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	<title>Témoignages Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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	<title>Témoignages Archives - Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</title>
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	<item>
		<title>De Zanzibar à Hambourg : itinéraire et vie de Mze bin Abubakari</title>
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					<comments>https://beshelea.com/mze-bin-abubakari-zanzibar/#respond</comments>
		
		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 21 Nov 2025 17:21:43 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Témoignages]]></category>
		<category><![CDATA[Allemagne]]></category>
		<category><![CDATA[Mze bin Abubakari]]></category>
		<category><![CDATA[Ngazidja]]></category>
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		<category><![CDATA[Zanzibar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>En 1913, Mze bin Abubakari, fils de Comoriens installés à Zanzibar, raconte son parcours : de la côte swahilie aux ports d’Allemagne, il livre le témoignage rare d’une vie entre îles, continents et mondes européens.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">À partir de la seconde moitié du XIXe siècle, d’importants flux de Comoriens émigrent vers Zanzibar, devenu alors le principal centre culturel, commercial et politique de la sous-région. Beaucoup intègrent l’administration du sultanat ; d’autres s’établissent dans l’artisanat, le commerce ou les métiers ordinaires qui rythment la vie urbaine. Il arrivait également que certains gagnent le continent, notamment Dar es-Salaam, ou prennent le large en s’embarquant sur des navires européens, comme interprètes, hommes d’équipage ou simples matelots.</p>



<p>C’est dans ce contexte de mobilité intense que s’inscrit le parcours de Mze bin Abubakari, né vers 1888, fils d’immigrés comoriens établis à Zanzibar. Son itinéraire singulier le mène jusqu’en Allemagne, à Hambourg, au tournant du XXe siècle. En 1913, au cours d’entretiens accordés aux chercheurs allemands Karl Meinhof et Martin Heepe, il livre une partie de son histoire personnelle — un témoignage rare que nous reproduisons ici dans son intégralité.</p>



<p><em>Propos recueilli le 14 janvier 1913</em> :</p>



<h3 class="wp-block-heading">Présentation de sa famille</h3>



<p>Mon père s’appelle Ɓakari wa Hamaɗi wa Ɓuna Shirazi<sup data-fn="ac61d2f9-f1a0-41f3-8a5f-83ca4f906d26" class="fn"><a id="ac61d2f9-f1a0-41f3-8a5f-83ca4f906d26-link" href="#ac61d2f9-f1a0-41f3-8a5f-83ca4f906d26">1</a></sup>. Ma mère était Fatima Djumɓe Fumu wa Mwamɓa wa Mɗwauhoma, elle aussi Shirazi. Mon père et ma mère sont tous deux Shirazi. Mon père naquit à Ntsudjini et fut élevé dans la ville de Mitsamihuli. Lorsqu’il fut adulte, il se rendit à Zanzibar à l’âge de trente-sept ans. Il fit alors le service militaire<sup data-fn="f9046f7a-6f6f-444a-9a03-cb1ed2274c35" class="fn"><a id="f9046f7a-6f6f-444a-9a03-cb1ed2274c35-link" href="#f9046f7a-6f6f-444a-9a03-cb1ed2274c35">2</a></sup> sous le règne de Barghash, jusqu’à ce que celui-ci eût vaincu ses ennemis ; puis il s’établit, vécut de ses économies, épousa ma mère et ils me donnèrent le jour. Ma mère a aujourd’hui cinquante-trois ans, mon père soixante-dix-huit ans, et moi-même j’ai vingt-cinq ans.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Ses premiers jobs avec des Européens</h3>



<p>J’ai commencé à travailler à l’âge de dix ans. Je suis allé à Dar es-Salaam, où je recevais quinze roupies par mois. L’Européen pour lequel je travaillais habitait dans le bâtiment de la poste de la ville et s’appelait Bader. Je restai auprès de lui trois ans, puis il repartit pour son pays d’origine et me confia à un autre Européen. À présent, je veux rentrer chez moi. Il est déjà le soir ; je veux y aller pour manger quelque chose. Si j’attends trop longtemps avant de partir, celui qui prépare le repas sera déjà rentré chez lui. Je n’aurai alors plus aucune occasion de me procurer à manger, car il fermera la cuisine. Je ne pourrai plus avoir d’eau chaude non plus.</p>



<p>Ces informations sont exactes, mon cher Monsieur ; je te prie de m’excuser, ne te fâche pas et ne t’irrite pas. Si le Dieu tout-puissant m’accorde encore la vie, nous — toi et moi — échangerons bien des paroles. Lorsque je serai allé à Zanzibar et revenu, si le temps n’est pas froid, je reviendrai ici. Car je connais cette maison.</p>



<p><em>Propos recueillis du 11 au 16 septembre 1913</em> :</p>



<p>Kwezi ! Amba ! haɓari za imo ?<sup data-fn="063ed596-f1b5-4174-a19b-538aa367be98" class="fn"><a id="063ed596-f1b5-4174-a19b-538aa367be98-link" href="#063ed596-f1b5-4174-a19b-538aa367be98">3</a></sup> Je suis arrivé aujourd’hui ; j’ignore le jour où nous repartirons. De quoi voulons-nous maintenant écrire ? Écrivons à présent au sujet de l’Européen qui m’a pris à son service. — Cet Européen était un homme très bon, et il me donnait également un salaire exceptionnellement élevé. Je restai auprès de lui deux ans. Il s’appelait Früliauf. Le travail que j’avais à accomplir chez lui consistait à entretenir sa chambre. Après deux ans, il fut atteint d’une maladie et rentra en Europe. Alors, je ne travaillai plus à Dar es-Salaam : je rentrai chez moi et vins à Zanzibar. Puis je partis pour Chinde<sup data-fn="6b389e80-1d51-427a-ba52-4d420216d019" class="fn"><a id="6b389e80-1d51-427a-ba52-4d420216d019-link" href="#6b389e80-1d51-427a-ba52-4d420216d019">4</a></sup>, où je vécus trois ans et travaillai pour un Européen appelé Schare.</p>



<h3 class="wp-block-heading">Les retrouvailles avec sa famille à Zanzibar</h3>



<p>Lorsque je fus fatigué, je revins à Zanzibar pour voir ma mère et mon père, afin de savoir s’ils vivaient encore. Je les retrouvai, et mon cœur fut rempli de joie. Un repas de fête fut préparé pour moi ; j’appelai mes amis, ils vinrent, et nous mangeâmes tous ensemble et dansâmes la nuit durant. Ma mère fut très heureuse et fit venir des gens pour chanter et danser le chant de réjouissance suivant : <em>« na hudjiviwa ina wandzo mndru ; ndjema za mwana kazikaliwantsi; za mndru hudja. »</em><sup data-fn="23c98853-dd92-434f-8482-c67f4087f7fb" class="fn"><a id="23c98853-dd92-434f-8482-c67f4087f7fb-link" href="#23c98853-dd92-434f-8482-c67f4087f7fb">5</a></sup></p>



<h3 class="wp-block-heading">Dialogue avec son père à propos des ballons dirigeables et des planeurs</h3>



<p>Je repartis d’ici et allai à Zanzibar, où je revis mon père : — « Kwezi ! » <em>(Père:)</em> « Amba ! Haɓari za ntsu zinddji ?<sup data-fn="6e06aefb-8899-4b43-a868-0e7641406107" class="fn"><a href="#6e06aefb-8899-4b43-a868-0e7641406107" id="6e06aefb-8899-4b43-a868-0e7641406107-link">6</a></sup> » <em>(Moi:)</em> « Ndjema<sup data-fn="c56b616a-670e-4081-b724-3a43eebd0527" class="fn"><a href="#c56b616a-670e-4081-b724-3a43eebd0527" id="c56b616a-670e-4081-b724-3a43eebd0527-link">7</a></sup> » <em>(Père:)</em> « Haɓari za Ulaya<sup data-fn="c791874f-0a7f-4a61-ab08-769dd453ef96" class="fn"><a href="#c791874f-0a7f-4a61-ab08-769dd453ef96" id="c791874f-0a7f-4a61-ab08-769dd453ef96-link">8</a></sup> » <em>(Moi:)</em> « Salimina<sup data-fn="85fef1c5-5171-4b16-b8e1-a1a6f6e8b95f" class="fn"><a href="#85fef1c5-5171-4b16-b8e1-a1a6f6e8b95f" id="85fef1c5-5171-4b16-b8e1-a1a6f6e8b95f-link">9</a></sup>. J’y ai vu beaucoup de choses que tu ne connais pas. J’y ai vu une grande chose qui s’élève vers le ciel et redescend sur terre, dans laquelle quinze personnes peuvent entrer (un zeppelin<sup data-fn="904bf200-bdd5-486f-8f4a-71c2279235b6" class="fn"><a href="#904bf200-bdd5-486f-8f4a-71c2279235b6" id="904bf200-bdd5-486f-8f4a-71c2279235b6-link">10</a></sup>). Son apparence est celle d’un requin, et il va très vite. En une heure, un Européen a coutume de dépenser trois ou cinq livres sterling. Mais en échange, on s’élève, puis l’on revient (au sol), parcourant en deux heures une distance pour laquelle la locomotive<sup data-fn="8197d7eb-b87d-4c89-85c6-4114438300fb" class="fn"><a href="#8197d7eb-b87d-4c89-85c6-4114438300fb" id="8197d7eb-b87d-4c89-85c6-4114438300fb-link">11</a></sup> met six heures. »</p>



<p><em>(Père:)</em> « Ah, comment as-tu vu cela ? »<br><em>(Moi:)</em> « Je l’ai vu comme un prodige<sup data-fn="f8ef6c81-4f96-4467-be00-7994e5eac51b" class="fn"><a href="#f8ef6c81-4f96-4467-be00-7994e5eac51b" id="f8ef6c81-4f96-4467-be00-7994e5eac51b-link">12</a></sup> : une véritable maison s’élève et part vers le ciel, sans aucune corde. J’en ai vu un autre, semblable à un oiseau de proie<sup data-fn="160b58c5-d19d-4f52-8e5e-a15278541d2b" class="fn"><a id="160b58c5-d19d-4f52-8e5e-a15278541d2b-link" href="#160b58c5-d19d-4f52-8e5e-a15278541d2b">13</a></sup> : un homme y entre également, et il s’élève et va plus vite qu’un bateau à vapeur<sup data-fn="06d59044-c69c-4d6f-965b-5ec112c48e34" class="fn"><a href="#06d59044-c69c-4d6f-965b-5ec112c48e34" id="06d59044-c69c-4d6f-965b-5ec112c48e34-link">14</a></sup>. J’ai été très heureux de voir ces choses merveilleuses. L’Européen chez qui j’étais m’a donné une longue-vue, et je ne pouvais voir des gens que les jambes. Il passa près du navire où nous nous trouvions, et je compris que les Européens ont beaucoup d’ingéniosité. Il n’y a personne qui oserait se lancer en guerre contre eux. »</p>



<p><em>(Père:)</em> « Eh bien ! À quoi ressemblait cette grande chose ? »<br><em>(Moi:)</em> « Tout à fait à un requin. »<br><em>(Père:)</em> « Comment les gens y entrent-ils ? »<br><em>(Moi:)</em> « Ils entrent par une porte et la referment ; puis cela s’élève comme un cerf-volant, mais sans corde. »<br><em>(Père:)</em> « Y es-tu entré toi aussi ? »<br><em>(Moi:)</em> « Non, non ! J’ai peur d’y entrer : on pourrait en tomber. Un Noir ne doit pas oser y entrer pour monter ainsi et aller vers le ciel. Et ce type d’appareil (dirigeable) a été construit uniquement par les Allemands. Les Anglais n’ont fabriqué aucune machine pouvant emporter quinze personnes. Chez les Anglais, seules deux ou trois personnes peuvent y prendre place. Ils n’ont pas encore su fabriquer ce que les Allemands ont fait. »</p>



<h3 class="wp-block-heading">La ville de Hambourg et ses petits commerces </h3>



<p><em>(Père:)</em> « Tu es un menteur. Tu voyages là-bas et tu reviens pour me raconter des mensonges. »<br><em>(Moi:)</em> « Mais père, ces choses sont vraies, et je te montrerai aussi la carte (l’image) sur laquelle cette grande chose est représentée. Voici celle pour quinze personnes, et voici celle pour un seul homme. Celle pour un homme ressemble à un oiseau de proie s’élevant vers le ciel. Et les autres images montrent la belle, la très belle ville de Hambourg : une cité entièrement européenne, avec de belles rues et de très nombreux arbres magnifiques. Dans une rue, trente voitures peuvent se croiser sans se toucher, et les passants ne se heurtent pas tant la rue est large, et, en outre, les gens y vendent des marchandises. »</p>



<p>(<em>Père:)</em> « Que vendent-ils ? »<br><em>(Moi:)</em> « Ils vendent des pommes<sup data-fn="45e39fd3-7ca9-49f4-ae22-e0027794a283" class="fn"><a href="#45e39fd3-7ca9-49f4-ae22-e0027794a283" id="45e39fd3-7ca9-49f4-ae22-e0027794a283-link">15</a></sup> et des oranges européennes. »<br><em>(Père:)</em> « À quel prix les vendent-ils ? »<br><em>(Moi:)</em> « Ils vendent une livre pour deux pesa<sup data-fn="148a400b-4d7b-45e4-8c35-a268cb43f5c5" class="fn"><a href="#148a400b-4d7b-45e4-8c35-a268cb43f5c5" id="148a400b-4d7b-45e4-8c35-a268cb43f5c5-link">16</a></sup>. »<br><em>(Père:)</em> « Sont-elles sucrées ? »<br><em>(Moi:)</em> « Très sucrées. Et il y a aussi des gâteaux sucrés, et d’autres qu’on mange avec le thé. »<br><em>(Père:)</em> « Ah ! Et à quel prix vend-on cela ? »<br><em>(Moi:)</em> « Ils les vendent un pesa, et une tasse de thé aussi pour un pesa. Voilà le prix qu’ils demandent. Voilà les nouvelles d’Europe. Les Allemands sont nos amis. »</p>



<p><em>(Moi:)</em> « Comment vont les choses à Zanzibar ? »<br><em>(Père:)</em> « À Zanzibar, les choses sont maintenant bon marché : si quelqu’un a une roupie, il peut être rassasié ; elle suffit pour toute la journée. »<br><em>(Moi:)</em> « Suffit-elle vraiment ? »<br><em>(Père:)</em> « Elle suffit, et il y a beaucoup de nourriture, et il tombe beaucoup de pluie. Les gens labourent et cultivent les champs ; les cocotiers portent, et les orangers fleurissent. Les gens se réjouissent du bien-être qui règne maintenant dans la ville. Et ici, nous sommes heureux qu’il y ait tant de bananes : trois ou quatre pour un pesa ; et il y a aussi beaucoup de pommes de terre. Et l’on trouve également de grandes ignames : l’une coûte huit pesa, et si elle est très grosse, un surani (soit seize pesa). Voilà le bien-être qui règne à présent dans la ville. Il n’y a pas de maladie. Nous sommes tous en bonne santé ; personne n’est encore mort.<br>Veux-tu repartir ? »</p>



<p>(Moi:) « Je repartirai. »<br>(Père:) « Reste ici et repose-toi. S’il y avait quelqu’un parmi nous deux qui devrait travailler, ce serait moi, qui t’ai engendré ; et pourtant, je n’ai rien gagné sinon toi, puisque je t’ai mis au monde. Reste donc ici et repose-toi : tu es malade. Et ta mère n’aime pas du tout que tu repartes. Cherche du travail ici en ville et occupe-toi. »<br><em>(Moi:)</em> « Je partirai tout de même, car l’Européen chez qui je suis est un homme bon, qui sait se comporter avec les gens. »<br><em>(Père:)</em> « Va alors et va dire adieu à ta mère. »<br><em>(Moi:)</em> « Aridjalia<sup data-fn="03c99b56-d09d-4f51-a14d-0160dbb70f15" class="fn"><a href="#03c99b56-d09d-4f51-a14d-0160dbb70f15" id="03c99b56-d09d-4f51-a14d-0160dbb70f15-link">17</a></sup> donc, que tout aille bien, chère mère. »<br><em>(Mère:)</em> « Aridjalia. Nous nous reverrons dans le bonheur. »</p>



<h5 class="wp-block-heading">Référence :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li>Die Komorendialekte Ngazidja, Nzwani und Mwali, <em>Martin Heepe (1920).</em></li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes </h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="ac61d2f9-f1a0-41f3-8a5f-83ca4f906d26"><em>Issu d&rsquo;une lignée shirazi, c’est-à-dire l’une des familles d’origine arabo-persane dont se réclamaient les sultans et l’aristocratie de l’archipel à l’époque.</em> <a href="#ac61d2f9-f1a0-41f3-8a5f-83ca4f906d26-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="f9046f7a-6f6f-444a-9a03-cb1ed2274c35"><em>Il utilise l’expression « hazi ya uwana nkoɗo »</em>. <a href="#f9046f7a-6f6f-444a-9a03-cb1ed2274c35-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="063ed596-f1b5-4174-a19b-538aa367be98"><em>« Bonjour ! Bonjour ! Qu’y a-t-il de nouveau, d’où viens-tu ? »</em> <a href="#063ed596-f1b5-4174-a19b-538aa367be98-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="6b389e80-1d51-427a-ba52-4d420216d019"><em>Ville mozambicaine située le long de la rivière du même nom, un affluent du delta du Zambèze.</em> <a href="#6b389e80-1d51-427a-ba52-4d420216d019-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="23c98853-dd92-434f-8482-c67f4087f7fb"><em>Quiconque aime véritablement une autre personne ne peut rester chez lui lorsqu’il apprend une nouvelle heureuse le concernant ; il se précipite pour partager sa joie avec cette personne ou ses proches.</em> <a href="#23c98853-dd92-434f-8482-c67f4087f7fb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="6e06aefb-8899-4b43-a868-0e7641406107"><em>Comment s’est passée tout ce temps ?</em> <a href="#6e06aefb-8899-4b43-a868-0e7641406107-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c56b616a-670e-4081-b724-3a43eebd0527"><em>Bien.</em> <a href="#c56b616a-670e-4081-b724-3a43eebd0527-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c791874f-0a7f-4a61-ab08-769dd453ef96"><em>Comment était l’Europe ?</em> <a href="#c791874f-0a7f-4a61-ab08-769dd453ef96-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="85fef1c5-5171-4b16-b8e1-a1a6f6e8b95f"><em>Tout va bien.</em> <a href="#85fef1c5-5171-4b16-b8e1-a1a6f6e8b95f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="904bf200-bdd5-486f-8f4a-71c2279235b6"><em>Un aérostat de type dirigeable rigide, de fabrication allemande.</em> <a href="#904bf200-bdd5-486f-8f4a-71c2279235b6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8197d7eb-b87d-4c89-85c6-4114438300fb"><em>Il utilise l’expression « gari la moshi ».</em> <a href="#8197d7eb-b87d-4c89-85c6-4114438300fb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="f8ef6c81-4f96-4467-be00-7994e5eac51b"><em>Mastaâdjab.</em> <a href="#f8ef6c81-4f96-4467-be00-7994e5eac51b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="160b58c5-d19d-4f52-8e5e-a15278541d2b"><em>Il s&rsquo;agit des premiers planneurs.</em> <a href="#160b58c5-d19d-4f52-8e5e-a15278541d2b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="06d59044-c69c-4d6f-965b-5ec112c48e34"><em>Markaɓu ya moshi.</em> <a href="#06d59044-c69c-4d6f-965b-5ec112c48e34-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="45e39fd3-7ca9-49f4-ae22-e0027794a283"><em>Le terme qu’il a employé pour désigner la pomme est « pera la shizungu », littéralement « goyave européenne ».</em> <a href="#45e39fd3-7ca9-49f4-ae22-e0027794a283-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="148a400b-4d7b-45e4-8c35-a268cb43f5c5"><em>Une livre et deux pesa (ratili ndzima na maɓwankanga maili).</em> <a href="#148a400b-4d7b-45e4-8c35-a268cb43f5c5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="03c99b56-d09d-4f51-a14d-0160dbb70f15"><em>Littéralement : « Adieu ».</em> <a href="#03c99b56-d09d-4f51-a14d-0160dbb70f15-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol>


<p></p>
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		<title>Mis en esclavage par Saïd Ali : témoignage de Juma Waɗi Hasan</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 29 Oct 2025 18:00:01 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Esclavage]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>
		<category><![CDATA[Abdallah bin Salim]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[France]]></category>
		<category><![CDATA[Juma Waɗi Hasan]]></category>
		<category><![CDATA[Maore]]></category>
		<category><![CDATA[Mohammed bin Masud]]></category>
		<category><![CDATA[Ngazidja]]></category>
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		<category><![CDATA[Sultanat]]></category>
		<category><![CDATA[Zanzibar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article consacré à Juma Waɗi Hasan et à Mohammed bin Masud s’inscrit dans une série de témoignages recueillis en 1883, au lendemain de la seconde Nkoɗo nkuu de Ngazidja, qui opposa les sultans Msafumu wa Fefumu et Saïd Ali wa Saïd Omar.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap">Le 20 décembre 1883, un boutre du nom de <em>Salamati</em>, battant pavillon zanzibari, fut intercepté par Percy Luxmoore, officier supérieur de la Marine britannique et commandant du navire de Sa Majesté <em>London</em>. Il appartenait à Msellim bin Ali. À son bord se trouvaient deux esclaves — un homme et une femme — originaires de Zanzibar.</p>



<p>Or, le même boutre avait déjà fait l’objet d’un signalement par une esclave nommée Shihuji<sup data-fn="6b109342-0e8f-44f2-946f-1ef241b55af0" class="fn"><a id="6b109342-0e8f-44f2-946f-1ef241b55af0-link" href="#6b109342-0e8f-44f2-946f-1ef241b55af0">1</a></sup>. Un autre esclave, Juma Waɗi Hasan, s’était également plaint auprès du tribunal du consul général de Sa Majesté à Zanzibar, accusant directement Mohammed bin Masud, l’un des passagers dudit navire. S’ouvrirent alors les audiences des protagonistes. Nous présentons ici leurs déclarations ainsi que les notes consignées dans les procès-verbaux.</p>



<p>Cette affaire illustre la recrudescence du trafic d’esclaves dans l’archipel, favorisée par le système des « engagés » instauré par les Français et par les penchants esclavagistes du sultan Saïd Ali wa Saïd Omar de Ngazidja, de son père, du sultan Abdallah bin Salim de Ndzuani, ainsi que de plusieurs notables locaux.</p>



<h2 class="wp-block-heading">Déclaration de Juma Waɗi Hasan :</h2>



<p class="has-text-align-right"><em>Tribunal du Consul général de Sa Majesté à Zanzibar</em><sup data-fn="593c5ee0-f868-484e-aef6-c351b6bb4ae6" class="fn"><a id="593c5ee0-f868-484e-aef6-c351b6bb4ae6-link" href="#593c5ee0-f868-484e-aef6-c351b6bb4ae6">2</a></sup></p>



<p>« Je suis esclave de Shehiri Mohammed bin Amer. Je me suis enrôlé dans la troupe de Kara Hadji<sup data-fn="b9240769-28c1-4d7d-9c53-43f00da6ea1d" class="fn"><a id="b9240769-28c1-4d7d-9c53-43f00da6ea1d-link" href="#b9240769-28c1-4d7d-9c53-43f00da6ea1d">3</a></sup> pour Ngazidja, après que le nouveau [sultan] Saïd Ali m’eut demandé de venir à Mroni<sup data-fn="a9c62567-002b-485d-b757-1b9b260c2f44" class="fn"><a id="a9c62567-002b-485d-b757-1b9b260c2f44-link" href="#a9c62567-002b-485d-b757-1b9b260c2f44">4</a></sup>, en nous promettant protection jusqu’à notre retour à Zanzibar. Nous avons refusé, à moins qu’il n’envoie un drapeau blanc par son jemadar. Après quelques jours, il envoya le jemadar avec un drapeau blanc, disant :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Je vous promets que personne ne vous molestera, car il y a la paix. »</p>
</blockquote>



<p>Nous nous rendîmes donc à Mroni, escortés par le porteur du drapeau blanc, mais à peine entrés dans la ville, nous fûmes saisis, ligotés et enfermés ensemble dans une grande hutte. Le lendemain matin, chaque homme reçut quinze coups de <em>ɓakora</em><sup data-fn="c9f06c51-0192-46af-ba0c-c33b710429b3" class="fn"><a id="c9f06c51-0192-46af-ba0c-c33b710429b3-link" href="#c9f06c51-0192-46af-ba0c-c33b710429b3">5</a></sup> sur le dos. Après quelque temps, tous — sauf l’esclave de Mohammed bin Hasan — furent emmenés dans un <em>shamba</em> (plantation) situé au-dessus de Mroni, où nous travaillions chaque jour pour Saïd Ali.</p>



<p>Quand la famine fut à son comble, beaucoup d’entre nous moururent de faim, mais Saïd Ali ne nous donna aucune nourriture et nous força à continuer le travail. Par la suite, nous fûmes ramenés en ville, et Saïd Ali déclara :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« J’attends l’arrivée du boutre pour vous vendre aux Français<sup data-fn="3c71465c-3c0b-409e-beba-1d12cf645c0f" class="fn"><a id="3c71465c-3c0b-409e-beba-1d12cf645c0f-link" href="#3c71465c-3c0b-409e-beba-1d12cf645c0f">6</a></sup>. »</p>
</blockquote>



<p>Toute la ville en fut informée, et à chaque arrivée de boutre, Mohammed bin Masud<sup data-fn="137c4948-0d89-4b88-8724-412344c242e7" class="fn"><a id="137c4948-0d89-4b88-8724-412344c242e7-link" href="#137c4948-0d89-4b88-8724-412344c242e7">7</a></sup> demandait aux capitaines d’accepter une charte, mais tous refusaient, craignant d’être capturés par les Anglais ou par Saïd Barghash<sup data-fn="9a43bafc-ea8b-4580-a648-46cdb8244bc9" class="fn"><a id="9a43bafc-ea8b-4580-a648-46cdb8244bc9-link" href="#9a43bafc-ea8b-4580-a648-46cdb8244bc9">8</a></sup>. Cet homme, Mohammed bin Masud, était de petite taille, avec une barbe noire très fournie. Il était venu pour négocier notre achat au nom de certains planteurs, mais nous ne sûmes jamais quel prix avait été payé pour nous.</p>



<p>Lorsque Saïd Ali eut fini de nous vendre, Mohammed Masud tenta de convaincre l’un des boutres de se rendre à Maore pour y porter ses lettres, car les trois boutres français avaient déjà embarqué leurs cargaisons d’« engagés » et ne devaient pas revenir. Aucun ne voulut prendre ses lettres, mais il finit par en trouver un qui accepta, toutefois il ne les porta que jusqu’à Mwali, d’où le Nahoza<sup data-fn="4da2ed71-3e67-4abf-a108-2c7c428959ea" class="fn"><a id="4da2ed71-3e67-4abf-a108-2c7c428959ea-link" href="#4da2ed71-3e67-4abf-a108-2c7c428959ea">9</a></sup> les renvoya, disant qu’il craignait de s’impliquer dans cette affaire.</p>



<p>Mohammed Masud envoya alors la baleinière du sultan Abdallah de Ndzuani à Maore, avec des lettres. Peu de temps après, le boutre d’Awathi<sup data-fn="7e384857-bdde-4d73-b2a5-50ba44e79b14" class="fn"><a id="7e384857-bdde-4d73-b2a5-50ba44e79b14-link" href="#7e384857-bdde-4d73-b2a5-50ba44e79b14">10</a></sup> arriva à Mroni avec cinquante <em>djunia</em> [sacs] de riz et plusieurs caisses de piastres françaises. Ces biens furent remis à Saïd Ali comme prix de soixante d’entre nous qu’il avait vendus. Nous étions les plus forts et les plus vigoureux du groupe. Saïd Ali convoqua immédiatement les anciens d’Itsandraya<sup data-fn="b12e65a6-3eab-408f-92e1-652366e98de4" class="fn"><a id="b12e65a6-3eab-408f-92e1-652366e98de4-link" href="#b12e65a6-3eab-408f-92e1-652366e98de4">11</a></sup> et de Mbadjini (ceux qui restaient), et leur dit :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Prenez chacun un tiers du riz comme argent, prix de ces gens de Zanzibar, et partagez-le entre vous en compensation des pertes que vous avez subies. »</p>
</blockquote>



<p>Les anciens refusèrent tous, disant que cette affaire apporterait des malheurs pires encore que la vente de la famille de Msafumu en esclavage, car nous étions tous soit des affranchis des Anglais, soit des gens de Saïd Barghash. Alors Saïd Ali prit les cinquante sacs de riz, y ajouta du grain qu’il acheta, et l’envoya à Itsandraya et à Mbadjini, le distribuant de maison en maison, afin qu’on ne pût dire qu’il avait gardé l’argent.</p>



<p>[Le boutre] Awathi avait remplacé son pavillon de Zanzibar par un drapeau français. Il nourrissait une vive rancune contre le sultan [Barghash] et les Anglais, et il descendit sur la plage où nous étions alignés, attachés par des cordes de sorte que nous ne pouvions bouger. Il prit un lourd <em>ɓakora</em> et, commençant par le premier, frappa chacun d’entre nous avec brutalité — à la tête, aux bras et aux jambes — tout en insultant les Anglais qui avaient poursuivi son boutre, disant :</p>



<blockquote class="wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow">
<p>« Vous verrez qu’il n’y aura aucun secours pour vous délivrer de l’esclavage où vous allez, et ni Saïd Barghash ni les chiens d’Anglais n’oseront arrêter mon boutre maintenant que je suis sous pavillon français. »</p>
</blockquote>



<p>Il y avait trois Français : deux maigres et un très gros, au ventre énorme<sup data-fn="21da8ca1-21f2-4bd1-bd93-07dde422147c" class="fn"><a id="21da8ca1-21f2-4bd1-bd93-07dde422147c-link" href="#21da8ca1-21f2-4bd1-bd93-07dde422147c">12</a></sup>. C’était l’homme du <em>Sirkal</em> (gouvernement<sup data-fn="61c4afb9-4652-4700-9568-5a0e77867c1e" class="fn"><a id="61c4afb9-4652-4700-9568-5a0e77867c1e-link" href="#61c4afb9-4652-4700-9568-5a0e77867c1e">13</a></sup>). On l’appelait « M. Falfeh ». Nous fûmes conduits devant lui, et il nous demanda si nous consentions à aller à Maore pour travailler dans les <em>shambas</em> des Européens, pour un salaire de 2,5 dollars par mois. Nous répondîmes que nous ne voulions pas y aller, que nous n’étions pas esclaves, et que si les Anglais apprenaient que Saïd Ali nous avait réduits en esclavage, ils le puniraient. Nous ajoutâmes que nous ne pouvions refuser d’être embarqués, car Saïd Ali avait menacé de tous nous tuer si nous résistions, mais que nous l’avertissions que, si un navire de guerre britannique interceptait le boutre, nous nous plaindrions d’avoir été vendus en esclavage contre notre volonté.</p>



<p>Mohammed bin Masud traduisait pour nous. Abdullah Aɓuɗu, l’interprète du <em>Sirkal</em>, était présent, mais n’agissait pas comme interprète. Ceux d’entre nous qui étaient des hommes libres sous la protection du consul britannique dirent qu’on violait la loi anglaise en les réduisant en esclavage, mais on leur ordonna de se taire. Mohammed bin Masud dit au Français que ces paroles nous avaient été apprises par un ou deux mauvais sujets parmi nous, et qu’une fois à bord du boutre, il se chargerait de dire que nous consentions volontairement à partir.</p>



<p>Nos noms furent inscrits sur un papier, mais nous ne signâmes pas, ni ne fîmes de marques. Nous ne fûmes plus liés ensuite, mais enfermés dans une maison en pierre — celle du commis et gendre d’Abdallah Fellahi. La maison était gardée jour et nuit par des soldats de Ndzuani. Nous y restâmes douze jours, et chaque jour des chèvres étaient abattues pour nous, comme pour tous les esclaves vendus aux Français. Puis nous fûmes conduits sur la plage, et Abdullah Fellahi vint dire qu’il y avait déjà trente esclaves de Ngazidja à bord, et qu’il n’y avait de place que pour trente d’entre nous.</p>



<p>On en choisit trente parmi nous, et au moment où ils furent envoyés à bord du boutre d’Awathi, on demanda à chacun s’il comprenait le travail qu’il allait faire. Tous répondirent comme auparavant, mais rien ne fut traduit à l’officier français, qui se contenta d’acquiescer de la tête à chaque passage.</p>



<p>J’avais été choisi, étant fort et en bonne santé, mais je dis au commis d’Abdallah Fellahi que je refusais d’y aller, et que si l’on me forçait à monter à bord, je saisirais la première occasion de me plaindre aux autorités françaises. Il en parla à Mohammed Masud, disant qu’il serait peut-être plus prudent de me laisser, mais qu’il veillerait à ce que j’en souffre. Les trente autres furent alors ramenés, et on nous dit de ne pas espérer nous en tirer, car le boutre d’Awathi ou un autre navire reviendrait bientôt pour nous. Mes compagnons furent renvoyés travailler au <em>shamba</em>, en attendant un autre navire.</p>



<p>Pour ma part, je fus remis comme esclave à Ɓukher Hamaɗi<sup data-fn="86689d49-3187-4f9a-9752-4e5fbacfd7f9" class="fn"><a id="86689d49-3187-4f9a-9752-4e5fbacfd7f9-link" href="#86689d49-3187-4f9a-9752-4e5fbacfd7f9">14</a></sup>, le commis de Said Ali.<br>Il me faisait exécuter des tâches de femmes, en plus de couper du bois, et me battait chaque jour avec une sandale, parfois aussi avec un <em>ɓakora</em>. Il m’obligeait à travailler nu et ne me permettait pas de porter de vêtements, même dans la maison. Peu après, le boutre de Khamis bin Mbarak entra au port — Ɓakari, mon frère, y était marin. Il me vit à terre et convint de me donner un signal au moment du départ du navire. À minuit, avant qu’ils ne lèvent l’ancre, je reçus le signal, me glissai dehors et nageai jusqu’au boutre. Mon frère me cacha sous des ballots de fil de coco. Nous arrivâmes ainsi à Zanzibar. »</p>



<h5 class="wp-block-heading">Liste des esclaves acquis à Mroni et dans d’autres localités de Ngazidja, le <a href="https://beshelea.com/calendriers-aux-comores/">20 Rajab 1300</a> [27 mai 1883].</h5>



<p><em>Tel que écrit dans le ɗaftar [registre] trouvé avec Mahommed bin Masud :</em></p>



<figure class="wp-block-table is-style-regular"><table class="has-fixed-layout"><thead><tr><th class="has-text-align-left" data-align="left"></th><th>Noms des Nyamwezi :</th><th></th><th></th><th>Des esclaves ont été vendus par :</th><th></th></tr></thead><tbody><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Musa</td><td>Ulaiɗi</td><td>Également trois boutres</td><td></td><td>Shalam</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Suɗi</td><td>Salmin</td><td><strong>Des esclaves ont été vendus par :</strong></td><td></td><td>Abdullah Murhaj</td><td><strong>2</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Matano</td><td>Juma</td><td>Ali Sham</td><td><strong>1</strong></td><td>Abubakr bin Abdurahman</td><td><strong>2</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Majaliwa</td><td>Hasan M.</td><td>Mohedin bin Sultan<sup data-fn="1ffbc938-7c5c-47ef-8e55-329b890961ae" class="fn"><a id="1ffbc938-7c5c-47ef-8e55-329b890961ae-link" href="#1ffbc938-7c5c-47ef-8e55-329b890961ae">15</a></sup></td><td><strong>2</strong></td><td>Abdurrahman bin Mohammed</td><td><strong>3</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Juma Waɗi</td><td>Khamis</td><td>Samɓauma</td><td><strong>1</strong></td><td>Seif bin Masud</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Ɓaraka</td><td>Seɗi</td><td>Mze bin Wazir</td><td><strong>1</strong></td><td>Ɓwanaheri bin Hasan</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Juma</td><td>Othman</td><td>Sloohu Wafabr</td><td><strong>1</strong></td><td>Mze Aɗa bin Minju</td><td><strong>3</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Maukaɓa</td><td>Almasi</td><td>Abdu Malem</td><td><strong>3</strong></td><td>Mohamed bin Juma</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Kuleen</td><td>Saɗalla</td><td>Wazir bin Maftray</td><td><strong>1</strong></td><td>Abdallah bin Ahmed bin Othman</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Hasan</td><td>Nasiɓi</td><td><strong>Ceux de la Maison de Djihadi ayant vendu des esclaves :</strong></td><td></td><td>Fatuma binti Saliman</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Saeed</td><td>Mashaka</td><td>Ɓakar</td><td><strong>3</strong></td><td>Mze Azi</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Khamis</td><td>Mlaiɗi</td><td>Abdallah bin Ali</td><td><strong>1</strong></td><td>Mohammed bin Miraji</td><td><strong>2</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Sururi</td><td>Gim</td><td>Djumɓe Yakuni</td><td><strong>1</strong></td><td>Saidina bin Saïd Omar<sup data-fn="8b63875e-8797-4be6-8766-4ea3cc45a1bc" class="fn"><a id="8b63875e-8797-4be6-8766-4ea3cc45a1bc-link" href="#8b63875e-8797-4be6-8766-4ea3cc45a1bc">16</a></sup></td><td><strong>6</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Neeni</td><td>Wasin</td><td>Abdallah bin Saleh</td><td><strong>1</strong></td><td>Ahmed wa Fefumu</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Fataki</td><td>Almose</td><td>Mohammed bin Hasan</td><td><strong>2</strong></td><td>Simɓa Jumba</td><td><strong>2</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Ibrahim</td><td>Mye Ɓakari</td><td>Abdurahman Kombo</td><td><strong>1</strong></td><td>Saleh bin Mohammed</td><td><strong>7</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"><strong>15<br>14<br>__<br>49<br>135<br>__<br>184</strong></td><td>Waɗi Njinga</td><td>Ali bin Saliman</td><td><strong>2</strong></td><td>Awathi<sup data-fn="ed49ea28-4d9c-44a9-a2ae-3bb51acdb37d" class="fn"><a id="ed49ea28-4d9c-44a9-a2ae-3bb51acdb37d-link" href="#ed49ea28-4d9c-44a9-a2ae-3bb51acdb37d">17</a></sup></td><td><strong>5</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Mnoobi</td><td>Marjan</td><td> Saleh Koliba</td><td><strong>1</strong></td><td>Sultan Ntiɓe Mbamba</td><td><strong>50</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Mɓurak</td><td>Maɓruki</td><td>Hasun bin Fumbamba</td><td><strong>1</strong></td><td>Djumɓe Fumu Um</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Khuri</td><td>Mze Omar</td><td>Maɗihali</td><td><strong>1</strong></td><td>Mɗwahoma Ntiɓe</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Maktuɓu</td><td>Uleiɗi</td><td>Hamaɗi bin Othman</td><td><strong>4</strong></td><td>Saïd Ɓakar bin Sultan<sup data-fn="afd2cbb5-a798-4e78-b4e4-ad87f4a7b5e5" class="fn"><a id="afd2cbb5-a798-4e78-b4e4-ad87f4a7b5e5-link" href="#afd2cbb5-a798-4e78-b4e4-ad87f4a7b5e5">18</a></sup></td><td><strong>3</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Khamis</td><td>Hasan Omar</td><td>Mohammed bin Hamed</td><td><strong>1</strong></td><td>Swafaini</td><td><strong>3</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Kasan</td><td>Risasi</td><td></td><td><strong>33<br>102<br>__<br>135</strong></td><td>Abdallah bin Sakhi</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left">Juma</td><td>Abdallah</td><td></td><td></td><td>Saleh bin Saïd</td><td><strong>2</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Nasser</td><td></td><td></td><td>Wameh binti Abdallah</td><td><strong>1</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Waɗi Hasan</td><td></td><td></td><td></td><td><strong>__<br>102</strong></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Nasiɓ</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Faraj</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Maɓruki</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Juma</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Ɓaruti</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Waɗi Nasiɓ</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Mwinye Waɗi</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td>Omar</td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr><tr><td class="has-text-align-left" data-align="left"></td><td><strong>34</strong></td><td></td><td></td><td></td><td></td></tr></tbody></table></figure>



<h3 class="wp-block-heading">Poursuite de l’interrogatoire :</h3>



<p>« Tous ceux-là étaient mes compagnons. La plupart, au moment où les soixante premiers d’entre nous furent vendus, étaient trop malades pour être déplacés.<br>Beaucoup étaient des esclaves affranchis par le consul anglais et confiés à la mission anglaise (liste relue une seconde fois).</p>



<ul class="wp-block-list">
<li>Uleɗi, Salmin et Juma se trouvaient à la Mission universitaire de Mkunazini<sup data-fn="cded1dbd-6634-4d3a-8a1f-163d9e3dce4f" class="fn"><a id="cded1dbd-6634-4d3a-8a1f-163d9e3dce4f-link" href="#cded1dbd-6634-4d3a-8a1f-163d9e3dce4f">19</a></sup>.</li>



<li>Hasan venait de Mɓweni<sup data-fn="8e8b06d8-5683-45ff-a567-928e6173c840" class="fn"><a id="8e8b06d8-5683-45ff-a567-928e6173c840-link" href="#8e8b06d8-5683-45ff-a567-928e6173c840">20</a></sup> ; c’était un grand ami à moi.</li>



<li>Khamis, Saɗalla, Nasibu, Mashaka, Uleɗi et Wasin, tous libres sous protection anglaise, se trouvaient à la mission de Mkunazini.</li>



<li>Musa, Suɗi et Majaliwa étaient à la mission de Mɓweni.</li>



<li>Parije venait de Mkunazini : il avait menacé d’écrire au consul anglais, et c’est pourquoi on ne l’avait pas inclus dans le premier envoi, bien qu’il ne sût pas vraiment écrire.</li>



<li>Faki, Khamis, Hasan et Juma, je crois, étaient à la mission de Mkunazini. Cet homme n’a pu être envoyé à Maore, car je l’ai revu à Zanzibar : il m’a dit qu’il s’était échappé. Aucun d’eux ne savait écrire en anglais, ni ne prétendait le parler.</li>



<li>Abdullah, qui avait été embarqué parmi les trente premiers, avait été instituteur à l’école de la Mission. Il parlait bien l’anglais, mais avait oublié comment écrire. Je le sais par un nommé Konop, un grand ami à moi. C’est lui qui avait rédigé la pétition que vous avez reçue lors de votre visite à Ngazidja à bord du <em>Sultani</em>. Sa femme était maîtresse d’école à l’établissement de l’évêque Steere à Zanzibar. Il écrivait parfaitement l’anglais, mais mourut malheureusement, juste avant la maladie contractée durant le temps où nous étions esclaves au <em>shamba</em>.</li>



<li>Le Majaliwa mentionné dans la liste n’était pas Konop, car le nom indigène de Konop était Majaliwa. »</li>
</ul>



<h2 class="wp-block-heading">Déclaration de Mohammed bin Masud Albusaïd :</h2>



<p class="has-text-align-right"><em>Tribunal du Consul général de Sa Majesté à Zanzibar, 26 décembre 1883</em></p>



<p>« Je suis né à Maore, mais je suis venu assez jeune à Zanzibar, où j’ai longtemps vécu comme sujet du Sultan. Cependant, depuis près de vingt ans, je réside à Maore et suis depuis lors sujet français. Je suis venu plusieurs fois à Mroni pour servir d’interprète aux planteurs français. Je n’ai aucun lien avec le gouvernement colonial, mais j’agis comme courtier ainsi qu’interprète pour les Français qui se rendent à Ngazidja pour y faire des achats.</p>



<p>J’étais à bord du boutre de Msellim bin Ali lorsqu’il transporta des « engagés » à Maore. Cela fait trois mois et six jours que le bâtiment a quitté Mroni avec 178 « engagés ». Ils étaient principalement originaires de Ngazidja, mais il y avait parmi eux plusieurs hommes de Zanzibar et de Mrima<sup data-fn="446697b5-bf54-407a-88e9-127088a64b6c" class="fn"><a id="446697b5-bf54-407a-88e9-127088a64b6c-link" href="#446697b5-bf54-407a-88e9-127088a64b6c">21</a></sup>. Je suis monté à bord avec les « engagés » à Mroni, où j’avais été engagé depuis quelque temps comme interprète. Dans ce cas précis, j’avais été recruté par M. Villéon comme interprète pour son lot d’« engagés ».</p>



<p>Les Français présents sur le navire étaient Valareit, Délégué de l’Administration, accompagné de son interprète Mohammed Abuɗu, et M. Téri, gérant de la Compagnie de la Grande Comore. Mon rôle consistait à traduire lors du recrutement des travailleurs à terre. M. Valreit rédigeait les papiers ; il était assisté de Mohammed Abuɗu, mais le Commandant ne lui permettait pas de signer aucun document : tout ce qu’il disait, M. Valreit l’écrivait. Selon la loi française, le fait d’inscrire un « engagé » sur un papier suffit à en faire un travailleur libre. Il n’est plus esclave et, peu importe comment on l’appelle, il est « libré » selon la loi française, et à Maore, cela suffit pour que les planteurs s’en contentent.</p>



<p>Je n’ai jamais reçu de lettres de Saïd Omar<sup data-fn="4a4fad8f-bb3c-49f1-870d-0181a2e87655" class="fn"><a id="4a4fad8f-bb3c-49f1-870d-0181a2e87655-link" href="#4a4fad8f-bb3c-49f1-870d-0181a2e87655">22</a></sup>, ni entendu dire que le sultan Abdallah<sup data-fn="24155e41-bf7d-4fba-b9b1-9765f5e4cf2f" class="fn"><a id="24155e41-bf7d-4fba-b9b1-9765f5e4cf2f-link" href="#24155e41-bf7d-4fba-b9b1-9765f5e4cf2f">23</a></sup> de Ndzuani ait passé un contrat pour des esclaves ou des « engagés ». Il y a plusieurs lettres dans ma boîte ; si vous y trouvez quoi que ce soit de ce genre, vous pouvez les garder. Mes lettres et mes papiers, à l’exception de quelques-uns que m’a confiés Abdallah bin Ali, concernent uniquement mes affaires personnelles et n’ont aucun lien avec des esclaves ni avec la traite. Vous êtes libre d’examiner mes papiers et de prendre tout ce qui concernerait la traite. »</p>



<p><em><strong>Note.</strong> — La boîte de ce témoin a donc été ouverte au tribunal, en sa présence, et les papiers examinés avec son consentement. Il a désigné le dernier livre de comptes et déclaré qu’il n’y avait aucune mention relative ni à des esclaves ni à des « engagés ». Sur l’un des papiers, toutefois, on a trouvé une longue liste censée être celle des esclaves obtenus à Mroni le 20 Rajab 1300.</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Interrogatoire poursuivi :</strong></h5>



<p>« Ma boîte est en ordre. Je n’ai eu aucune objection à remettre la clé au Malim<sup data-fn="df1e3139-536a-4a4f-90d9-b2eb705c5ee9" class="fn"><a id="df1e3139-536a-4a4f-90d9-b2eb705c5ee9-link" href="#df1e3139-536a-4a4f-90d9-b2eb705c5ee9">24</a></sup>, sachant que l’argent serait en sécurité et qu’elle ne contenait rien concernant des esclaves. J’ai vérifié l’argent, tout est correct.</p>



<p>La page de mon <em>ɗaftar</em> que vous montrez est une liste des « engagés » embarqués sur le boutre de Msellim bin Ali. J’avais été recruté comme interprète de M. Téri pour cette opération. Je me suis d’abord rendu auprès de Saïd Ali pour lui exposer nos besoins, puis je suis allé chercher des gens. Comme il y avait eu récemment trois grands envois d’« engagés » vers Maore, les candidats étaient rares, et il m’a fallu plusieurs jours pour réunir le nombre requis. M. Téri ne voulait pas embarquer les esclaves swahilis — dont nous avons finalement pris quarante-neuf — car leur propriétaire craignait de les envoyer, étant donné qu’ils étaient sujets du Sultan de Zanzibar et avaient été détenus par Saïd Ali.</p>



<p>Cependant, le directeur régla rapidement la question en lui montrant qu’ils devenaient désormais des « engagés » légaux dès lors qu’ils étaient inscrits sur sa liste, et il affirma aux propriétaires que ni les Anglais ni le Sultan n’oseraient intervenir. J’ai servi d’interprète pour le directeur, car je parlais swahili. Chaque personne défilait et je demandais : « Connaissez-vous les termes de votre engagement, à savoir aller travailler sur les plantations de la Compagnie de la Grande Comore pendant cinq ans pour un salaire de 2,5 dollars par mois ? » Chacun répondait : « Oui », son nom était alors inscrit par M. Valreit sur le registre, et il était envoyé à bord. En raison des délais à réunir le nombre requis, plusieurs ont réussi à s’enfuir, mais je crois que le nombre de gens de Zanzibar finalement embarqués était de quarante-neuf.</p>



<p>Saïd Omar n’a rien à voir avec le recrutement des « engagés » ; il a un certain lien avec la délivrance des laissez-passer à Maore, mais je n’en sais rien.<br>Je n’ai jamais entendu dire que le sultan Abdallah de Ndzuani ait envoyé des « engagés » à Maore ni qu’il ait reçu un paiement pour chaque esclave. Saïd Omar ne m’a jamais écrit à ce sujet — en vérité, je n’ai jamais reçu de lettre de lui de ma vie et je lui ai à peine parlé. Vous feriez mieux de fouiller ma boîte si vous doutez de ma parole. N’ai-je pas juré sur le Coran de ne dire que la vérité ?</p>



<p>Je ne possède aucun esclave et n’en ai jamais acheté ; c’est strictement interdit à Maore. Même nous, Arabes, devons présenter nos concubines à l’officier et les enregistrer tous les cinq ans comme « engagées ». Saïd Omar ne m’a jamais donné d’instruction concernant Saïd Ali, ni écrite ni verbale. J’affirme qu’il ne m’a jamais écrit une seule fois. »</p>



<p><em><strong>Note.</strong> — La boîte du témoin fut alors fouillée, et, en plus d’un certain nombre de lettres cachetées destinées à Zanzibar, on trouva un petit paquet de lettres ouvertes dissimulées dans le couvercle arrière. Le témoin semblait avoir oublié le contenu de ces vieilles lettres, car il pria l’interprète de les lire à voix haute au fur et à mesure qu’elles étaient dépliées. En une demi-heure, trois lettres furent traduites, puis montrées au témoin qui, découvrant que deux provenaient de Saïd Omar et qu’une concernait un esclave qu’il avait acheté à Mroni — mais qui s’avérait être manifestement un musulman libre — changea complètement d’attitude : son air assuré et jovial fit place à un profond embarras.</em></p>



<h5 class="wp-block-heading"><strong>Interrogatoire poursuivi :</strong></h5>



<p>« Vous avez les lettres, comment pourrais-je les nier ? Je pensais avoir détruit tout cela avant de partir, mais c’est mon destin (ma malchance). En vérité, je suis pris au piège. J’ai bien servi les Français, mais la jalousie des scribes arabes (<em>Karanis</em>) m’a toujours nui, et je n’ai jamais eu la chance de toucher le salaire du <em>Sirkal</em> (le gouvernement). Si ce boutre est confisqué, je serai ruiné, car Saïd Omar avait garanti au propriétaire qu’il ne subirait aucun tort.</p>



<p>Je n’ai pas dit la vérité en affirmant que les « engagés » n’avaient pas été achetés par les Français, mais il est vrai que chacun d’eux a déclaré « j’ai accepté » avant que le directeur ne l’inscrive sur la liste. Ce n’était pas difficile, car les Français se fient à la parole de l’interprète, et bien que le Commandant soit très <em>kali</em> (strict), il exige seulement que les papiers soient en règle.</p>



<p>Il est vrai que Saïd Ali a vendu presque tous les travailleurs valides, y compris de nombreux Wangazidja qui ne survivront pas longtemps à Maore. Je sais qu’il a reçu de grandes caisses remplies de pièces de 5 francs, ainsi que plusieurs milliers de sacs de riz des planteurs. Ce n’était pas mon affaire : j’étais payé par le gérant des plantations, et je les ai servis fidèlement, mais ils étaient très <em>shoyo</em> (cupides), et les scribes français empochaient la plus grande part des bénéfices.</p>



<p>Avant mon départ, le Commandant refusa définitivement d’accorder le pavillon français à Saïd Ali. Les habitants, et même son propre père, lui conseillèrent de refuser, craignant que cela ne ruine leurs affaires. Ils le lui conseillèrent parce que le Commandant est très sévère et punit même ses amis si leurs papiers ne sont pas <em>« en règle »</em>.</p>



<p>Les deux compagnies ont acheté environ 700 personnes de Ngazidja cette année, en plus des deux contrats passés avec le sultan Abdallah. Nous avons entendu parler de votre affranchissement des esclaves à Mwali. Le sultan Abdallah bin Hamza perdra la vie pour avoir livré la fille de Ngazidja<sup data-fn="4083ba70-c043-4b86-b47e-4d84fbecc499" class="fn"><a id="4083ba70-c043-4b86-b47e-4d84fbecc499-link" href="#4083ba70-c043-4b86-b47e-4d84fbecc499">25</a></sup> entre vos mains.<br>Saïd Omar donna aussitôt l’ordre au sultan Abderrahman de l’arrêter et de le remettre au sultan de Ndzuani, et nous savons ce que cela signifie. Les autres chefs de Ngazidja qui avaient aidé les Anglais sont tous morts dans l’année.</p>



<p>J’ai reçu une autre lettre de Saïd Omar, arrivée par le boutre de Msellim : elle m’ordonnait, compte tenu des circonstances, de rassembler le meilleur lot possible, et, si nécessaire, d’accepter de Saïd Ali les prisonniers Wanyamwezi. J’ai détruit cette lettre. Vous pouvez garder les lettres, mais je vous prie de ne pas les montrer au Sultan. Je ne sais rien des gens actuellement à bord, sauf Mohammed bin Sheikh, le gendre de Saïd Omar. J’ignore le but de sa venue ici. Il s’est querellé avec Saïd Ali à Mroni.</p>



<p>Je ne puis rien dire de l’autre lettre ; vous l’avez, et elle me compromet. La lettre adressée à Abdullah bin Masud m’était destinée. Je promets de me présenter à nouveau à tout moment si l’on m’appelle. »</p>



<p><em>Lire ici la <a href="https://beshelea.com/said-omar-bin-said-hasan-1883/">Lettre de Saïd Omar wa Saïd Hasan à Mohammed bin Masud</a></em></p>



<h2 class="wp-block-heading">Déclaration de Msellim bin Ali, Arabe Suri<sup data-fn="0bc2011d-a04e-4c49-a47b-5218d96931eb" class="fn"><a id="0bc2011d-a04e-4c49-a47b-5218d96931eb-link" href="#0bc2011d-a04e-4c49-a47b-5218d96931eb">26</a></sup></h2>



<p class="has-text-align-right"><em>Tribunal du Consul général de Sa Majesté à Zanzibar, 21 décembre 1883</em></p>



<p>« Le boutre m’appartient. Il s’appelle <em>Salamati</em>. J’ai embarqué 32 passagers masculins et 3 passagères à Mroni. J’ai quitté Maore avec du sucre et 5 passagers indiens. Je suis passé par Mroni et Mitsamihuli.</p>



<p>Mon précédent voyage était un affrètement de Maore à Mroni et retour, avec des « engagés ». J’en ai transporté entre 170 et 180. Ils étaient tous originaires de Ngazidja. J’ai reçu 400 dollars de fret pour ce voyage. Il y avait deux Français à bord. Aucun ne portait d’uniforme.</p>



<p>J’avais d’abord refusé d’accepter l’affrètement, mais les officiers français sont venus me voir et m’ont informé que je recevrais des papiers du <em>Sirkal</em> qui garantiraient la sécurité de mon navire, même s’il venait à être arraisonné par les Anglais. Je n’aimais pas cette affaire, même alors, mais ils m’ont offert le double du fret habituellement payé. »</p>



<h5 class="wp-block-heading">Articles et référence :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://beshelea.com/libres-mis-esclavage-sultan-said-ali/">Nés libres mais mis en esclavage par Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar</a></li>



<li><a href="https://beshelea.com/debut-msafumu-said-ali/">Lettres et rapports sur le début du conflit entre Msafumu et Saïd Ali</a></li>



<li><a href="https://beshelea.com/esclavage-ordonnance-9-decembre-1846/">Abolition de l&rsquo;esclavage aux Comores : ordonnance du 9 décembre 1846</a></li>



<li>Correspondence relative to the slave trade 1884-85, British representatives and agents abroad and repports from naval officiers,&nbsp;<em>Foreign Office (november 1885)</em>.</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="6b109342-0e8f-44f2-946f-1ef241b55af0"><em>Son maître était un Arabe suri nommé Abdullah bin Ali, qui se trouvait être un proche de Msellim bin Ali.</em> <a href="#6b109342-0e8f-44f2-946f-1ef241b55af0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="593c5ee0-f868-484e-aef6-c351b6bb4ae6"><em>Bien qu’il ait été entendu en décembre 1883, la date exacte n’a pas été précisée.</em> <a href="#593c5ee0-f868-484e-aef6-c351b6bb4ae6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="b9240769-28c1-4d7d-9c53-43f00da6ea1d"><em>Abubakar bin Hadji, connu sous le nom de Kara Hadji, fils d’un ancien vizir d’Itsandraya et officier de police de Saïd Barghash.</em> <a href="#b9240769-28c1-4d7d-9c53-43f00da6ea1d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="a9c62567-002b-485d-b757-1b9b260c2f44"><em>Juma Waɗi Hasan et ses compagnons se trouvaient alors à Itsandraya Mdjini.</em> <a href="#a9c62567-002b-485d-b757-1b9b260c2f44-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="c9f06c51-0192-46af-ba0c-c33b710429b3"><em>Ɓakwera : littéralement canne de marche en bois. Terme utilisé ici pour désigner les coups de bâton.</em> <a href="#c9f06c51-0192-46af-ba0c-c33b710429b3-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="3c71465c-3c0b-409e-beba-1d12cf645c0f"><em>Les Français occupaient alors l’île de Maore. La transaction s’effectuait selon le système esclavagiste mis en place par la France, dit des « engagés ».</em> <a href="#3c71465c-3c0b-409e-beba-1d12cf645c0f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="137c4948-0d89-4b88-8724-412344c242e7"><em>Mohammed bin Masud Albusaid, Arabe originaire de Maore, partit très jeune pour Zanzibar. Il revint plus tard dans son île natale et devint interprète auprès des planteurs français acheteurs d’esclaves « engagés » dans l’archipel, notamment sur l’axe Maore–Ngazidja.</em> <a href="#137c4948-0d89-4b88-8724-412344c242e7-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9a43bafc-ea8b-4580-a648-46cdb8244bc9"><em>Le sultan de Zanzibar.</em> <a href="#9a43bafc-ea8b-4580-a648-46cdb8244bc9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="4da2ed71-3e67-4abf-a108-2c7c428959ea"><em>Capitaine d&rsquo;un bateau, en shiKomori.</em> <a href="#4da2ed71-3e67-4abf-a108-2c7c428959ea-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="7e384857-bdde-4d73-b2a5-50ba44e79b14"><em>Appartenant à Ɓuku [Ɓunu] Hamaɗi, un Moronien très impliqué dans le trafic d’esclaves</em>. <a href="#7e384857-bdde-4d73-b2a5-50ba44e79b14-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="b12e65a6-3eab-408f-92e1-652366e98de4"><em>Les partisans de Ntiɓe Mbamba.</em> <a href="#b12e65a6-3eab-408f-92e1-652366e98de4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="21da8ca1-21f2-4bd1-bd93-07dde422147c"><em>Selon une déclaration de Masud, étaient concernés : « M. Villéon (directeur des Habitations de la Compagnie des Comores), M. Velroit (délégué de l’Administration) et M. Téri (directeur de la Compagnie de la Grande Comore) ».</em> <a href="#21da8ca1-21f2-4bd1-bd93-07dde422147c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="61c4afb9-4652-4700-9568-5a0e77867c1e"><em>Il s’agissait des représentants du gouvernement français, c’est-à-dire des autorités occupant Maore.</em> <a href="#61c4afb9-4652-4700-9568-5a0e77867c1e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="86689d49-3187-4f9a-9752-4e5fbacfd7f9"><em>Ɓuku Hamaɗi</em> ? <a href="#86689d49-3187-4f9a-9752-4e5fbacfd7f9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="1ffbc938-7c5c-47ef-8e55-329b890961ae"><em>Mohedin wa Mwinyi Mkuu.</em> <a href="#1ffbc938-7c5c-47ef-8e55-329b890961ae-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8b63875e-8797-4be6-8766-4ea3cc45a1bc"><em>Petit frère de Saïd Ali wa Saïd Omar.</em> <a href="#8b63875e-8797-4be6-8766-4ea3cc45a1bc-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="ed49ea28-4d9c-44a9-a2ae-3bb51acdb37d"><em>Pour plus de clarté, Masud employait le nom du boutre pour désigner son propriétaire, Ɓuku [Ɓunu] Hamaɗi.</em> <a href="#ed49ea28-4d9c-44a9-a2ae-3bb51acdb37d-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="afd2cbb5-a798-4e78-b4e4-ad87f4a7b5e5"><em>Saïd Ɓakar wa Mwinyi Mkuu.</em> <a href="#afd2cbb5-a798-4e78-b4e4-ad87f4a7b5e5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 18"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="cded1dbd-6634-4d3a-8a1f-163d9e3dce4f"><em>Mkunazini est un quartier historiquement important situé à Stone Town (Mji Mkongwe), à Zanzibar.</em> <a href="#cded1dbd-6634-4d3a-8a1f-163d9e3dce4f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 19"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8e8b06d8-5683-45ff-a567-928e6173c840"><em>Mɓweni est une localité située sur l’île d’Unguja, dans l’archipel de Zanzibar.</em> <a href="#8e8b06d8-5683-45ff-a567-928e6173c840-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 20"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="446697b5-bf54-407a-88e9-127088a64b6c"><em>Il s’agissait d’Africains originaires du continent. Mrima désigne la côte est-africaine faisant face à l’archipel de Zanzibar.</em> <a href="#446697b5-bf54-407a-88e9-127088a64b6c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 21"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="4a4fad8f-bb3c-49f1-870d-0181a2e87655"><em>Saïd Omar wa Saïd Hasan, père de Saïd Ali.</em> <a href="#4a4fad8f-bb3c-49f1-870d-0181a2e87655-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 22"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="24155e41-bf7d-4fba-b9b1-9765f5e4cf2f"><em>Abdallah bin Salim.</em> <a href="#24155e41-bf7d-4fba-b9b1-9765f5e4cf2f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 23"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="df1e3139-536a-4a4f-90d9-b2eb705c5ee9"><em>Littéralement « maître », le terme est ici utilisé pour désigner le juge.</em> <a href="#df1e3139-536a-4a4f-90d9-b2eb705c5ee9-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 24"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="4083ba70-c043-4b86-b47e-4d84fbecc499"><em>Il s’agit de Mariama Hali, réduite en esclavage par Saïd Ali. En cours de route, elle fut récupérée et protégée à Mwali par le sultan Abdallah bin Hamza, alors en exil sur cette île. Il la confia à l’Anglais Frederik Holmwood, afin qu’elle puisse rejoindre son oncle Mwenyi Husein à Zanzibar.</em> <a href="#4083ba70-c043-4b86-b47e-4d84fbecc499-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 25"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="0bc2011d-a04e-4c49-a47b-5218d96931eb"><em>Du mot « Surriyya ». Dans la zone swahilie, un Arabe dit « Suri » désignait une personne dont le père était arabe et dont la mère était une concubine non arabe, souvent d’origine servile.</em> <a href="#0bc2011d-a04e-4c49-a47b-5218d96931eb-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 26"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol><p>The post <a href="https://beshelea.com/esclavage-juma-wadi-hasan/">Mis en esclavage par Saïd Ali : témoignage de Juma Waɗi Hasan</a> appeared first on <a href="https://beshelea.com">Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</a>.</p>
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		<title>Capture de Ntiɓe Msafumu : le récit de Mshangama bin Mwalimu</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 17 Sep 2025 17:10:58 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Personnalité historique]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[Esclavage]]></category>
		<category><![CDATA[Msafumu wa Fefumu]]></category>
		<category><![CDATA[Mshangama bin Mwalimu]]></category>
		<category><![CDATA[Ngazidja]]></category>
		<category><![CDATA[Saïd Ali wa Saïd Omar]]></category>
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					<description><![CDATA[<p>Cet article consacré à Mshangama Mwalimu s’inscrit dans une série de témoignages recueillis en 1883, au lendemain de la seconde Nkoɗo nkuu de Ngazidja, qui opposa les sultans Msafumu wa Fefumu et Saïd Ali wa Saïd Omar.</p>
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										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em><strong>Contexte : </strong>À l’exemple de <a href="https://beshelea.com/msafumu-recit-hamadi-wadi/">Hamaɗi Waɗi</a>, Mshangama bin Mwalimu est un soldat ayant pris part à la seconde Nkoɗo nkuu de Ngazidja. Il se distingue par le fait d’avoir servi successivement les sultans Msafumu wa Fefumu puis Saïd Ali wa Saïd Omar. En cette année 1883, il revient sur son différend avec le premier, au sujet de l’abolition de l’esclavage après le traité du 13 octobre 1882<sup data-fn="e589e537-5ece-4a7c-90f7-ed7f5e332f90" class="fn"><a id="e589e537-5ece-4a7c-90f7-ed7f5e332f90-link" href="#e589e537-5ece-4a7c-90f7-ed7f5e332f90">1</a></sup>. Il évoque également la capture de Msafumu, dresse une estimation du bilan humain de la guerre, décrit la répression qui s’ensuivit, marquée notamment par une recrudescence du trafic d’esclaves. Enfin, il livre, en conclusion de son récit, une analyse lucide des intentions de Saïd Ali, laquelle se révélera par la suite exacte.</em></p>



<p><em><strong>Note du consul britannique Frederic Holmwood</strong></em><sup data-fn="2bb4f7c5-cdd4-43f4-90b1-063370e48ff6" class="fn"><a id="2bb4f7c5-cdd4-43f4-90b1-063370e48ff6-link" href="#2bb4f7c5-cdd4-43f4-90b1-063370e48ff6">2</a></sup><em><strong>:</strong> « Cet homme était un officier de Msafumu, mais il fit défection pour rejoindre Saïd Ali avec le marchand d’esclaves <em>Ntiɓe</em> Mbamba, qui était son supérieur immédiat. Peu après l’assassinat de Msafumu, il refusa de servir plus longtemps Saïd Ali et s’évada de Mroni sur un boutre, tandis que je me trouvais à Mwali. Il arriva à Zanzibar trois jours après le navire de Sa Majesté, le « Tourmaline », mais refusa de me donner la moindre information jusqu’à ce que Son Altesse le Sultan</em><sup data-fn="86559807-fcaa-4654-af37-8caeabd698e0" class="fn"><a id="86559807-fcaa-4654-af37-8caeabd698e0-link" href="#86559807-fcaa-4654-af37-8caeabd698e0">3</a></sup><em>lui ordonnât de comparaître et de témoigner. »</em></p>



<h3 class="wp-block-heading">Le récit de Mshangama bin Mwalimu</h3>



<p>« Son Altesse Saïd Barghash m’a promis que je ne recevrai aucun châtiment pour le rôle que j’ai joué contre Msafumu, et il m’a ordonné de ne rien vous cacher concernant cette affaire. Je dirai donc toute la vérité, car je regrette d’avoir été conduit à rejoindre Saïd Ali, maintenant qu’il a tué notre Sultan. Mais j’espère que vous demanderez au peuple de Ngazidja présent ici de me pardonner. Lorsque Ntiɓe Mbamba passa du côté de Saïd Ali, je le suivis, car j’étais également opposé à l’abolition de la traite des esclaves, que projetait Msafumu. Je fus nommé second commandant des soldats wangazidja de Saïd Ali ; Kari wa Djae en était le chef.</p>



<p>La capture de Msafumu se fit entièrement par ruse. Saïd Ali proposa la paix à condition qu’il s’engageât à ne plus soutenir le sultan Abdallah<sup data-fn="2b1b04a1-58d3-465e-92f5-d580a0c6212e" class="fn"><a id="2b1b04a1-58d3-465e-92f5-d580a0c6212e-link" href="#2b1b04a1-58d3-465e-92f5-d580a0c6212e">4</a></sup> dans une attaque contre Mroni. Il envoya le Jamadar anjouanais Mohamed Alawi avec son vizir pour conclure l’arrangement par écrit. Ils furent admis de nuit par les portes d’Itsandraya, mais Mohammed bin Hasan al Beisa avait déjà trahi et convenu de livrer ce poste aux soldats de Saïd Ali. Certains d’entre eux accompagnaient les envoyés et parvinrent ainsi à pénétrer dans la ville. Une fois celle-ci entrée, toute résistance était impossible, car les soldats, à demi affamés, se montraient presque indifférents à ce qui se passait.</p>



<p>Ils saisirent Msafumu et l’amenèrent à Mroni, mais le sultan Abdallah bin Hamza s’échappa par la porte de Ntsudjini et gagna finalement sain et sauf Mwali à bord d’un boutre. J’étais parti en mission spéciale à Ntsudjini et ce ne fut qu’à mon retour que j’appris que Msafumu était en captivité<sup data-fn="2dd12157-819b-465d-8afa-5b40c166a957" class="fn"><a id="2dd12157-819b-465d-8afa-5b40c166a957-link" href="#2dd12157-819b-465d-8afa-5b40c166a957">5</a></sup>.</p>



<p>Kari wa Djae prit possession de la maison de Msafumu à Itsandraya après que les soldats anjouanais eurent emmené ce dernier. Ils s’emparèrent de toute sa famille et de tous ses biens. Je poursuivis jusqu’à Ntsudjini avec mes hommes et, selon mes ordres, capturai treize des parents de Msafumu. J’emportai aussi 3 000 dollars noirs que Msafumu avait dans un coffre sur place<sup data-fn="f8300d77-2c07-49f5-b357-e7cea9b7f13c" class="fn"><a id="f8300d77-2c07-49f5-b357-e7cea9b7f13c-link" href="#f8300d77-2c07-49f5-b357-e7cea9b7f13c">6</a></sup>. Je ne permis à personne d’insulter ces captifs. Toutes étaient jeunes, élevées « twaâ<sup data-fn="3e2cbe8e-386e-48ef-a931-31e1afafeb21" class="fn"><a id="3e2cbe8e-386e-48ef-a931-31e1afafeb21-link" href="#3e2cbe8e-386e-48ef-a931-31e1afafeb21">7</a></sup> ». Toutefois, Saïd Ali en donna une à Ntiɓe Mbamba pour son harem, en prit une autre comme concubine, et envoya les restantes au roi de Ndzuani<sup data-fn="09b50e72-e277-4429-bd7b-2558299fa6f8" class="fn"><a id="09b50e72-e277-4429-bd7b-2558299fa6f8-link" href="#09b50e72-e277-4429-bd7b-2558299fa6f8">8</a></sup> dans le boutre d’Awathi, conformément à leur accord.</p>



<p>Après cela, les soldats anjouanais montèrent à Ntsudjini et s’emparèrent de la mère de Msafumu, [Djana] Nema binti Djumɓe Fumu, et de sa sœur, Mmadjamu binti Fefumu, que j’avais laissées libres. Ils les dépouillèrent entièrement devant leur peuple, les humiliant si gravement qu’elles s’allongèrent et moururent toutes deux<sup data-fn="64a147f7-084e-4c2b-b8e1-fb9eba6067ae" class="fn"><a id="64a147f7-084e-4c2b-b8e1-fb9eba6067ae-link" href="#64a147f7-084e-4c2b-b8e1-fb9eba6067ae">9</a></sup>, davantage, je pense, de honte que des sévices subis.</p>



<p>Msafumu fut gardé enchaîné dans une chambre durant environ une semaine. J’entendis dire que Saïd Ali avait tenté de l’empoisonner, mais il en fut averti par une esclave qui lui apportait sa nourriture. Lorsque les Anjouanais revinrent de Ntsudjini, ils ramenèrent tous les gens de Msafumu, esclaves comme hommes libres, ainsi que tous leurs biens. Ils apportèrent aussi les traités anglais signés par Msafumu et le sultan Abdallah. Saïd Ali les lut et les remit au Jamadar anjouanais, qui les porta aussitôt dans la prison de Msafumu. Là, il les déchira en morceaux, tandis que les soldats anjouanais et les partisans de Saïd Ali se tenaient autour en se moquant de lui, lui demandant s’il fallait aller chercher Saïd Barghash ou ses amis anglais. Puis ils l’étranglèrent.</p>



<p>Après avoir emmené les onze jeunes femmes à Ndzuani, le boutre d’Awathi retourna à Mroni et fit deux autres voyages semblables, transportant chaque fois un grand nombre de jeunes filles wangazidja pour le roi de Ndzuani.</p>



<p>Ensuite, il envoya les Anjouanais dans les villages où résidaient les esclaves familiaux de Msafumu. Ils étaient pratiquement libres, mais issus de familles serviles anciennes qui avaient gardé le bétail de la famille des chefs durant des générations. Les villages se nommaient « Igadjuu », « Mɓaleni », « Hamanvu Mbwani », « Ngole » et « Nɗuɓweni ». Ils emmenèrent toutes les âmes : hommes, femmes et enfants. Quand je les vis, ils campaient à l’extérieur de Mroni, prêts à l’embarquement. Il n’y avait parmi eux aucun vieillard. Les Anjouanais me dirent qu’environ deux cents de ces personnes avaient été séparées puis tuées dans une partie dense de la forêt au cours du trajet. Le nombre ramené atteignait certainement plus de cinq cents.</p>



<p>Nous reçûmes plusieurs visites de deux Français. J’ignore leurs noms. Ils étaient accompagnés de deux commis dont j’ai connu les noms à l’époque, mais que j’ai oubliés. Ils venaient de Maore pour enregistrer les esclaves que leur vendait Saïd Ali. La plus grande partie de leurs cargaisons fut expédiée sur deux navires qui firent chacun deux voyages à Maore. Les propriétaires étaient des Arabes, mais je ne remarquai pas le pavillon qu’ils arboraient. Ils achetèrent et embarquèrent au total 300 esclaves et 120 wangazidja libres. Tous, esclaves et libres, étaient ligotés, les mains derrière le dos, jusqu’à leur mise à bord.</p>



<p>Les Français logeaient l’un chez Abdullah Felahi, l’Indien, et l’autre chez Ali Sham, autre homme d’affaires de Saïd Ali. Ils tenaient toute la comptabilité. Le règlement du prix de ces esclaves causa beaucoup de difficultés, mais il fut finalement convenu que tant les esclaves que les libres seraient comptés à 40 dollars par tête, et qu’une pièce de 5 francs ou deux roupies vaudraient un dollar. L’argent fut immédiatement scellé et envoyé par Ɓuku [Ɓunu] Hamaɗi au roi de Ndzuani. La première fois il emporta plus de 10 000 dollars, la seconde, je crois, 6 000.</p>



<p>Saïd Ali reconnut sa dette totale envers le roi Abdallah pour les soldats, le transport, les vivres et les munitions à hauteur de 25 000 dollars<sup data-fn="459fa05b-f8ac-45f3-b26e-bd7178804a91" class="fn"><a id="459fa05b-f8ac-45f3-b26e-bd7178804a91-link" href="#459fa05b-f8ac-45f3-b26e-bd7178804a91">10</a></sup>, mais le roi répondit qu’elle s’élevait à 40 000 dollars, exigeant ainsi son profit. Peu avant mon départ, Ɓuku Hamaɗi fut renvoyé sur le boutre d’Awathi pour déclarer que Saïd Ali considérait avoir entièrement réglé sa dette, le seul profit qu’il consentait étant d’avoir livré toutes les plus belles femmes de Ngazidja, condition qu’il avait scrupuleusement respectée. Il lui avait envoyé 3 000 dollars (sham) pris à Msafumu, 120 esclaves de plantation valant 5 000 dollars, et les sommes reçues des Français. On pensait que cette réclamation conduirait à une querelle.</p>



<p>Outre ces expéditions, Saïd Ali envoyait constamment de petits lots d’esclaves à Maore et à Ndzuani, dont il gardait le produit, et nous avions tous, en particulier les Anjouanais, la liberté de capturer quiconque et de le vendre aux boutres arabes et français, pourvu que nous ne contrecarrions pas les arrangements de notre chef. Pendant la famine, nous en vendîmes beaucoup pour quelques livres de riz ou de grain, mais lorsque la disette cessa, Saïd Ali devint avide et vendit nombre d’esclaves que nous avions rassemblés pour nous-mêmes. Il en écoula certains des miens que je gardais dans une maison à Itsandraya, et alors je me disputai avec lui. Je n’étais plus en bons termes avec lui depuis qu’il avait ordonné la mort de Msafumu.</p>



<p>Presque toutes les troupes wanyamwezi envoyées par Saïd Barghash pour aider Msafumu furent capturées et vendues aux Français pour 40 dollars par tête. Dix d’entre eux furent toutefois autorisés à entrer au service de Saïd Ali. Il y avait parmi eux plusieurs esclaves affranchis des Anglais, élevés dans la mission de Zanzibar. Ceux-ci écrivirent au consul, mais Saïd Ali découvrit leurs lettres et les déchira. Les Français connaissaient toute l’affaire de Msafumu, mais disaient que cela ne les concernait pas, puisqu’ils ne venaient que pour acheter des esclaves. Après ma querelle avec Saïd Ali, je saisis la première occasion de quitter Mroni, que j’ai abandonné il y a vingt jours à bord du boutre de Rashid<sup data-fn="2d753c2e-8ea0-42c7-854d-e6c53457eb22" class="fn"><a id="2d753c2e-8ea0-42c7-854d-e6c53457eb22-link" href="#2d753c2e-8ea0-42c7-854d-e6c53457eb22">11</a></sup>.</p>



<p>Lorsque je partis, la famine était complètement terminée, mais les principautés d’Ikoni<sup data-fn="80c88535-375f-4cf1-bf38-b051255e4ad0" class="fn"><a id="80c88535-375f-4cf1-bf38-b051255e4ad0-link" href="#80c88535-375f-4cf1-bf38-b051255e4ad0">12</a></sup> et d’Itsandraya étaient presque dépeuplés. Je ne pense pas qu’il restât une seule personne vivante dans le premier ; environ 1 200 y moururent. Dans les grandes villes d’Itsandraya, seuls les plus pauvres moururent effectivement de faim, bien que des centaines succombassent à la « fièvre de famine » qui se répandit dans l’île.</p>



<p>Cependant, en chassant les esclaves pour notre propre compte dans les villages de montagne, nous n’y trouvâmes pour la plupart que des squelettes, gisant sur les sentiers où ils s’étaient traînés à la recherche de racines. Il est impossible d’évaluer la mortalité dans ce vaste pays, mais elle ne fut pas inférieure à 3 000 ou 4 000 personnes. Nous ne pûmes pénétrer sur la côte orientale de l’île<sup data-fn="3b6729aa-3a4f-425f-9d6d-d3de3c94c697" class="fn"><a id="3b6729aa-3a4f-425f-9d6d-d3de3c94c697-link" href="#3b6729aa-3a4f-425f-9d6d-d3de3c94c697">13</a></sup>, mais, d’après ce que j’entendis, la détresse y fut relativement légère. Ces principautés ne participèrent pas activement à la guerre, et je ne pense pas que Saïd Ali y étendra ses raids, car en ce cas ils deviendraient probablement hostiles et se rallieraient en bloc au frère<sup data-fn="884a2175-6e53-43f9-996d-631002a8a945" class="fn"><a id="884a2175-6e53-43f9-996d-631002a8a945-link" href="#884a2175-6e53-43f9-996d-631002a8a945">14</a></sup> de Msafumu, à Hamahame.</p>



<p>Saïd Ali espérait vivement — ou feignait d’espérer — obtenir la protection française. Si on lui permettait d’arborer le pavillon français, nul ne saurait dire jusqu’où il irait<sup data-fn="cd3381fd-d02c-45db-be16-7bdfa2bb72b1" class="fn"><a id="cd3381fd-d02c-45db-be16-7bdfa2bb72b1-link" href="#cd3381fd-d02c-45db-be16-7bdfa2bb72b1">15</a></sup>. »</p>



<h5 class="wp-block-heading">Articles et référence :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://beshelea.com/libres-mis-esclavage-sultan-said-ali/">Nés libres mais mis en esclavage par Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar</a></li>



<li><a href="https://beshelea.com/debut-msafumu-said-ali/">Lettres et rapports sur le début du conflit entre Msafumu et Saïd Ali</a></li>



<li>Correspondence relative to the slave trade 1883-84, British representatives and agents abroad and repports from naval officiers,&nbsp;<em>Foreign Office (february 1884)</em>.</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="e589e537-5ece-4a7c-90f7-ed7f5e332f90"><em>Le 13 octobre 1882, deux traités visant à abolir l’esclavage furent signés entre, d’une part, Msafumu wa Fefumu (Itsandraya) et Abdallah bin Saïd Hamza (Ɓamɓao), et d’autre part, le consul britannique Frederic Holmwood.</em> <a href="#e589e537-5ece-4a7c-90f7-ed7f5e332f90-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2bb4f7c5-cdd4-43f4-90b1-063370e48ff6"><em>Consul britannique à Zanzibar.</em> <a href="#2bb4f7c5-cdd4-43f4-90b1-063370e48ff6-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="86559807-fcaa-4654-af37-8caeabd698e0"><em>Barghash bin Saïd, sultan de Zanzibar et allié de Msafumu.</em> <a href="#86559807-fcaa-4654-af37-8caeabd698e0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2b1b04a1-58d3-465e-92f5-d580a0c6212e"><em>Abdallah bin Hamza, ancien sultan du Ɓamɓao renversé par son cousin Saïd Ali, est le beau-frère et l’allié de Msafumu.</em> <a href="#2b1b04a1-58d3-465e-92f5-d580a0c6212e-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2dd12157-819b-465d-8afa-5b40c166a957"><em>Dans la maison de Mze Suluhu, à Ɓaiɗi.</em> <a href="#2dd12157-819b-465d-8afa-5b40c166a957-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="f8300d77-2c07-49f5-b357-e7cea9b7f13c"><em>Selon <a href="https://beshelea.com/mbafumu-wa-madjuani-1883/">Mɓafumu wa Madjuani</a>, il s’agissait d’une somme destinée à couvrir les frais d’un projet de pèlerinage de Msafumu.</em> <a href="#f8300d77-2c07-49f5-b357-e7cea9b7f13c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="3e2cbe8e-386e-48ef-a931-31e1afafeb21"><em>Le terme <em>Twaâ</em> désigne l’obéissance et la bonne éducation.</em> <a href="#3e2cbe8e-386e-48ef-a931-31e1afafeb21-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="09b50e72-e277-4429-bd7b-2558299fa6f8"><em>Sultan Abdallah bin Salim de Ndzuani.</em> <a href="#09b50e72-e277-4429-bd7b-2558299fa6f8-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="64a147f7-084e-4c2b-b8e1-fb9eba6067ae"><em>Il convient de préciser que Djana Nema, mère de Msafumu, n’est pas décédée durant la semaine de captivité de son fils, puisqu’il est établi qu’elle assista aux funérailles de ce dernier. Il semble plutôt s’agir d’une tournure d’expression comorienne destinée à signifier que Djana Nema et sa fille Mmadjamu étaient « <em>wafu ha hamu na djuɗi / waoneswa haya</em> » (mortes de chagrin et de tristesse / accablées de honte), en raison de l’humiliation publique qu’elles subirent. Il ne s’agit donc en aucun cas d’une mort réelle, au sens strict du terme.</em> <a href="#64a147f7-084e-4c2b-b8e1-fb9eba6067ae-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="459fa05b-f8ac-45f3-b26e-bd7178804a91"><em>Saïd Ali, soutenu militairement et logistiquement par le sultan Abdallah bin Salim de Ndzuani, dut honorer une lourde dette « nau » de guerre envers ce dernier.</em> <a href="#459fa05b-f8ac-45f3-b26e-bd7178804a91-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2d753c2e-8ea0-42c7-854d-e6c53457eb22"><em>Rashid bin Saïd al Suri, témoin envoyé à Ngazidja par Saïd Barghash. Sujet zanzibarite, son boutre, le « Sahala », navigue sous pavillon de Zanzibar.</em> <a href="#2d753c2e-8ea0-42c7-854d-e6c53457eb22-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="80c88535-375f-4cf1-bf38-b051255e4ad0"><em>Comprendre le Ɓamɓao, dont Ikoni fut longtemps le chef-lieu.</em> <a href="#80c88535-375f-4cf1-bf38-b051255e4ad0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="3b6729aa-3a4f-425f-9d6d-d3de3c94c697"><em>Dans le Hamahame, le Washili et le Ɗimani, principautés Inya Fwamɓaya.</em> <a href="#3b6729aa-3a4f-425f-9d6d-d3de3c94c697-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="884a2175-6e53-43f9-996d-631002a8a945"><em>Mɓafumu wa Ɓwana Hadji, un oncle maternel Msafumu wa Fefumu</em>. <a href="#884a2175-6e53-43f9-996d-631002a8a945-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="cd3381fd-d02c-45db-be16-7bdfa2bb72b1"><em>L&rsquo;histoire donnera raison à cette analyse de Mshangama bin Mwalimu.</em> <a href="#cd3381fd-d02c-45db-be16-7bdfa2bb72b1-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol><p>The post <a href="https://beshelea.com/msafumu-recit-mshangama-mwalimu/">Capture de Ntiɓe Msafumu : le récit de Mshangama bin Mwalimu</a> appeared first on <a href="https://beshelea.com">Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</a>.</p>
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		<title>Capture de Ntiɓe Msafumu : le récit de Hamaɗi Waɗi Ɓingoti Myao</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Kori Tari]]></dc:creator>
		<pubDate>Wed, 10 Sep 2025 11:04:11 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Personnalité historique]]></category>
		<category><![CDATA[Témoignages]]></category>
		<category><![CDATA[Angleterre]]></category>
		<category><![CDATA[Hamaɗi Waɗi Ɓingoti Myao]]></category>
		<category><![CDATA[Msafumu wa Fefumu]]></category>
		<category><![CDATA[Ngazidja]]></category>
		<category><![CDATA[Saïd Ali wa Saïd Omar]]></category>
		<category><![CDATA[slider]]></category>
		<category><![CDATA[Sultanat]]></category>
		<category><![CDATA[Zanzibar]]></category>
		<guid isPermaLink="false">https://beshelea.com/?p=870</guid>

					<description><![CDATA[<p>Cet article consacré à Hamaɗi Waɗi s’inscrit dans une série de témoignages recueillis en 1883, au lendemain de la seconde Nkoɗo nkuu de Ngazidja, qui opposa les sultans Msafumu wa Fefumu et Saïd Ali wa Saïd Omar.</p>
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]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[
<p class="has-drop-cap"><em><strong>Contexte :</strong> Hamaɗi Waɗi Ɓingoti Myao est un ancien esclave nyamwezi, affranchi par une cour du consulat britannique de Zanzibar. En février 1882, il comptait parmi les soldats envoyés par le sultan Barghash bin Saïd pour prêter main-forte au sultan <em>Ntiɓe</em> Msafumu. Un an plus tard, en 1883, il livra au consul britannique Frederic Holmwood le récit de son aventure à Ngazidja : les raisons, selon lui, de leur échec, la capture de Msafumu, ainsi que les scènes de chaos et de famine qui ravagèrent l’île.</em></p>



<p>« J’ai été capturé il y a trois ans, sur un boutre venant de Kilwa<sup data-fn="04fe4519-470c-48ad-be8c-9670135bdfd4" class="fn"><a id="04fe4519-470c-48ad-be8c-9670135bdfd4-link" href="#04fe4519-470c-48ad-be8c-9670135bdfd4">1</a></sup>, et libéré par le consul anglais<sup data-fn="83434f96-25e8-4c19-a8e3-2da40aab8a63" class="fn"><a id="83434f96-25e8-4c19-a8e3-2da40aab8a63-link" href="#83434f96-25e8-4c19-a8e3-2da40aab8a63">2</a></sup>. L’an dernier, n’ayant à ce moment aucun travail convenable, je me suis enrôlé dans la troupe de Kara Hadji<sup data-fn="dd121640-52db-495d-b1c2-667880ff8835" class="fn"><a id="dd121640-52db-495d-b1c2-667880ff8835-link" href="#dd121640-52db-495d-b1c2-667880ff8835">3</a></sup> et suis allé à la Ngazidja. Nous étions pour la plupart des Nyamwezi<sup data-fn="8959949a-05be-413d-b411-ba9ce23b691b" class="fn"><a id="8959949a-05be-413d-b411-ba9ce23b691b-link" href="#8959949a-05be-413d-b411-ba9ce23b691b">4</a></sup>, mais certains de mes amis, qui avaient également été libérés par les Anglais, ainsi que Konop, qui avait été instituteur dans la mission anglaise, et quelques-uns de ses compagnons, nous rejoignirent. Nous disposions de carabines Enfield<sup data-fn="53166bc7-c694-4ec6-b24b-a09c27a5a021" class="fn"><a id="53166bc7-c694-4ec6-b24b-a09c27a5a021-link" href="#53166bc7-c694-4ec6-b24b-a09c27a5a021">5</a></sup> et de nombreuses cartouches, et si nous avions eu un chef véritable, nous aurions pu refouler sans délai Saïd Ali dans la mer<sup data-fn="30117eec-2b0b-449c-a720-2a59ee9fbe3f" class="fn"><a id="30117eec-2b0b-449c-a720-2a59ee9fbe3f-link" href="#30117eec-2b0b-449c-a720-2a59ee9fbe3f">6</a></sup>. Mais des divisions surgirent entre nous dès le début, et nous découvrîmes ensuite que Mohammed bin Hasan [al-Beisa], qui nous avait été envoyé comme agent confidentiel de Saïd Barghash<sup data-fn="0aae5006-77cf-4e0d-9bca-d499df1ec969" class="fn"><a id="0aae5006-77cf-4e0d-9bca-d499df1ec969-link" href="#0aae5006-77cf-4e0d-9bca-d499df1ec969">7</a></sup>, était depuis toujours en correspondance avec Saïd Ali.</p>



<p>Après votre départ d’Itsandraya, nous eûmes vite consommé le riz que vous nous aviez laissé, et, lorsque la cargaison de grain arriva enfin de Zanzibar, une terrible famine faisait déjà rage. Msafumu, voyant ses gens mourir par centaines chaque jour, proposa la paix à Saïd Ali, qui feignit de vouloir la conclure, à condition qu’on le laissât en possession tranquille de Mroni<sup data-fn="00df3872-a521-4985-aaa4-bfc870c77900" class="fn"><a id="00df3872-a521-4985-aaa4-bfc870c77900-link" href="#00df3872-a521-4985-aaa4-bfc870c77900">8</a></sup>. L’arrangement fut conduit par Mohammed bin Hasan, qui se rendit librement à Mroni pour négocier avec Saïd Ali. Il déclara avoir obtenu des conditions très favorables et annonça que le Jamadar<sup data-fn="e69f51b6-4b77-4839-96e0-88c3c976f3d5" class="fn"><a id="e69f51b6-4b77-4839-96e0-88c3c976f3d5-link" href="#e69f51b6-4b77-4839-96e0-88c3c976f3d5">9</a></sup> viendrait chercher la ratification de Msafumu. Sans doute fûmes-nous bien imprudents de laisser sans garde les portes qui s’étaient révélées imprenables, mais nous croyions tous al-Beisa quand il affirmait que la guerre était finie. Il plaça quelques gardes de son entourage aux postes de garde, et ceux-ci laissèrent entrer les soldats anjouanais avec leurs officiers. Msafumu et tous ceux qui ne purent s’échapper furent saisis.</p>



<p>Je parvins à m’enfuir à Shinɗini<sup data-fn="2c14a623-9bba-445f-9e59-6ea73a224ace" class="fn"><a id="2c14a623-9bba-445f-9e59-6ea73a224ace-link" href="#2c14a623-9bba-445f-9e59-6ea73a224ace">10</a></sup>, avec le sultan Abdallah bin Hamza et l’ancien vizir. Hashimu, le chef, nous cacha et fit conduire le sultan Abdallah jusqu’à la côte. Comme j’étais peu connu des hommes de Saïd Ali, je partis à pied vers Ikoni, où je savais l’existence d’un bois contenant des fruits sauvages auxquels nous avions eu recours lorsque nous assiégions Mroni. Toute la route vers cet endroit était jonchée de cadavres, et l’on y voyait encore quelques survivants, principalement des enfants, qui s’étaient maintenus en se nourrissant d’herbes. Personne n’avait encore découvert les fruits, mais la plupart avaient pourri.</p>



<p>J’entrai dans la ville que je connaissais bien depuis le siège de Mroni. Toute âme y avait péri. Les morts gisaient sans sépulture, pourrissant en tas ou isolés. Presque chaque maison contenait des cadavres, manifestement morts de faim. Devant la maison de l’ancien chef, je tombai sur lui (Muhammad Mshangama), étendu mort, réduit à l’état de squelette, bien qu’il fût évident qu’il n’était décédé que depuis quelques heures. Je ne rencontrai pas un seul être vivant de toute la journée et gagnai Selea<sup data-fn="73141926-01ee-4786-ae16-4a1e6b3dd1cd" class="fn"><a id="73141926-01ee-4786-ae16-4a1e6b3dd1cd-link" href="#73141926-01ee-4786-ae16-4a1e6b3dd1cd">11</a></sup>, où j’obtins un peu de nourriture ; mais je fus arrêté par les soldats de Saïd Ali et vendu, contre un sac de grain, à Buku Hamaɗi<sup data-fn="91d8a225-962e-421e-b481-d0f84481ed42" class="fn"><a id="91d8a225-962e-421e-b481-d0f84481ed42-link" href="#91d8a225-962e-421e-b481-d0f84481ed42">12</a></sup>, à Mroni. N’ayant pas été reconnu comme l’un des soldats de Msafumu, je fus ensuite vendu à un Arabe Suri<sup data-fn="2e1e2a78-1a3e-47f7-8485-4a8ddd44ac40" class="fn"><a id="2e1e2a78-1a3e-47f7-8485-4a8ddd44ac40-link" href="#2e1e2a78-1a3e-47f7-8485-4a8ddd44ac40">13</a></sup>, nommé Hamaɗi, contre du riz. Il m’embarqua sur son boutre, mais il m’arrivait souvent de descendre à terre pour des affaires du nahuza<sup data-fn="65bfd3cf-51e7-4c0f-876b-7ca53f982e1c" class="fn"><a id="65bfd3cf-51e7-4c0f-876b-7ca53f982e1c-link" href="#65bfd3cf-51e7-4c0f-876b-7ca53f982e1c">14</a></sup> Ɓwana Husein.</p>



<p>Je connus la grand-mère<sup data-fn="1bb96521-80b4-4b32-8b26-135401979ee0" class="fn"><a id="1bb96521-80b4-4b32-8b26-135401979ee0-link" href="#1bb96521-80b4-4b32-8b26-135401979ee0">15</a></sup> de Msafumu. Elle demeura dans sa vieille maison de Mroni. On ne l’inquiéta pas. Le jeune fils<sup data-fn="9d0d6c3d-3b64-4175-88c8-205f7b417271" class="fn"><a id="9d0d6c3d-3b64-4175-88c8-205f7b417271-link" href="#9d0d6c3d-3b64-4175-88c8-205f7b417271">16</a></sup> de Msafumu fut amené, avec sa nourrice que vous aviez libérée, dans sa maison. Je l’y vis, en bonne santé, avant mon départ. Mes compagnons furent tous vendus aux Français, qui les embarquèrent pour Maore. Quelques-uns toutefois rallièrent Saïd Ali, mais ils furent envoyés en service à Mitsamihuli. Je vis la hutte où Msafumu était enfermé<sup data-fn="03c0d8af-2c98-41ec-a26e-ce1778b4aa99" class="fn"><a id="03c0d8af-2c98-41ec-a26e-ce1778b4aa99-link" href="#03c0d8af-2c98-41ec-a26e-ce1778b4aa99">17</a></sup>. Saïd Ali tenta de l’empoisonner. Une petite esclave lui apportait de la nourriture de chez sa grand-mère, et les soldats reçurent l’ordre de l’arrêter et d’empoisonner la nourriture. Saïd Ali leur donna une poudre blanche à y mêler. Soit que l’esclave en avertît Msafumu, soit que le poison n’eût pas d’effet, il était encore vivant le lendemain. Quelques soldats, qui montèrent à bord ce soir-là, en parlèrent à leur maître. Ils croyaient cependant qu’il serait certainement éliminé.</p>



<p>Nous partîmes pour Mangao, où le Nahuza refusa de me laisser débarquer ; mais, de nuit, je me jetai à la mer et gagnai la côte à la nage, puis je poursuivis ma route à pied jusqu’à Kilwa. Là, je rencontrai un ancien compagnon d’esclavage, et je travaillai avec lui dans une mangrove à couper des perches, pour quoi je reçus un passage gratuit vers Zanzibar à bord du <em>« Mtepe »</em>, appartenant à un Banian. »</p>



<h5 class="wp-block-heading">Articles et référence :</h5>



<ul class="wp-block-list">
<li><a href="https://beshelea.com/libres-mis-esclavage-sultan-said-ali/">Nés libres mais mis en esclavage par Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar</a></li>



<li><a href="https://beshelea.com/debut-msafumu-said-ali/">Lettres et rapports sur le début du conflit entre Msafumu et Saïd Ali</a></li>



<li>Correspondence relative to the slave trade 1883-84, British representatives and agents abroad and repports from naval officiers,&nbsp;<em>Foreign Office (february 1884)</em>.</li>
</ul>



<h5 class="wp-block-heading">Notes :</h5>


<ol class="wp-block-footnotes"><li id="04fe4519-470c-48ad-be8c-9670135bdfd4"><em>Ancienne cité prospère de la côte swahilie, aujourd’hui intégrée à la Tanzanie.</em> <a href="#04fe4519-470c-48ad-be8c-9670135bdfd4-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 1"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="83434f96-25e8-4c19-a8e3-2da40aab8a63"><em>Il est fait référence à John Kirk.</em> <a href="#83434f96-25e8-4c19-a8e3-2da40aab8a63-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 2"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="dd121640-52db-495d-b1c2-667880ff8835"><em>Abubakar bin Hadji, connu sous le nom de Kara Hadji, fils d’un ancien vizir d’Itsandraya et officier de police de Saïd Barghash.</em> <a href="#dd121640-52db-495d-b1c2-667880ff8835-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 3"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="8959949a-05be-413d-b411-ba9ce23b691b"><em>Une ethnie de la côte est-africaine.</em> <a href="#8959949a-05be-413d-b411-ba9ce23b691b-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 4"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="53166bc7-c694-4ec6-b24b-a09c27a5a021"><em>Le fusil Lee-Enfield, fusil militaire à répétition et à verrou, accompagna les troupes britanniques dès la fin du XIXe siècle.</em> <a href="#53166bc7-c694-4ec6-b24b-a09c27a5a021-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 5"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="30117eec-2b0b-449c-a720-2a59ee9fbe3f"><em>La troupe de Kara Hadji arriva le 27 février 1882 à Itsandraya Mdjini. À ce moment-là, le sultan Saïd Ali fut aussitôt assiégé à Mroni par le sultan Ntiɓe Msafumu.</em> <a href="#30117eec-2b0b-449c-a720-2a59ee9fbe3f-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 6"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="0aae5006-77cf-4e0d-9bca-d499df1ec969"><em>Sultan de Zanzibar et allié de Msafumu.</em> <a href="#0aae5006-77cf-4e0d-9bca-d499df1ec969-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 7"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="00df3872-a521-4985-aaa4-bfc870c77900"><em>Selon Hamaɗi Waɗi, Saïd Ali, dans sa ruse, aurait consenti à mettre fin à la guerre à condition de demeurer sultan du Ɓamɓao.</em> <a href="#00df3872-a521-4985-aaa4-bfc870c77900-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 8"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="e69f51b6-4b77-4839-96e0-88c3c976f3d5"><em>Mohamed Alawi, commandant des soldats anjouanais envoyés par le sultan Abdallah bin Salim en soutien à Saïd Ali.</em> <a href="#e69f51b6-4b77-4839-96e0-88c3c976f3d5-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 9"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2c14a623-9bba-445f-9e59-6ea73a224ace"><em>Dans le Mbadjini, fief de Hashim wa Mwinyi Mkuu, oncle et allié de Saïd Ali durant la guerre.</em> <a href="#2c14a623-9bba-445f-9e59-6ea73a224ace-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 10"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="73141926-01ee-4786-ae16-4a1e6b3dd1cd"><em>Un village du Ɓamɓao, situé à quelques kilomètres au sud de Mroni.</em> <a href="#73141926-01ee-4786-ae16-4a1e6b3dd1cd-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 11"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="91d8a225-962e-421e-b481-d0f84481ed42"><em>Ɓuku [Ɓunu] Hamaɗi, un Moronien très impliqué dans le trafic d’esclaves, notamment avec son boutre Awathi.</em> <a href="#91d8a225-962e-421e-b481-d0f84481ed42-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 12"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="2e1e2a78-1a3e-47f7-8485-4a8ddd44ac40"><em>Du mot « Surriyya ». Dans la zone swahilie, un Arabe dit « Suri » désignait une personne dont le père était arabe et dont la mère était une concubine non arabe, souvent d’origine servile.</em> <a href="#2e1e2a78-1a3e-47f7-8485-4a8ddd44ac40-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 13"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="65bfd3cf-51e7-4c0f-876b-7ca53f982e1c"><em>Capitaine en shikomori</em>. <a href="#65bfd3cf-51e7-4c0f-876b-7ca53f982e1c-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 14"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="1bb96521-80b4-4b32-8b26-135401979ee0"><em>S’agit-il de Singa, mère de Djana Nema — laquelle donna naissance à Msafumu wa Fefumu — et épouse de Djumbe Fumu, ancien sultan du Ɓamɓao ? Ou bien s’agit-il de Mwana Wetru, mère d’Anziza et belle-mère de Msafumu ?</em> <a href="#1bb96521-80b4-4b32-8b26-135401979ee0-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 15"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="9d0d6c3d-3b64-4175-88c8-205f7b417271"><em>Il s’agirait de Rashid [Shanfi ?] wa Msafumu, selon une note de Holmwood fondée sur les témoignages de Mze Salim Djumbamba et Rashid bin Saïd al Suri, qui organisèrent son exfiltration, avec quelques membres de sa famille, de Ngazidja vers Zanzibar.</em> <a href="#9d0d6c3d-3b64-4175-88c8-205f7b417271-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 16"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li><li id="03c0d8af-2c98-41ec-a26e-ce1778b4aa99"><em>La maison de Mze Suluhu, à Ɓaiɗi.</em> <a href="#03c0d8af-2c98-41ec-a26e-ce1778b4aa99-link" aria-label="Aller à la note de bas de page 17"><img src="https://s.w.org/images/core/emoji/17.0.2/72x72/21a9.png" alt="↩" class="wp-smiley" style="height: 1em; max-height: 1em;" />︎</a></li></ol><p>The post <a href="https://beshelea.com/msafumu-recit-hamadi-wadi/">Capture de Ntiɓe Msafumu : le récit de Hamaɗi Waɗi Ɓingoti Myao</a> appeared first on <a href="https://beshelea.com">Ɓeshelea | Culture et histoire des Comores</a>.</p>
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