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Des notes et des lettres

Lettre de Mwinyi Mkuu à Ranavalona Iʳᵉ en 1834

Contexte : En 1834, une délégation malgache en route pour Zanzibar fait escale à Mroni, à Ngazidja, afin de se ravitailler en eau. La mission, dépêchée par la reine Ranavalona Iʳᵉ, est chargée d’une démarche diplomatique auprès de Sayyid Saïd, sultan de Zanzibar. Mais le contexte géopolitique de l’époque ne permettait aucune halte ni à Maore ni à Mwali1.

La première est alors administrée, en tant que représentant du sultan de Ndzuani, par un Malgache sakalava, Andriantsuli, ancien rival des Mérina et de Radama Iᵉʳ. La seconde avait pour souverain Ramanetaka (connu également sous le nom de sultan Abdurahman), un Malgache mérina, cousin de Radama Iᵉʳ, qui avait fui la répression sanglante ordonnée par Ranavalona Iʳᵉ. L’escale est donc opérée plus au nord de l’archipel, à Ngazidja, à Mroni, auprès du sultan Ahmed bin Saïd Ali bin Swaleh, dit Mwinyi Mkuu. Un choix dicté par la prudence, mais qui laisse supposer l’existence d’une entente préalable entre les deux parties, possiblement établie dès le règne de Radama Iᵉʳ.

C’est dans ce contexte que le sultan adresse une lettre à la reine Ranavalona Iʳᵉ, en ce mois d’Alkausi (entre novembre et décembre) 12502, dans l’intention de consolider ce lien. La souveraine y répondra quelques mois plus tard, au mois d’Athauru (entre avril et mai) de l’année suivante.

Lettre d’Ahmed bin Saïd Ali à Ranavalona Iʳᵉ

Ngazidja, le 27 alkausi 1250

À Ranavalomanjaka3,
Tananarive.

« Par la grâce du Très Haut,

Parvenez à la vieillesse et soyez exempte de maladies, ô Ranavalomanjaka, notre pays est calme et tranquille.

Vos cinq envoyés4 et ceux de Sayyid Saïd arrivés sur la terre de Mroni, et ont eu une entrevue avec moi. Ils ont dit que vous êtes en bonne santé et nous leur avons fait part du bon état de la nôtre. Depuis nos ancêtres et notre père5, le roi ou la reine de Madagascar sont nos pères et mères et nous sommes leurs enfants6. En ce moment vous êtes notre père et notre mère7 et nous vos enfants, ne nous abandonnez pas, mais veuillez nous visiter pour voir notre situation ici et de notre côté nous vous rendrons visite.

Nous vous demandons, Madame, s’il n’y a pas d’inconvénient de nous dire s’il y a des services que nous pouvons vous rendre car nous les accomplirons. C’est nous qui vous demandons une lettre Madame et votre visite. »

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Sultan AHMED MWINYI MKUU

Lettre de Ranavalona Iʳᵉ à Ahmed bin Saïd Ali

Tananarive, 21 athauru 18358

Au Sultan Ahmed Mwinyi Mkuu,

« J’ai écouté les paroles apportées par mes cinq envoyés et j’ai reçu la lettre que vous m’avez écrite le 27 alkausi 1250. J’en ai pris connaissance, ce que vous dites est vrai, je suis véritablement votre père et votre mère.

Au sujet de vos offres de service, je vous le ferai dire le cas échéant ou je vous enverrai une lettre ou une personne ; ce que vous dites est bien.

Je vous salue. »

RANAVALOMANJAKA

Référence :
  • Relations entre Madagascar et les Comoes aux XIXe siècle (1825-1895), Roihilou Mohamed (2008)
Notes :
  1. En effet, Maore et Mwali se trouvent bien plus proches de la côte ouest de Madagascar. ↩︎
  2. L’année hégirienne mentionnée correspond à 1834 dans le calendrier grégorien. ↩︎
  3. Littéralement “Ranavalona régnante”. On le désignait également par ce titre. ↩︎
  4. La délégation était composée de Fadly (chef de délégation), Ramiaramanana, Rahaingomanana, Ranamaloko et Ramahasolo. ↩︎
  5. Il fait ici référence au premier roi de l’Imerina, Andrianampoinimerina, père du défunt époux de la reine, le roi Radama Iᵉʳ. Une manière de flatter la souveraine et de se rapprocher d’elle. ↩︎
  6. Une formulation très diplomatique, au regard du passif des razzias malgaches dans l’archipel des Comores. Le sultan Ahmed bin Saïd bin Swaleh est d’ailleurs né vers 1793, au début des attaques orchestrées par les Betsimsaraka. Lorsqu’il accède au pouvoir dans le Ɓamɓao vers 1820, Ngazidja venait de subir, quelques années plus tôt, les dernières incursions. ↩︎
  7. Il s’agit d’une expression typiquement comorienne, que l’on retrouve dans le genre nyanɗu (poésie épique), notamment dans la formule : “Nɗo ulo sesi nɗo ulo nyasi” (“celui qui est notre père et notre mère”). ↩︎
  8. Ici, l’année est indiquée selon le calendrier grégorien. ↩︎

Written By

Kori Tari, Rédacteur en chef de Beshelea.com, est un passionné de la culture et de l'histoire des Comores. Amoureux du Shikomori, il a grandi en étant bercé par les contes, les devinettes et les jeux traditionnels de son pays.

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