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Parade des troupes de sultan Saïd Ali devant la mosquée du vendredi de Mroni, 1884. ©️ MNHN
Parade des troupes de sultan Saïd Ali devant la mosquée du vendredi de Mroni, 1884. ©️ MNHN

Esclavage

L’après nkoɗo nkuu : le témoignage de Mze bin Mfwahaya

Cet article consacré à Mze bin Mfwahaya s’inscrit dans une série de témoignages recueillis en 1883, au lendemain de la seconde Nkoɗo nkuu de Ngazidja, qui opposa les sultans Msafumu wa Fefumu et Saïd Ali wa Saïd Omar.

Contexte : Mze bin Fwahaya est un Mngazidja installé à Zanzibar qui, vers la fin du conflit opposant les sultans Msafumu et Saïd Ali, fit le choix de revenir à Ngazidja afin de prendre part aux affrontements. Il s’engagea naturellement en faveur du sultan d’Itsandraya.

Son récit porte essentiellement sur les derniers épisodes du conflit, sur les épreuves qu’il dut traverser, mais également sur le climat sociopolitique général qui régnait alors à Ngazidja. Il décrit notamment le fonctionnement des rouages de l’appareil esclavagiste mis en place par le sultan Saïd Ali : d’une part à travers le paiement du tribut qu’il devait au sultan Abdallah bin Salim de Ndzuani en échange de son soutien, et d’autre part par le lucratif trafic d’esclaves dits « engagés », organisé avec les autorités coloniales et les planteurs français établis à Maore.

Son témoignage fut recueilli entre la fin du mois d’octobre et le début du mois de novembre 1883 à Mwali par le consul britannique Frederic Holmwood.

Le récit de Mze bin Mfwahaya :

« J’étais autrefois batelier de ravitaillement à Zanzibar, mais je suis venu à Ntsudjini lorsque la guerre éclata afin de veiller sur ma famille. Par la suite, je rejoignis le régiment des Wanyamwezi1, où je fus blessé à la tête. Il y avait dans ma compagnie plusieurs garçons de la mission des Universities’ Mission ; ils parlaient et écrivaient l’anglais. Ils furent tous capturés par Saïd Ali et vendus aux Français. Moi aussi, j’ai été capturé, mais je parvins à m’échapper et, connaissant bien le pays, je réussis ensuite à éviter d’être reconnu, bien que je croisasse constamment les hommes de Saïd Ali.

Je suis arrivé à Mwali il y a seulement un mois, à bord du boutre de Salim bin Mohammed Sidi. Il y avait à bord soixante-dix habitants de Ngazidja destinés au roi de Ndzuani. Salim bin Mohammed possédait deux pavillons2, l’un français et l’autre de Ndzuani ; il utilisait le premier en mer et le second lorsqu’il était au port. Il disposait de papiers de Ndzuani.

Lorsque nous jetâmes l’ancre à Mwali, je débarquai et, apprenant que le sultan Abdullah bin Hamza3 se trouvait dans la ville, je lui signalai que deux de ses esclaves originaires de Ngazidja se trouvaient à bord et étaient conduits vers Ndzuani. Il en informa le sultan Abdurahman4, lequel envoya trois soldats pour les saisir ; ils furent ramenés à terre. Ils se trouvent maintenant auprès du sultan Abdallah5. Quant au reste des habitants de Ngazidja, ils furent conduits à Ndzuani.

Après la guerre, une terrible famine éclata. Les soldats de Ndzuani6 avaient détruit les récoltes ainsi que les cocotiers, et tout le bétail avait été emporté ou abattu. Le grain que vous aviez envoyé permit aux habitants de la ville de survivre pendant environ trois semaines ; mais ensuite chacun dut se nourrir d’herbe. Presque tous moururent. À Ikoni, pas une seule âme ne survécut. Des milliers de personnes périrent ; nul ne saura jamais combien exactement.

À cette époque, de nombreux boutres arabes arrivèrent chargés de grain et achetèrent beaucoup d’esclaves au prix de sept livres de riz par personne. Les esclaves eux-mêmes étaient très heureux de partir, car ils mouraient de faim. Durant cette période, Saïd Ali et ses soldats n’embarquaient que des esclaves. Sans cela, il ne fait guère de doute que la plupart seraient morts. Les seuls habitants libres de Ngazidja qui furent saisis alors étaient quelques jeunes filles de la famille de Msafumu, envoyées à Ndzuani pour le harem du roi.

Depuis le départ de Saïd Hashim, Saïd Ali et Binti Haɗidja7 vendent tous ceux qu’ils peuvent capturer et qui sont aptes au travail forcé. Les Français traversaient la mer environ tous les mois ou toutes les trois semaines. Auparavant, ils ne venaient qu’à Mbadjini, mais désormais ils viennent jusqu’à Mroni.

Le boutre d’Awathi commerce régulièrement avec Maore. Ɓuku Hamaɗi8 partit lors de son dernier voyage. Il est le secrétaire de Saïd Ali et a été envoyé pour régler un différend avec le sultan Abdullah de Ndzuani. Celui-ci réclame 40 000 dollars à Saïd Ali et souhaite ne compter chaque esclave qu’à 40 dollars ; mais Saïd Ali n’en reconnaît que 25 000 et se crédite lui-même de 50 dollars par esclave. Il a également envoyé une somme considérable en argent, qu’il avait prise aux parents de Msafumu. »

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Références :
  • Correspondence relative to the slave trade 1858-1892, British representatives and agents abroad and repports from naval officiers, Foreign Office (february 1884).
  • British and Foreign State Papers 1882-1883, Vol. LXXIV., Edward Hertslet (1890).
Notes :
  1. La troupe menée par Kara Hadji [Abubakar bin Hadji], arrivée à Itsandraya Mdjini le 27 février 1882 en soutien à la faction du sultan Ntiɓe Msafumu wa Fefumu, comptait dans ses rangs de nombreux soldats issus de l’ethnie Nyamwezi. ↩︎
  2. La majorité des boutriers de cette période, engagés dans le trafic des esclaves dits « engagés », utilisaient régulièrement le stratagème des pavillons afin d’échapper à la saisie de leurs navires par la marine britannique, alors mobilisée contre la traite esclavagiste dans la région. ↩︎
  3. Ancien sultan du Ɓamɓao, il est de la même famille que Saïd Ali. Après la mort de Msafumu, il s’est exilé à Mwali auprès de Sultan Abdurahman bin Saïd Hamaɗi. ↩︎
  4. Abdurahman bin Saïd Hamadi, sultan de Mwali. ↩︎
  5. Abdallah bin Salim, sultan de Ndzuani. ↩︎
  6. Le contingent envoyé par le sultan Abdallah bin Salim au secours du sultan Saïd Ali wa Saïd Omar était dirigé par le général Abderahman bin Omar et le jemadar Mohamed Alawi. ↩︎
  7. Haɗidja binti Ahmed, sultane de Mbadjini et grande sœur de Saïd Hashim. ↩︎
  8. Ɓuku [Ɓunu] Hamaɗi, propriétaire du boutre Awathi, était un Moronien très impliqué dans le trafic d’esclaves. ↩︎
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Kori Tari, Rédacteur en chef de Beshelea.com, est un passionné de la culture et de l'histoire des Comores. Amoureux du Shikomori, il a grandi en étant bercé par les contes, les devinettes et les jeux traditionnels de son pays.

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