Contexte : Devenu sultan de Ndzuani en 1836, à tout juste dix-sept ou dix-neuf ans, dans des circonstances tragiques — après la mort en détention, en avril de la même année à Mwali, de son père et de deux de ses oncles paternels1 — Alawi bin Abdallah, dit Alawi Mtiti2, hérite d’un pouvoir profondément instable. À peine intronisé, il entend reprendre, dès le mois de novembre, le conflit engagé par son père, le sultan Abdallah bin Alawi (Abdallah II), contre Ramanetaka3, sultan de Mwali. Mais ce projet est rapidement contrarié : dès le début de 1837, il fait face à une rébellion conduite par plusieurs de ses oncles paternels, au premier rang desquels Hasan, futur sultan Salim II4.
Au-delà de ces dissensions interfamiliales, Alawi Mtiti n’ignorait pas que l’île devait impérativement renouer avec le commerce des nations étrangères, pilier essentiel de son économie. C’est ainsi que, parallèlement à la relation privilégiée entretenue par le sultanat de Ndzuani avec les Britanniques, il tenta de jeter, en mars 1837, les bases d’un partenariat comparable avec les États-Unis d’Amérique, par l’entremise d’un commerçant new-yorkais du nom d’Aaron H. Palmer. Il l’invita également à dépêcher un représentant résident sur l’île, afin de consolider et de pérenniser cette relation naissante.
« À la cité américaine de New-York :
Pour le bien-aimé Cheikh Aaron H. Palmer, n° 49, Wall Street.
Qu’Allah soit son guide ! Amen ! Badooh !
Par la grâce du Très-Haut,
Au très cher, au très glorieux, au très généreux Cheikh Aaron H. Palmer, l’honoré, l’exalté, le magnifique, le comblé.
Qu’Allah, le Très-Haut, soit son guide ! Amen !
À présent, après t’avoir offert l’honneur et la protection de la cité de Ndzuani et de ses habitants, voici ce que je t’adresse :
Ta noble lettre est arrivée et nous l’avons lue. Ton ami en a bien compris le contenu. Qu’Allah te récompense abondamment ! Tu dis dans ta lettre que tu désires commercer — vendre et acheter — dans notre pays, et que tu souhaites entretenir avec nous des relations d’amitié. Sois le bienvenu. Nous te remercions et acceptons ton offre. Tu nous dis aussi de t’informer de tout ce dont nous aurions besoin de ta part.
De nouveau, nous te remercions et t’informons que tu peux nous envoyer un représentant de ta maison qui résidera dans le pays de Ndzuani. Ainsi, tes affaires pourront s’y établir pleinement. Un bazar des marchands et tout ce qu’il faut dans le pays sera préparé de notre côté, s’il plaît à Dieu. Tout ce qui sera demandé dans ces contrées sera payé comptant à la livraison. Moi et tout le peuple de Ndzuani te demandons de nous unir aux peuples américains par l’amitié et la bonne entente, comme nous le sommes avec les Anglais, et nous vous servirons tous comme nous les servons.
Nous éprouvons désormais un grand désir de nous rapprocher des peuples américains. Dis-leur de nous envoyer leurs lettres, ou bien un navire de guerre en leur nom, et nous nous lierons à eux par un traité solennel. Ce que nous désirons et demandons de toi à présent, ce sont des lettres scellées de recommandation, pour notre assurance. Et afin que tu saches que cette lettre vient bien de nous, nous l’avons marquée de notre sceau.
Nous te prions de nous envoyer toutes sortes de tissus de lin et de cotonnades, blanches et brunes, des étoffes à fines rayures, toutes sortes de draps de laine, dix lits et soixante chaises, toutes sortes d’objets en verre, des lampes grandes et petites — certaines pour poser sur la table — ainsi que de beaux mouchoirs de soie. Voilà ce que nous t’écrivons. À présent, que salutations et prospérité soient avec toi à jamais !
Daté du 10e jour du mois de dhu al-hijjah, 1252
(correspondant environ au 16 mars 1837)5.
De ton ami, le Sultan ALAWI6, fils du Sultan, Abdallah bin Alawi, Al Shirazi. »
Référence :
- Dashes at life with a free pencil : The American short story series, Volume 30, Burgess (Stringer & Co., 1845) / Nathaniel P. Willis (1969).
Notes
- Le sultan de Ndzuani, Abdallah bin Alawi, ses frères Husein et Ali, l’ancien sultan de Maore Ɓwana Kombo bin Ahamadi, ainsi que neuf officiers waNdzuani, malmenés en mer par une violente tempête et pensant bénéficier d’une trêve, mirent pied à terre à Fumɓoni. À leur grande surprise, ils furent capturés par les hommes de Ramanetaka et moururent dans les prisons de ce dernier. Certains, dont Abdallah II, auraient été laissés mourir de faim. ↩︎
- Alawi Mtiti (Alawi le Jeune), également connu sous le nom de sultan Alawi II. ↩︎
- Un Malgache, converti à l’islam et connu sous le nom de sultan Abdurahman, est par ailleurs le père de la sultane Djumɓe Fatima. ↩︎
- Hasan bin Alawi devenu Salim, un des frères d’Abdallah II. le conflit se prolongea durant quatre années et prit fin le 25 octobre 1840 avec l’exil du jeune sultan Alawi II et de ses conseillers, parmi lesquels figurait son grand-oncle, le vizir Saïd Hamza. ↩︎
- La note relative à la correspondance avec le calendrier grégorien, avançant la date au 16 mars, a été ajoutée par le traducteur américain. Toutefois, la date exacte devrait correspondre au 20 mars 1837. ↩︎
- Il est enfin à noter que le traducteur américain de la lettre commit une erreur en traduisant littéralement, depuis l’arabe, le nom « Alawi » par « Sublime ». Cette traduction fautive donna la formule suivante : “the Sooltan the sublime, son of the Sooltan, Abdallah the sublime” (« le Sultan le sublime, fils du Sultan, Abdallah le sublime »). ↩︎














