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Sultan Saïd Ali wa Saïd Omar, ancien sultan Ntiɓe de Ngazidja © ANOM
Saïd Ali wa Saïd Omar, ancien sultan Ntiɓe de Ngazidja © ANOM

Colonisation

Colonisation française des Comores : Traité du 6 janvier 1886

Cet article s’inscrit dans une série à travers laquelle Ɓeshelea s’est fixé pour objectif de publier l’intégralité des traités et actes relatifs à la colonisation française de l’archipel des Comores.

Contexte : Longtemps convoité par le sultan Saïd Ali wa Saïd Omar depuis les premières années de la décennie 1880 — au point d’en implorer l’octroi auprès des autorités françaises1— le protectorat français sur Ngazidja devient finalement réalité au tout début de l’année 1886. Pour le nouveau Ntiɓe, fragilisé sur le plan politique malgré sa victoire totale lors de la seconde Nkoɗo nkuu2, l’enjeu est alors existentiel. Contesté au sein même de sa famille, notamment depuis sa rupture à l’été 1883 avec son oncle maternel et ancien allié Hashim wa Mwinyi Mkuu, sultan du Mbadjini, Saïd Ali cherche dans l’appui français le moyen de consolider un pouvoir devenu précaire.

Sa francophilie, presque obsessionnelle3, joue alors un rôle décisif. Saïd Ali, qui place dans la France une confiance sans réserve, voit en elle l’unique puissance capable d’assurer son autorité. Cette disposition le rend particulièrement vulnérable aux ambitions de Léon Humblot, botaniste français de passage à Ngazidja en septembre 1884. Habile et opportuniste, il promet au sultan de défendre ses multiples requêtes de protectorat auprès de Paris. Séduit, Saïd Ali lui remet, le 10 janvier 1885, les pleins pouvoirs pour le représenter dans ses démarches, accompagnés d’une lettre destinée au président Jules Grévy.

Mais derrière la promesse diplomatique se profile une entreprise autrement plus lucrative. Flairant l’immense profit qu’il peut tirer de la situation, Humblot agit avec empressement. À son retour à Mroni, il conclut le 5 novembre 1885 une convention commerciale directement avec le sultan Saïd Ali. Ce traité, signé bien avant l’officialisation de la tutelle française, lui accorde des droits exorbitants : « le droit d’exploiter toute l’étendue de l’île, toutes les richesses naturelles quelconques et toutes les terres qu’il voudra mettre en culture ». En contrepartie, le sultan percevrait « 10 % sur les bénéfices réalisés dans les différentes branches de l’exploitation de l’île ».

Trois mois plus tard, la France recueille presque sans effort le contrôle de l’île. Quarante-cinq ans après l’acquisition controversée de Maore4, Ngazidja devient la deuxième île de l’archipel à entrer dans l’orbite coloniale française, après des décennies de tentatives infructueuses, notamment sur Mwali. L’année 1886 marque dès lors un basculement décisif. Car une fois cette brèche ouverte, l’expansion française s’accélère avec une redoutable efficacité : trois mois seulement après Ngazidja, Ndzuani tombe à son tour sous protectorat le 21 avril, suivie de Mwali le 26 avril.

Traité conclu le 6 janvier 1886 avec le Sultan Ntiɓe de Ngazidja

Entre :

Son Altesse Saïd Ali wa Saïd Omar, sultan Ntiɓe de Ngazidja,
assisté de :

  • Mohammed bin Ahmed5, premier ministre,
  • Abderahman, deuxième ministre,

et en présence des princes :

  • Saïd Bakari wa Sultan Ahmed6,
  • Ɓwana Fumu wa Mɓafumu, sultan particulier de Mitsamihuli,
  • Mohammed Sidi wa Saïd Omar7, frère de Son Altesse,

d’une part ;

Et le gouvernement de la République Française, représenté par M. Gerville-Réache, commandant de Maore,
en présence de :

  • M. de Bausset Roquefort Duchaine d’Arbaud, capitaine de frégate, officier de la Légion d’honneur, commandant de l’aviso de l’État Le Labourdonnais,
  • MM. Riche, médecin de 1er classe de la marine, chevalier de la Légion d’honneur,
  • de Lestrac, sous-commissaire de la marine,
  • Ropars et Rouhet, enseignes de vaisseau,

d’autre part ;

Il a été convenu ce qui suit :

Article 1 : Le gouvernement de Son Altesse, désirant assurer l’indépendance de Ngazidja et resserrer les liens d’amitié existant depuis longtemps entre lui et la France, déclare accorder une situation prépondérante au gouvernement français dans les affaires de cette île à l’exclusion de toute autre nation.

Article 2 : Il s’engage à ne céder aucune partie du territoire et à ne traiter avec aucune puissance sans avoir obtenu préalablement l’assentiment du gouvernement français.

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Article 3 : Son Altesse, voulant en même temps assurer la paix et la tranquillité de son État et éviter les compétitions entre les différents chefs subalternes du territoire, offre de laisser subsister les cinq sultanats existant actuellement, à savoir :

  1. Ɓamɓao
  2. Itsandraya
  3. Mitsamihuli
  4. Mbuɗe
  5. Mbadjini

Chacun sera dirigé par un chef portant le titre de sultan, placé directement sous l’autorité du sultan Ntiɓe, lequel conserve la direction spéciale du sultanat de Ɓamɓao, dont la capitale est Mroni.

Article 4 : Son Altesse prend l’engagement :

  1. De ne déplacer ni révoquer aucun souverain de l’île sans l’assentiment du délégué du gouvernement français ;
  2. De ne faire ni laisser faire aucune guerre dans ses États sans avoir pris au préalable l’avis de l’autorité française.

Article 5 : Dans le cas où Son Altesse viendrait à décéder par suite de mort violente, elle entend laisser à la France le soin de régler sa succession comme elle le jugera nécessaire au bien du pays.

Article 6 : Son Altesse confirme les concessions de terres ou autorisations d’exploitation déjà accordées aux Français à Ngazidja, et s’engage à faciliter à l’avenir l’établissement des ressortissants français qui viendront y habiter.

Fait à Mroni, le 6 janvier 1886.

Ont signé :
Saïd Ali wa Saïd Omar, sultan de Ngazidja
Gerville-Réache, commandant de Maore

(Signatures des témoins).

Référence :
  • Les traités de protectorat conclus par la France en Afrique, 1870-1895, Edgard Rouard de Card (1897).
Note
  1. En date du 20 août 1883, lettre envoyée au gouverneur de Maore ainsi qu’à celui de Nosy-Be : « […] Je verse des torrents de larmes, j’ai un cœur français dans un corps arabe. Je suis sultan par droit de contrat, par testament et par la force des armes. Mais si la France ne vient pas à mon aide en accordant à mon pays et à moi-même ce protectorat que je sollicite, tout est perdu. » ↩︎
  2. Dernier conflit majeur du 19ᵉ siècle à Ngazidja, qui opposa les sultans Msafumu wa Fefumu et Saïd Ali wa Saïd Omar. ↩︎
  3. Formé auprès de l’administration coloniale à Maore, il se décrivait lui-même comme « au cœur français dans un corps arabe ». ↩︎
  4. À la suite du controversé traité de cession de Maore, signé le 25 avril 1841. ↩︎
  5. Wazir d’Ikoni. ↩︎
  6. L’un des oncles maternels de Saïd Ali, personnage très influent et ancien sultan du Ɓamɓao. ↩︎
  7. Un prince de Ndzuani, demi-frère de Saïd Ali. ↩︎
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Kori Tari, Rédacteur en chef de Beshelea.com, est un passionné de la culture et de l'histoire des Comores. Amoureux du Shikomori, il a grandi en étant bercé par les contes, les devinettes et les jeux traditionnels de son pays.

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