Contexte : Le prince Mwenye Cheikh expose au roi Charles II d’Angleterre une affaire d’extorsion et d’esclavage survenue dans son île de Ndzuani, impliquant des Européens de la Compagnie des Indes. Il saisit cette occasion pour réitérer sa demande de mise sous protectorat britannique de Ndzuani et de Mwali.
Mtsamɗu, janvier 1676
« Au grand roi Charles le Second, roi de Grande-Bretagne, d’Écosse, de France et d’Irlande, Roi des rois et Défenseur de la Foi,
Je considère Votre Majesté comme mon père. Aussi, ayant été trompé par un navire danois du nom de Hope, commandant Corpen Crimson Writter, la tromperie étant la suivante :
En l’année 1675 est arrivé ici à l’île de Ndzuani un navire de guerre français, avec lequel j’ai fait un arrangement pour réduire l’île de Mwali1 au gouvernement de Ndzuani, sous lequel elle était auparavant, et pour lequel le commandant du navire français s’est entendu avec moi pour 700 dollars, c’est-à-dire 400 dollars en argent et 300 dollars en provisions. Mais avant qu’il ait pu équiper son navire, est arrivé un autre bateau français, appartenant à la Compagnie, qui informa le capitaine du navire du roi qu’il devait faire le plus de diligence possible pour aller à Surate escorter les navires marchands, de sorte qu’il n’a pu remplir son contrat avec moi.
Entre-temps, aussi, arrive un navire danois, comme relaté ci-dessus, appartenant à la Compagnie des Indes orientales danoise, avec lequel j’ai été forcé de faire un arrangement avec lui, c’est-à-dire le capitaine du navire danois, et pour lequel je devrais lui donner un millier de dollars pour aller remettre l’île de Mwali sous son ancien gouvernement, c’est-à-dire en argent 700 dollars et 300 dollars en provisions. Ce que lui, c’est-à-dire le commandant danois, a accepté. Mais après quelque temps, le commandant danois, pensant pouvoir le faire à cause de l’importance de son navire, a pris la liberté d’élever les termes du marché, c’est-à-dire [qu’il a demandé] 700 dollars en argent, 50 vaches, 50 esclaves et 600 mesures de riz. Ce à quoi j’ai répondu que je refusais. Peu de temps après, il a saisi un de mes hommes, Abdallah Sheikh2, une personne que j’employais toujours pour mes affaires.
Alors le capitaine danois, en possession de cet homme, m’a fait payer 800 dollars en argent et 200 en provisions avant de rendre l’homme Abdallah Sheikh. Et pourtant il n’a pas voulu accomplir son voyage à Mwali, bien qu’il restât encore quatre mois dans la rade, car ce n’était pas le moment d’aller vers le cap Bona Esperancia. Aussi, j’espère que Votre Majesté prendra ce fait en considération et me fera rendre justice du grand préjudice que j’ai reçu.
En l’an 1663, mon père3, étant roi de l’île, envoya alors une lettre à Votre Majesté, que si Votre Majesté jugiez bon d’accepter l’île de Ndzuani, elle serait à votre disposition ; mais depuis j’ai appris que cette lettre n’est jamais parvenue aux mains de Votre Majesté et donc, s’il plaît à Votre Majesté, je remets et remettrai complètement les îles de Ndzuani et de Mwali à Votre Majesté4 ; en conséquence de quoi je souhaite que Votre Majesté envoie pour les fortifier contre les autres nations.
Ainsi souhaitant à Votre Majesté un long et heureux règne. »
MWENYE SHEIKH
Articles et références :
- Des Comores à la Barbade, puis à Londres : l’affaire d’État de 1676
- The Diaries of Streynsham Master, 1675-1680, Vol. I, John Murray (1911).
- Documents anciens sur les Îles Comores (1591-1810), Anne Molet-Sauvaget (1994).
Notes :
- Ndzuani exerçait une influence politique et militaire sur ses îles voisines, notamment Maore et Mwali. Cette dernière, en particulier, était placée sous une suzeraineté fluctuante, oscillant entre autonomie et vassalité. ↩︎
- Il s’agit de son frère. Celui-ci sera envoyé en mission à Londres pour défendre la cause de Ndzuani auprès de la Court of Committees. ↩︎
- Cheikh Swalih, époux de Sultane Djumɓe Halima II. ↩︎
- Cette même demande de protectorat sera renouvelée au XVIIIe siècle par Sheikh Salim, fils du sultan Saïd Ahmed. ↩︎














