Afrique du Nord, continuent de mesurer le temps selon leurs repères historiques ou cosmiques.</p>



<p>Les Comores, elles, n’ont jamais codifié un tel système unifié, bien qu’elles en possèdent les fondations. Plusieurs repères pourraient servir de point de départ à une <em>ère nationale</em>. Nous avançons ici l&rsquo;exemple du départ du Mtswa-Mwindza<sup data-fn="f6e660bc-703d-42a9-ac6d-04eb68cd16d7" class="fn"><a id="f6e660bc-703d-42a9-ac6d-04eb68cd16d7-link" href="#f6e660bc-703d-42a9-ac6d-04eb68cd16d7">16</a></sup> pour La Mecque, au VIIe siècle, ou son retour au pays accompagné de la nouvelle foi islamique, événement majeur de l’histoire religieuse de l’archipel. Cependant, le manque de précisions chronologiques rend difficile toute reconstruction exacte.</p>



<p>Un comité d’historiens et de scientifiques pourrait, à terme, étudier ces repères pour en tirer un système cohérent, à la fois symbolique et pratique. En attendant, la “<em>méthode Djumɓe Fatima”</em> pourrait offrir, de notre point de vue, un compromis élégant : conserver la mesure des années selon l’Hégire, tout en utilisant les mois en shikomori.</p>



<h5 class="wp-block-heading">Références :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>L’organisation spatiale et sociale de la ville dans l’archipel des Comores, Ya Mkobe, n°6-7, <em>Damir Ben Ali (2000)</em>.</li>



<li>Les rites pré-islamiques à Anjouan. Contribution à une étude culturelle des Comores, <em>Abderemane Bourhane (2019)</em>.</li>



<li>Réponse au questionnaire de l&rsquo;enquête N°1C du 30 décembre 1937, subdivision de la Grande Comore, canton de Ɓamɓao.</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="68afc516-cb4e-49e6-a2eb-5448b13a206f"><em>Introduit en 1582 par le pape Grégoire XIII pour corriger le calendrier julien instauré par Jules César en 46 avant J.-C.</em> <a href="#68afc516-cb4e-49e6-a2eb-5448b13a206f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="dc27eb62-08ec-4d21-bb61-de6868b69068"><em>Pour plus de détails, lire : « Histoire des iles : ha&rsquo;Ngazidja, hi&rsquo;Ndzoua&rsquo;ani, Maiota et Mwali, Oumar Aboubakari Housséni (1865), Edition Djahazi, 1997 » ou « Chroniques mahoraises, Jean-François Gourlet, L&rsquo;harmattan, 2003 ».</em> <a href="#dc27eb62-08ec-4d21-bb61-de6868b69068-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="331efa3e-9958-48d1-a84f-e8b1ea85f8ab"><em>Noruz ou Nowruz, du persan <em>« no »</em> (nouveau) et <em>« ruz »</em> (jour), correspond à la fête traditionnelle persane célébrant le jour de l’An. Elle marque le premier jour du printemps. Aux Comores, cette fête coïncide avec le premier jour du calendrier agricole, situé entre fin juin et août. Le calendrier local tire d’ailleurs son nom de cette célébration.</em> <a href="#331efa3e-9958-48d1-a84f-e8b1ea85f8ab-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="65889755-cbee-4444-ab17-5ea2c509ed9f"><em>Les jours de la semaine en shiKomori s’énoncent ainsi, dans leur ordre : mfumontsi (samedi), mfumbili (dimanche), mfumdraru (lundi), mfumnne (mardi), mfumtsanu (mercredi), yahoa (jeudi) et djumwa (vendredi).</em> <a href="#65889755-cbee-4444-ab17-5ea2c509ed9f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="582071d5-165e-480e-874d-27d6b7164bc6"><em>En 1937, le jour de l’An tombait le 8 août, annonçant une <em>année du dimanche</em>. En 1981, il tombait le 27 juillet, marquant une <em>année du lundi</em>.</em> <a href="#582071d5-165e-480e-874d-27d6b7164bc6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="cb4e66eb-ff73-4d48-bba0-91d5c66b1a10"><em>Dans ce système, le mois de ramadan (<em>mwezi wa tsumu</em>), douzième du calendrier, occupe une place centrale dans l’année. Les autres mois, appelés « mezi ya mfunguo » — littéralement <em>mois de rupture du jeûne</em> — sont énumérés par ordre croissant : de montsi (<em>un</em>) à kume na mwedja (<em>onze</em>).</em> <a href="#cb4e66eb-ff73-4d48-bba0-91d5c66b1a10-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="95e700d9-c95d-4da7-86d8-270b6e79e9b4"><em>Le mois du pèlerinage à La Mecque.</em> <a href="#95e700d9-c95d-4da7-86d8-270b6e79e9b4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="37b664c8-7e72-4d60-a256-20dafb2274d5"><em>Le personnage de Karun, mentionné dans la sourate Al-Qasas (versets 76 à 78).</em> <a href="#37b664c8-7e72-4d60-a256-20dafb2274d5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="1878ac8c-6154-4dfd-967c-0d424907b2b0"><em>Le mois de la célébration de la naissance du Prophète.</em> <a href="#1878ac8c-6154-4dfd-967c-0d424907b2b0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="712c41f3-52ba-45e2-a608-d7eb2ce76b10"><em>Le mois précédant le ramadan, les Comoriens avaient pour coutume de rassembler du bois de cuisson (<em>ndredja</em>) afin de faciliter la préparation des repas de rupture du jeûne.</em> <a href="#712c41f3-52ba-45e2-a608-d7eb2ce76b10-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="6496433d-b264-40bc-b7d2-7540200b882d"><em>Au cours du siècle dernier, cette tradition a évolué : il est désormais courant d’organiser, durant cette période, des grillades familiales, amicales ou communautaires.</em> <a href="#6496433d-b264-40bc-b7d2-7540200b882d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="3ed343c1-35c1-433b-8b78-5a69910dfc77"><em>Le terme kundrwe signifie littéralement <em>bout, morceau ou portion</em>.</em> <a href="#3ed343c1-35c1-433b-8b78-5a69910dfc77-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="d5b1d6c2-6857-472e-8459-bbf8db9fc3f3"><em>On peut l’exprimer à l’écrit, à titre d’exemple et de manière simplifiée, sous la forme suivante : 3/9/2 (jour/décade/centaine) + année. Exemple : le 3/9/2 de l’année du dimanche.</em> <a href="#d5b1d6c2-6857-472e-8459-bbf8db9fc3f3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="16e65243-0bee-4d17-9f19-23649ce1b020"><em>Ce jour — premier du calendrier agricole — était célébré localement depuis des siècles par diverses activités et rites. Ces pratiques sont aujourd’hui presque disparues, victimes de l’interdiction imposée par certains mouvements religieux apparus entre les années 1960 et 1980.</em> <a href="#16e65243-0bee-4d17-9f19-23649ce1b020-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="4dbae19d-9fd0-4004-9726-57f7fc118e35"><em>Le premier jour du calendrier agricole.</em> <a href="#4dbae19d-9fd0-4004-9726-57f7fc118e35-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="f6e660bc-703d-42a9-ac6d-04eb68cd16d7"><em>Il est ici fait référence au personnage de Mtswa-Mwindza, du VIIe siècle.<br>Cependant, son identité réelle demeure sujette à débat : le nom est parfois associé à Mhasi wa Fe Simai, figure historique du XIVe siècle.</em> <a href="#f6e660bc-703d-42a9-ac6d-04eb68cd16d7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p></p>
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