Contexte : Employée au palais Ɗarini, à Ɓamɓao Mtsanga, Maria est une esclave makua appartenant à Ɓweni Rukia, l’une des épouses du sultan Abdallah bin Salim. Après la signature du traité de 1882 entre la Grande-Bretagne et Ndzuani, interdisant la traite et prévoyant l’abolition progressive de l’esclavage, elle se dit trahie par les Anglais. C’est ce qu’elle confia, en novembre 1883, lors d’un entretien informel avec le consul britannique Frederic Holmwood. Le traité stipulait en effet, dans son article V, une clause d’affranchissement immédiat en cas de maltraitance.
Mtsamɗu, novembre 1883.
« Je suis au service du cuisinier du roi1, qui vient aujourd’hui dans la capitale2 avec Son Altesse. Je suis l’une des femmes qui vous ont servi l’année dernière lorsque vous concluyiez le traité3. Nous sommes toutes déçues que les Anglais ne soient pas venus nous affranchir, comme nous l’avions cru d’après ce que nous avons entendu lorsque vous parliez avec les officiers du roi.
Il y a beaucoup de Wangazidja4 chez nous [à Ɓamɓao Mtsanga]. Nous avons dix-sept nouvelles filles originaires de Ngazidja à Ɗarini [le palais]. Je ne peux rien vous dire à ce sujet. Si l’on savait que je vous avais parlé, je serais tuée. Nous ne pouvons pas parler, mais si vous m’emmenez sur le navire pour Zanzibar, je n’aurai pas peur. Je faisais partie de celles que vous aviez promises d’affranchir l’année dernière si nous étions maltraitées. »
MARIA
Article et référence :
- Nés libres mais mis en esclavage par Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar
- Correspondence relative to the slave trade 1858-1892, British representatives and agents abroad and repports from naval officiers, Foreign Office (february 1884).
Notes
- Le sultan Abdallah bin Salim [Abdallah III, dit Mawana]. ↩︎
- Abdallah III réside plus souvent dans son nouveau palais de Ɓamɓao Mtsanga que dans la capitale Mtsamɗu. ↩︎
- Le traité du 10 octobre 1882, conclu à Ɓamɓao Mtsanga entre le sultan Abdallah III et Frederick Holmwood, prévoyait l’abolition de l’esclavage. ↩︎
- Il concernait des personnes, pour la plupart libres à l’origine, réduites en servitude par le sultan Saïd Ali wa Saïd Omar de Ngazidja, puis envoyées à Ndzuani en paiement d’un tribut de guerre dû au sultan Abdallah III. ↩︎














