Contexte : Le sultan Abdallah bin Salim (Abdallah III) adresse une protestation au consul britannique à Zanzibar, John Kirk, à la suite de la destruction de son boutre Amanat Ullah, commandé par le capitaine Mohedin bin Saïd Hasan, par la corvette britannique HMS Rifleman à Madagascar. Le navire était soupçonné de se livrer à un trafic d’esclaves.
Ndzuani, 23 avril 1875
« Sir,
J’ai bien reçu votre lettre du 8 avril dernier, ainsi que Mohedin bin Saïd Hasan qui est arrivé. J’ai été très peiné d’apprendre qu’un de mes boutres, nommé « Amanat Ullah », a été détruit à Madagascar par un des navires de Sa Majesté, nommé « Rifleman ». Vous m’avez demandé de punir le maître du boutre pour avoir été impliqué dans la traite des esclaves. Je l’ai fait juger devant mon tribunal, mais n’ai pu trouver aucune preuve contre lui montrant qu’il ait eu quoi que ce soit à voir avec la traite des esclaves ou qu’il ait été impliqué dans la traite lors de son dernier voyage, quand le boutre a été détruit.
Je l’ai également fait juger au sujet des lettres qui ont été trouvées en sa possession concernant la traite des esclaves ; mais il a déclaré que ces lettres avaient été écrites il y a environ huit ou neuf ans, à l’époque où il était effectivement impliqué dans la traite, étant alors sujet et sous la protection du Sultan de Zanzibar1. Il y avait aussi une lettre qu’il avait reçue d’un monsieur à Kilwa, lui demandant si le boutre en question allait transporter des esclaves, auquel cas il recevrait des esclaves pour lui à Kionga2 et les amènerait à Mwali. Mohedin bin Said Hasan lui a alors répondu que son boutre ne pouvait transporter aucun esclave, car le Sultan de Ndzuani lui avait fait prêter serment de ne jamais transporter d’esclaves tant qu’il naviguerait sous le pavillon ou la protection de Ndzuani.
D’après ce que j’ai pu découvrir, il y avait deux nègres déserteurs, appartenant auparavant à un boutre français, qui sont montés à bord du navire de Sa Majesté « Rifleman » et ont rapporté que le boutre précité avait débarqué des esclaves environ dix jours plus tôt. Je ne pense pas qu’il était juste pour l’officier commandant à bord du « Rifleman » de croire ce que disaient ces nègres3, car selon notre loi, un nègre n’a jamais le droit de prêter serment comme témoin, car il n’est pas né pour dire la vérité. De plus, au moment où le boutre a été saisi et détruit, il a été pris sur la plage de Madagascar par certains officiers du navire de Sa Majesté « Rifleman », alors qu’il n’avait même pas ses mâts, étant en réparation et reposant sur la plage depuis deux mois ; donc, si tel est le cas, je ne pense pas qu’il y avait quelque droit de détruire le boutre.
Et comme vous m’avez informé que les îles de Ngazidja, Mwali et Ndzuani importent encore des esclaves, tant pour un usage domestique que pour les réexpédier vers des établissements voisins, en ce qui concerne Ngazidja et Mwali, je n’en sais absolument rien ; mais pour Ndzuani, je dois vous informer qu’il n’y a absolument aucune traite des esclaves en cours, car tout habitant de Ndzuani qui possède un boutre ou tout boutre qui navigue sous le pavillon ou la protection de Ndzuani doit prêter serment devant moi de n’avoir jamais rien à voir, de près ou de loin, avec la traite des esclaves. Et si je devais découvrir un homme rompant son serment, sa punition et sa sentence ne seraient rien d’autre que la mort.
Par ailleurs, je suis toujours disposé et prêt à aider le Gouvernement de Sa Majesté à prévenir l’esclavage ou toute autre chose qui serait en mon pouvoir.
Je serais très heureux si l’officier naval supérieur venait à Ndzuani, afin que je puisse m’entretenir personnellement avec lui, car il m’est impossible de m’exprimer dans une lettre comme je le souhaiterais, et j’espère que vous excuserez la mauvaise qualité de l’écriture de cette lettre, car il n’y a personne ici en ce moment qui soit bien instruit dans la langue anglaise4. J’enverrai une lettre en Angleterre afin d’informer le Gouvernement de Sa Majesté au sujet des questions susmentionnées. »
SULTAN ABDALLAH
Articles et références :
- L’idéologie derrière l’esclavage dans l’archipel des Comores
- Accounts and papers, Trade &c. – continued – (Life assurance compagnies); Slave trade – Session 8 February – 15 August 1876, Vol LXX (1876).
Notes :














